Un chemin vers l’image
Né au Bénin, Louis Oke-Agbo est l’aîné d’une famille où le père est polygame, une position qui lui confère très tôt de lourdes responsabilités. Pour subvenir aux besoins de ses frères, il doit travailler jeune, notamment en allant à la pêche la nuit avec son père. Cette situation le pousse à chercher une formation professionnelle. Après une tentative infructueuse dans le bâtiment, il se découvre une passion pour l’image, lui qui économisait déjà pour s’offrir un portrait chaque année. Il quitte alors son village pour Porto-Novo et suit un apprentissage de trois ans chez un patron, seule voie possible en l’absence d’école de photographie. Il raconte les difficultés du métier dans un pays où la photographie est loin d’être une priorité et où persiste la croyance qu’un cliché peut « voler l’âme ».
Malgré les obstacles, la magie opère dès ses premières photos. « J’ai su que j’ai quelque chose à faire avec cette machine », confie-t-il, se remémorant l’émotion de voir ses premiers tirages, même imparfaits.
La photographie au service des autres
L’appareil photo devient pour Louis Oke-Agbo un outil pour recréer le lien avec sa propre culture, en particulier le vaudou, dont sa famille convertie au catholicisme l’avait éloigné. Il y découvre une spiritualité profondément liée à la nature et au respect de l’environnement, une thématique qu’il explore dans son travail artistique. Mais son engagement prend une tournure décisive après avoir remporté le premier prix national de la photographie. Il décide de mettre son art au service d’une cause sociale et s’intéresse aux personnes abandonnées dans la rue en raison de troubles psychiques. « Je ne trouve pas la folie, mais je trouve la beauté dans la folie », explique-t-il. Il utilise son appareil comme une « carte de visite » pour les approcher et leur offrir une forme de reconnaissance.
Ce projet l’amène à créer une association et à mettre en place des ateliers d’expression artistique au sein d’un centre psychiatrique. Il y anime des séances de photographie thérapeutique, où le simple fait de cadrer, d’appuyer sur le déclencheur et de voir le résultat permet aux patients de reprendre confiance en eux. Pour lui, la photographie est un véritable « outil de soin ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Louis Oke-Agbo, Alexandre Sattler.
- Lieux : Bénin, Porto-Novo.
- Organisations : Centre culturel de Ouadada, Centre Psychiatrique de Porto-Novo.
- Culture : Vaudou.
- Événements : Festival Cotton Couleur Jazz.
- Marques d’appareils photo : Zenith, Nikon.
Au fil de l’épisode
- Introduction d’Alexandre Sattler et rencontre avec Louis Oke-Agbo au Bénin.
- Le parcours de Louis : aîné d’une famille polygame et les responsabilités qui en découlent.
- Le choix de la photographie comme formation professionnelle après un échec dans le bâtiment.
- L’apprentissage du métier de photographe à Porto-Novo, en l’absence d’école dédiée.
- La difficulté de vivre de la photographie au Bénin et le rapport complexe de la population à l’image.
- La croyance persistante selon laquelle une photographie peut voler l’âme.
- Comment son appareil photo lui a permis de renouer avec la culture vaudou.
- L’impact des nouvelles technologies et des smartphones sur la pratique photographique.
- Anecdote d’une femme retenant sa respiration pour ne pas qu’on lui dérobe son âme.
- L’histoire de son premier appareil photo, un Zenith, acheté difficilement puis volé.
- La motivation née de ses toutes premières photos réussies, malgré les erreurs de cadrage.
- Sa vision du vaudou comme un système de respect des éléments et de l’environnement.
- Le projet photographique sur les personnes atteintes de maladies mentales, initié après avoir gagné un prix national.
- Sa démarche : trouver la beauté et l’humanité chez les personnes marginalisées.
- Comment l’appareil photo devient un outil de médiation et de reconnaissance.
- La création d’une association pour encadrer son travail et organiser des expositions.
- Le regard de la société béninoise sur la maladie mentale, souvent associée à la sorcellerie.
- La mise en place d’ateliers de photographie thérapeutique.
- L’objectif des ateliers : utiliser la photo comme un outil de soin pour restaurer la confiance en soi des patients.
FAQ
Qui est Louis Oke-Agbo ?
Louis Oke-Agbo est un photographe originaire du Bénin. Après une formation en bâtiment, il s’est tourné vers la photographie et la vidéo à Porto-Novo à la fin des années 1990. Spécialisé en photographie d’art, il est surtout connu pour son engagement social. Il a notamment créé en 2013 un atelier de réinsertion par l’expression artistique pour les personnes en situation de handicap psychique, utilisant la photographie comme un outil thérapeutique.
Quel est le projet de Louis Oke-Agbo avec les personnes en situation de handicap psychique ?
Louis Oke-Agbo a initié un projet visant à accompagner et inclure les personnes souffrant de maladies mentales au Bénin. Il a créé des ateliers de photographie au sein d’un centre psychiatrique. L’objectif n’est pas de former des photographes, mais d’utiliser l’appareil photo comme un outil de soin et de médiation. En permettant aux patients de prendre des photos, il les aide à reprendre confiance en eux, à se sentir valorisés et à recréer un lien avec le monde.
Comment la photographie est-elle perçue au Bénin selon Louis Oke-Agbo ?
Selon Louis Oke-Agbo, il est très difficile d’être photographe au Bénin. La photographie n’est pas considérée comme une priorité et il est compliqué de gagner sa vie. De plus, des croyances culturelles fortes persistent, notamment l’idée qu’être pris en photo équivaut à se faire voler son âme. Cela oblige les photographes à naviguer avec précaution, à demander de nombreuses autorisations et à faire face à la méfiance, en particulier dans les contextes traditionnels comme les cérémonies vaudou.
Quelle est la vision de Louis Oke-Agbo sur la culture vaudou ?
Pour Louis Oke-Agbo, le vaudou est un système de pensée complexe et profond, bien au-delà des clichés. Il le décrit comme un rapport au monde basé sur le respect des éléments fondamentaux : la terre, l’eau, l’air et le feu. À travers son travail photographique, il explore cette culture pour montrer qu’elle est avant tout une manière de protéger l’environnement et de prendre conscience de l’interdépendance entre l’homme et la nature. C’est une spiritualité qui divinise la nature pour mieux la préserver.
