Une promesse au cœur de l’Himalaya
C’est une promesse qui est à l’origine de l’aventure que raconte Caroline Riegel. Ingénieure de formation, elle passe un premier hiver dans la vallée du Zanskar, une région himalayenne isolée entre le Tibet et le Cachemire. Elle y partage le quotidien des habitants, enseigne à l’école et fait la connaissance d’une communauté de nonnes bouddhistes. Des liens forts se créent, et en partant, elle leur promet de revenir. Chose faite quelques années plus tard, où elle passe à nouveau du temps avec elles, renforçant cette amitié.
Au fil des discussions et des soirées, un rêve commun émerge : celui de voyager ensemble à travers l’Inde. Pour ces femmes qui n’ont jamais quitté leur vallée, c’est un projet immense, qu’elles ne pourraient réaliser seules. Caroline Riegel leur fait alors une seconde promesse, celle de les guider dans ce périple.
Le Zanskar, entre tradition et modernité
La vallée du Zanskar vit au rythme de deux saisons radicalement opposées. L’hiver, coupée du monde par la neige, la vie y est rude, proche d’un mode de vie ancestral. Le seul accès est alors le Tchadar, le fleuve gelé. L’été, en revanche, la vallée s’ouvre au monde moderne : les pistes sont praticables, le téléphone et internet fonctionnent, et un flot de touristes, indiens comme étrangers, déferle. Cette modernité est désirée par les habitants, qui attendent avec impatience la construction d’une route qui les désenclavera définitivement.
Caroline Riegel a connu ces deux facettes. D’abord le Zanskar traditionnel lors de ses séjours hivernaux, puis le Zanskar moderne en travaillant pour l’association Rencontres au bout du monde (RBM) sur des projets de développement. Cette dualité façonne les habitants, qui se sentent pleinement Indiens et aspirent au progrès, même s’ils perçoivent les déséquilibres que cela engendre, notamment l’érosion de certaines formes de solidarité.
Un voyage pour ouvrir le monde
Le projet prend corps : un voyage de trois mois à travers l’Inde pour sept nonnes et deux jeunes du village qui l’assisteront. Le départ est fixé au cœur de l’hiver, obligeant Caroline à remonter le fleuve gelé pour les rejoindre. L’itinéraire est vaste et varié, conçu pour leur offrir une vision large de leur propre pays. Il les mènera du Rajasthan à Bombay, puis dans le sud vers le Kerala et le Karnataka, avant de remonter vers Pondichéry, les îles Andaman, Calcutta, le Sikkim, et enfin les grands lieux de pèlerinage comme Bodhgaya et Varanasi.
Ce n’est pas seulement un pèlerinage bouddhiste, mais un véritable voyage de découverte culturelle, géographique et spirituelle. Caroline Riegel finance entièrement l’expédition, mettant de côté ses économies et prenant six mois de congé sans solde. Pour elle, c’est un juste retour des choses, une façon de partager la chance qu’elle a eue avec ces femmes qui l’ont tant marquée.
Filmer pour partager
Consciente que l’écriture d’un livre, comme elle l’a fait pour ses précédents voyages, ne serait pas accessible aux nonnes, Caroline Riegel décide de filmer cette aventure. L’idée n’est pas seulement de garder un souvenir, mais de créer un outil qu’elles pourront s’approprier. Un film dans leur langue, sur leur pays, leur permettra de partager leur expérience avec leurs familles, les autres nonneries et les touristes qui visitent la vallée. C’est une manière de leur donner une voix et de renforcer leur confiance.
Elle choisit de filmer elle-même, en caméra subjective, pour préserver l’intimité de leur relation. Ce film devient aussi un moyen de réfléchir aux impacts de la modernité et des médias. À terme, il pourrait également aider à lever des fonds pour des projets concrets, comme la rénovation de la nonnerie. Une association a d’ailleurs été créée dans ce but, prolongeant l’aventure au-delà du simple voyage.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram d’Alexandre Sattler
- La page Facebook d’Alexandre Sattler
- Le site internet d’Alexandre Sattler
- Le site de l’association Regard’Ailleurs
Les références de l’épisode
- Personnes : Mère Thérésa
- Organisations : Société des Explorateurs Français, Rencontres au bout du monde (RBM), Sogréa
- Lieux : Zanskar, Ladakh, Tibet, Cachemire, Grenoble, Inde, Rajasthan, Delhi, Bombay, Kerala, Karnataka, Pondichéry, Calcutta, Sikkim, Bodhgaya, Varanasi, Kajurao, îles Andaman, Gange, Dharamsala
- Œuvres de Caroline Riegel (éditions Phébus) : « Soif d’orient », « Méandre d’Asie », « éclat de cristal »
- Concepts et événements : Kalachakra, le Tchadar (fleuve gelé)
Au fil de l’épisode
- La naissance du projet : une promesse faite à des nonnes bouddhistes dans la vallée du Zanskar.
