Le choc de l’Afghanistan
Louis-Marie Blanchard raconte comment sa vocation de voyageur est née au lycée, dans les années 70. La projection d’un diaporama sur l’Afghanistan par le père d’un ami géologue est un véritable choc. Il découvre des images d’une société qu’il qualifie de « médiévale », profondément traditionnelle, et ressent une envie immédiate de partir à la rencontre de ces mondes. Cette quête de sociétés authentiques, structurées autour de la famille et de la communauté plutôt que de l’individu, et parfaitement adaptées à leur environnement, ne le quittera plus. Il fait partie de cette génération de « 68ards » qui, avec le premier Guide du Routard en poche, a emprunté les fameux chemins de Katmandou.
« Je me suis dit : des pays comme ça existent. Ça m’a fait immédiatement envie. »
Du Pérou au Tibet
Après de premiers reportages en France sur les villages traditionnels de Haute-Maurienne et la Bretagne maritime, Louis-Marie Blanchard part pour le Pérou. Pendant dix ans, il retourne chaque année passer deux mois au sein de la même communauté d’Indiens Queros, dans la cordillère de Vilcanota. Un reportage exceptionnel sur une fête religieuse à 30 000 personnes sur un glacier lui ouvre les portes des grands magazines européens comme Géo. Il explique qu’à l’époque, la concurrence était moindre pour les reporters. Cependant, la montée en puissance du groupe terroriste du Sentier Lumineux rend la région trop dangereuse. Il quitte alors le Pérou pour le Tibet.
Dans les années 85, il parvient à contourner les interdictions pour travailler sur les nomades du Tibet oriental, réalisant des reportages et un film, « Tibel et cavaliers du vent », qui asseoiront sa réputation.
L’histoire de l’exploration
Avec le temps, et alors que ses enfants grandissent, Louis-Marie Blanchard se tourne vers une nouvelle passion : l’histoire de l’exploration. En collaboration avec sa fille, il se spécialise dans ce domaine et publie plusieurs ouvrages aux éditions Paulsen, notamment sur Marco Polo, les explorateurs botanistes ou l’exploration de l’Amérique du Nord. Il se fascine pour la période qu’il nomme « l’âge d’or de l’exploration », entre 1850 et 1914, où les voyageurs découvraient des sociétés vivant encore à l’âge de pierre. Il constate que le métier de reporter a radicalement changé : il ne s’agit plus de découvrir des lieux inconnus, mais de trouver un angle original sur des sujets déjà traités.
Cette évolution du reportage fait écho à celle du voyage lui-même, passé en cinquante ans de traversées de six mois en bateau à des vols de trois jours en avion.
Un regard sur le monde
Fort de quarante ans d’expérience, Louis-Marie Blanchard porte un regard lucide sur le monde actuel. Il conseille aux voyageurs de fuir le tourisme de masse, très « grégaire », pour s’aventurer là où les voitures ne vont pas. Selon lui, il suffit de marcher quelques jours pour trouver des zones sans plus personne. Il prône un voyage lent, en immersion, comme rester quinze jours dans une seule famille en Mongolie plutôt que de vouloir faire le tour du pays en trois semaines. Ses voyages lui ont surtout apporté une leçon de vie : le bonheur matériel est une illusion. Il se dit malade des conséquences du changement climatique, qu’il observe directement sur le terrain, comme au Maroc où les nomades du Djebel Saro ne peuvent plus nourrir leurs troupeaux.
Sceptique, il pense que l’humanité ne changera pas par volonté mais par contrainte, lorsque la nature l’y obligera. Il conclut en donnant un conseil aux jeunes reporters : « s’accrocher à un sujet ou à un lieu » et le travailler en profondeur pendant des années, car c’est la seule façon de produire un travail de qualité.
Les références de l’épisode
- Personnes : Marco Polo, Gabriel Bonvalot, Nevil Shute Simpson, Pierre Rabhi, Donald Trump.
- Lieux : Afghanistan, Katmandou, Haute-Maurienne, Bretagne, Pérou, Cusco, Tibet, Amérique du Nord, Maroc, Djebel Saro, Mongolie, Ulaanbaatar, Sahara, désert de Gobi, Arctique.
- Peuples et communautés : les Indiens Queros (Pérou).
- Organisations et mouvements : Sentier Lumineux, Guilde Européenne du Raid, UNESCO.
- Éditeurs et médias : Géo, Terre Sauvage, Grands Reportages, Trek Magazine, Le Monde, revue Partir, World Magazine, revue Erroné, France 3, France Culture, éditions Paulsen.
- Matériel : appareil photo Minolta SRT 101.
