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Matthieu Paley, le photographe des peuples oubliés

Photographe pour le National Geographic, Matthieu Paley a fait des régions les plus reculées de la planète son terrain de jeu et de travail. Originaire de Normandie, il a passé plus de dix ans à documenter la vie des Kirghizes afghans, un peuple nomade vivant en quasi-autarcie sur les hauts plateaux du Pamir. Dans cet épisode, il revient sur son parcours, de ses premiers voyages en Asie à sa passion pour les zones où l'isolement est total. Il partage sa vision de la photographie de reportage, son approche pour créer des liens authentiques et sa définition de l'aventure, loin des sentiers battus.

photographe des peuples isolés sur le toit du monde

Des voyages formateurs

Né en Normandie dans une famille de la petite bourgeoisie rouennaise, Matthieu Paley a été initié très jeune au voyage par ses parents. Chaque année, la famille partait un mois en camping-car explorer l’Europe de l’Est ou l’Afrique du Nord, des expériences qui ont marqué son enfance. Attiré par l’Asie, il entreprend des études de commerce mais réalise vite que ce chemin ne le satisfait pas. À 23 ans, en pleine crise existentielle, il se tourne vers la photographie, un métier sans règles fixes qui lui promet l’indépendance dont il rêve. C’est lors d’un voyage en Indonésie qu’il rencontre Marelle, une Allemande qui deviendra sa femme. Ensemble, ils partent pour New York, où il intègre une école de photo.

C’est cependant sur le terrain, et non à l’école, qu’il affirme avoir tout appris. Un premier voyage de trois mois en Mongolie en 1998 avec sa femme est une révélation : ils sont à la fois choqués et intrigués par la rudesse et la culture nomade, ce qui les pousse à explorer l’Asie centrale plus en profondeur.

Sur le toit du monde

Leur quête les mène au nord du Pakistan, dans les montagnes du Karakoram et de l’Hindu Kush, où ils passeront près de quatre ans. C’est là qu’ils rencontrent pour la première fois des Kirghizes, descendus des hauts plateaux pour troquer leurs yaks. Intrigué par ce peuple nomade vivant loin de son Kirghizistan d’origine, Matthieu Paley décide d’aller à leur rencontre. Il lui faudra attendre 2005 pour organiser une expédition et remonter le corridor du Wakhan, en Afghanistan, jusqu’au Petit Pamir. Il découvre alors une communauté isolée à plus de 4200 mètres d’altitude, coupée du monde par la fermeture des frontières chinoise et tadjike des décennies plus tôt. Ce travail au long cours, qui s’étalera sur plus de dix ans, donnera naissance au livre « Pamir, Oubliés sur le Toit du Monde ».

Pour Matthieu Paley, l’aventure réside dans cet engagement total, dans des lieux où il n’y a ni réseau, ni secours possible. C’est dans cet inconfort et cette exposition au réel qu’il trouve le sens de son métier : créer un contact direct et intime avec les gens, en apprenant leur langue pour mieux les comprendre et témoigner de leur humanité. « C’est incroyable de découvrir cette humanité commune qu’on peut avoir quand on est si loin de chez soi. Ça, c’est pour moi la raison d’être du voyage. »

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Le livre « Pamir, Oubliés sur le Toit du Monde »
  • Le magazine National Geographic
  • Marelle, sa femme, autrice des textes du livre
  • Le festival Le Grand Bivouac à Albertville
  • Peuples et ethnies : Kirghizes, Wahi
  • Langues : Ouahri, Ourdo
  • Lieux : Normandie, Rouen, Istanbul, Pamir, Haute-Asie, Mongolie, Pakistan, Afghanistan, corridor du Wakhan, Tadjikistan, Chine, Karakoram, Hindu Kush

Au fil de l’épisode

  • L’influence des voyages en camping-car durant son enfance en Normandie.
  • Ses études de commerce et la crise existentielle qui l’a mené à la photographie.
  • Sa rencontre avec sa femme Marelle en Indonésie et leur départ pour New York.
  • L’apprentissage de la photographie sur le terrain, notamment lors d’un voyage fondateur en Mongolie.
  • La découverte des cultures nomades et son installation pour plusieurs années au nord du Pakistan.
  • Sa première rencontre avec les Kirghizes afghans, descendus des montagnes pour faire du troc.
  • Le long et difficile périple pour atteindre leurs campements sur les hauts plateaux du Pamir.
  • La vie des Kirghizes, bloqués à 4200 mètres d’altitude après la fermeture des frontières.
  • Sa philosophie du reportage : trouver des histoires uniques et créer une patte photographique reconnaissable.
  • L’importance d’apprendre les langues locales pour établir un contact direct et intime.
  • Sa définition du voyage comme un chemin pour se découvrir soi-même et reconnaître notre humanité commune.

FAQ

Qui est Matthieu Paley ?

Matthieu Paley est un photographe français originaire de Normandie. Il travaille notamment pour le National Geographic et s’est spécialisé dans la documentation de régions isolées et de peuples éloignés, principalement en Haute-Asie. Après avoir vécu à Hong Kong, il est aujourd’hui basé à Istanbul. Il est l’auteur, avec sa femme Marelle, du livre « Pamir, Oubliés sur le Toit du Monde ».

Quel est le sujet de son livre « Pamir, Oubliés sur le Toit du Monde » ?

Ce livre est le fruit de plus de dix années de travail auprès des Kirghizes afghans. Il documente la vie de cette petite communauté nomade qui vit toute l’année sur les hauts plateaux du Pamir, à plus de 4200 mètres d’altitude, dans l’une des régions les plus inaccessibles d’Afghanistan. Le livre explore leur quotidien, leur culture et leur isolement.

Comment les Kirghizes se sont-ils retrouvés en Afghanistan ?

Originaires de Sibérie, les Kirghizes sont un peuple nomade. La communauté du Pamir se déplaçait traditionnellement entre les hauts plateaux afghans l’été et les vallées plus basses en Chine ou au Tadjikistan l’hiver. La fermeture des frontières par la Russie soviétique en 1920, puis par la Chine maoïste en 1950, les a piégés sur les hauts plateaux, les forçant à y vivre toute l’année.

Quelle est l’approche photographique de Matthieu Paley ?

Son approche vise à créer des photos intimes et profondes. Pour cela, il privilégie le contact direct avec les gens, allant jusqu’à apprendre leurs langues, comme l’ouahri ou l’ourdo, pour éviter les intermédiaires. Il cherche à développer un style personnel et à trouver des sujets que l’on ne peut pas découvrir par une simple recherche sur internet, valorisant les rencontres fortuites et l’immersion de longue durée.

Pourquoi la région du Pamir afghan est-elle si isolée ?

Située au bout du corridor du Wakhan, cette région est l’une des plus reculées de Haute-Asie. Pour atteindre le premier campement kirghize, il faut compter environ dix à douze jours de voyage, incluant plusieurs jours de jeep suivis de cinq jours de marche. Il n’y a aucune route, et une fois le dernier village passé, les voyageurs sont livrés à eux-mêmes, sans aucun moyen de communication ou de secours.

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