- Le premier séjour de Caroline Riegel dans l’Himalaya, où elle enseigne et tisse des liens avec la communauté.
- Sa collaboration avec l’association Rencontres au bout du monde (RBM) pour suivre des projets de développement.
- Le contraste entre le Zanskar ancestral de l’hiver, isolé par la neige, et le Zanskar moderne et touristique de l’été.
- L’aspiration des habitants à la modernité, notamment la construction d’une route pour désenclaver la vallée.
- Comment le rêve d’un voyage à travers l’Inde a émergé des discussions avec les nonnes.
- La concrétisation du projet : un périple de trois mois pour sept nonnes et deux jeunes du village.
- Le départ prévu en plein hiver, nécessitant de remonter le fleuve gelé, le Tchadar.
- L’itinéraire détaillé du voyage : Rajasthan, Bombay, Kerala, Calcutta, Sikkim, Bodhgaya, Varanasi…
- Le financement du voyage, entièrement assumé par Caroline Riegel sur ses fonds propres.
- La décision de réaliser un film pour que les nonnes puissent s’approprier et partager leur expérience.
- Le film comme outil d’éducation et de dialogue avec les touristes et le monde extérieur.
- Le choix d’une caméra subjective pour préserver l’intimité de la relation entre Caroline et les nonnes.
- La création d’une association pour potentiellement soutenir des projets pour la nonnerie à l’avenir.
FAQ
Qui est Caroline Riegel ?
Caroline Riegel est une ingénieure hydraulique française, également grande voyageuse, autrice et membre de la Société des Explorateurs Français. Elle a publié trois livres sur ses expériences de voyage, notamment « Soif d’orient » et « Méandre d’Asie ». Elle est connue pour son approche du voyage qui privilégie le temps long, la contemplation et la création de liens profonds avec les populations locales, comme lors de ses séjours au Zanskar.
Quel est le projet de Caroline Riegel au Zanskar ?
Son projet est de tenir une promesse faite à une communauté de nonnes bouddhistes de la vallée du Zanskar, en Himalaya. Elle organise et finance un voyage de plusieurs mois à travers l’Inde pour un groupe de sept nonnes, dont la plupart n’ont jamais quitté leur vallée. L’objectif est de leur faire découvrir la diversité culturelle, géographique et spirituelle de leur propre pays.
Où se trouve la vallée du Zanskar ?
Le Zanskar est une vallée himalayenne située au nord de l’Inde, au sud du Ladakh, entre le Tibet et le Cachemire. C’est une région très isolée, particulièrement en hiver lorsque les cols sont enneigés et que le seul accès est le fleuve gelé, le Tchadar. Cette situation géographique impose un mode de vie encore très traditionnel durant une partie de l’année.
Pourquoi Caroline Riegel a-t-elle décidé de filmer ce voyage ?
Elle a choisi de faire un film car c’est un support accessible aux nonnes, qui ne lisent ni le français ni l’anglais. Le but est de leur offrir un outil qu’elles peuvent s’approprier pour partager leur expérience avec leurs familles et les visiteurs. C’est aussi une façon de leur donner une voix, de valoriser leur regard et de renforcer leur confiance face au monde moderne.
Comment ce voyage est-il financé ?
Caroline Riegel finance l’intégralité du voyage elle-même. Elle explique avoir mis de côté ses économies pendant plusieurs années pour réunir la somme nécessaire. Pour réaliser ce projet, elle a pris une pause de six mois dans sa carrière professionnelle, démontrant un engagement personnel et financier total pour tenir la promesse faite aux nonnes du Zanskar.