Au fil de l’épisode
- Le déclic pour le voyage à l’adolescence, après avoir vu un diaporama sur l’Afghanistan.
- La fascination pour les sociétés traditionnelles, à la structure familiale et communautaire forte.
- Les premiers reportages en France, en Haute-Maurienne et en Bretagne.
- L’expérience des « chemins de Katmandou » dans les années 70, avec le premier Guide du Routard.
- Dix années de travail au Pérou auprès de la communauté des Indiens Queros.
- Le grand reportage sur une fête religieuse sur un glacier qui a lancé sa carrière internationale.
- Le départ contraint du Pérou à cause de la menace du groupe terroriste du Sentier Lumineux.
- La transition vers le Tibet dans les années 80, et les défis pour y travailler clandestinement.
- Le succès de son film « Tibel et cavaliers du vent » sur les nomades tibétains.
- L’équilibre entre une vie de famille et les absences répétées pour les voyages et les conférences.
- La collaboration avec sa fille pour écrire des livres sur l’histoire de l’exploration.
- Réflexion sur « l’âge d’or de l’exploration » (1850-1914) et la transformation du métier de reporter.
- L’impact des révolutions du transport (train, avion) sur la perception du voyage.
- Son conseil pour les voyageurs : aller là où les routes s’arrêtent pour trouver des zones préservées du tourisme de masse.
- L’exemple d’un voyage réussi en Mongolie : l’immersion dans une famille d’éleveurs.
- La leçon de vie tirée de la rencontre avec des peuples vivant heureux avec peu.
- Son inquiétude face au changement climatique, dont il voit les effets directs sur le terrain.
- Son scepticisme quant à la capacité de l’homme à changer de mode de vie sans y être contraint.
- Sa vision des migrations à venir, qui seront avant tout climatiques.
- Son conseil final aux aspirants reporters : se consacrer en profondeur à un seul sujet pendant plusieurs années.
FAQ
Qui est Louis-Marie Blanchard ?
Louis-Marie Blanchard est un voyageur, reporter, photographe et auteur français. Il a commencé à parcourir le monde dans les années 1970, faisant partie de la génération qui a exploré les chemins de Katmandou. Spécialisé dans les reportages sur les sociétés traditionnelles, il a notamment travaillé dix ans au Pérou puis au Tibet. Ses travaux ont été publiés dans de grands magazines comme Géo. Plus récemment, il s’est tourné vers l’écriture de livres sur l’histoire de l’exploration.
Pourquoi Louis-Marie Blanchard a-t-il commencé à voyager ?
Sa vocation est née au lycée, lors de la projection d’un diaporama sur l’Afghanistan par le père d’un ami. Les images d’une société qu’il décrit comme « médiévale » et authentique ont provoqué un choc et une envie immédiate de partir à la découverte de tels modes de vie. Cette quête de sociétés traditionnelles, vivant en harmonie avec leur environnement et structurées autour de la communauté, est devenue le fil conducteur de ses voyages.
Comment sa carrière de reporter a-t-elle évolué ?
Après des débuts en photographie et des premiers reportages en France, Louis-Marie Blanchard s’est fait connaître par son travail au long cours au Pérou, puis au Tibet. Il a d’abord été reporter-photographe pour la presse magazine. Plus tard, il s’est mis à la caméra pour réaliser des documentaires. Enfin, il a entamé une nouvelle phase de sa carrière en collaborant avec sa fille pour écrire des ouvrages spécialisés sur l’histoire de l’exploration pour des maisons d’édition comme Paulsen.
Quelle est sa vision du voyage aujourd’hui ?
Louis-Marie Blanchard critique le tourisme de masse, qu’il juge « grégaire », et incite les voyageurs à sortir des sentiers battus. Pour lui, un vrai voyage implique de prendre le temps de l’immersion, en allant dans des zones reculées, accessibles uniquement à pied, pour créer de vrais liens avec les populations. Il est également très préoccupé par l’impact du changement climatique, qui menace les modes de vie des peuples qu’il a rencontrés.
Quel conseil donne-t-il aux jeunes qui veulent devenir reporters ?
Il leur conseille d’abandonner l’idée de voyages courts et superficiels. Pour lui, la clé est de choisir un sujet ou un lieu précis, même proche de chez soi, et de s’y consacrer en profondeur pendant une longue période, un, deux ou trois ans. C’est ce travail de fond qui permet de devenir un spécialiste et de produire un contenu de qualité susceptible d’intéresser des éditeurs ou des chaînes de télévision, qui ne jugent pas sur les diplômes mais sur la force du sujet.
