L’appel de la forêt
Pour Etienne Druon, l’Amazonie est une fascination qui remonte à la petite enfance, nourrie par les documentaires du commandant Cousteau. Natif de l’Artois, une région qu’il décrit comme une monoculture dévastée par la guerre, il a très tôt ressenti le besoin de partir vers l’opposé de ce paysage : une nature riche et foisonnante. Le voyage est pour lui une nécessité, une manière de s’éloigner des codes et de se confronter à d’autres réalités. Le dessin s’est imposé comme un compagnon de route indispensable, un moyen de ne pas oublier, de créer du lien et de communiquer au-delà des barrières de la langue. « C’est un excellent outil pédagogique », explique-t-il, soulignant que le carnet de voyage est un art ancestral, bien antérieur à la photographie.
Émilie, sa compagne, partage ce goût pour la contemplation et le temps long, essentiel lorsqu’on voyage avec un dessinateur. Ensemble, puis avec leurs enfants, ils ont fait du voyage en famille un mode de vie, une aventure créative partagée.
Survivre au jaguar
Leur fidélité à la Guyane n’est pas un hasard. C’est une porte d’entrée vers le Brésil ou le Suriname, mais c’est surtout un lieu où ils ont tissé des liens profonds au fil des ans, notamment avec les communautés Hmongs et amérindiennes. Une relation de confiance qui se construit sur le long terme, sans jamais être intrusif. Mais l’Amazonie, c’est aussi un territoire où le paradis côtoie l’enfer. Un soir, sur un sentier qu’il connaissait par cœur, Etienne est victime d’un accident de chasse. Un homme, rentrant bredouille, confond sa lampe frontale avec l’œil d’un jaguar et lui tire en plein visage. « J’ai l’impression d’avoir passé la tête un petit peu trop en attendant le bus et boum, la violence c’est vraiment ça », raconte-t-il.
Miraculeusement, il survit. Le chasseur assume son acte et le transporte jusqu’aux secours. Cet événement dramatique, qui aurait pu le laisser mort ou rempli de haine, a été un tournant. En choisissant de pardonner immédiatement, Etienne a trouvé une force inattendue pour sa reconstruction. L’accident a aussi transformé son art : lui qui dessinait surtout la nature s’est alors tourné vers les portraits et la figure humaine.
Pour aller plus loin
- Le site de l’association Regard’Ailleurs
- Le site du photographe et réalisateur du podcast, Alexandre Sattler
Les références de l’épisode
- Personnes : Jacques-Yves Cousteau, Sylvain Tesson, Georges-Louis Leclerc de Buffon, Docteur Reynaud.
- Lieux : Amazonie, Guyane, Artois, Canada, Brésil, Suriname, Guyana, Cacao, Cayenne.
- Peuples : Mongs (Hmongs), Amérindiens (Kalina).
- Événements : Festival Le Grand Bivouac (Albertville), Nomade Festival (Cergy-Pontoise).
- Concepts : Carnet de voyage, Scrimshaw (gravure sur os de baleine).
Au fil de l’épisode
- Rencontre avec Etienne et Émilie Druon au festival Le Grand Bivouac.
- L’origine de la passion d’Etienne pour l’Amazonie, née dans son enfance en Artois.
- Le carnet de voyage comme outil pour mémoriser, créer du lien et communiquer.
- La France, pionnière dans la reconnaissance du carnet de voyage comme une forme d’art.
- L’histoire du carnet de voyage, des gravures préhistoriques aux naturalistes comme Buffon.
- Le témoignage d’Émilie sur le voyage avec un dessinateur et l’aventure créative en famille.
- La philosophie du voyage comme source d’humilité et de tolérance.
- L’organisation des voyages en famille, facilitée par leur métier d’enseignants.
- Le choix de retourner chaque année en Guyane pour approfondir les liens avec les habitants.
- La patience nécessaire pour établir une relation de confiance avec les communautés locales.
- L’importance de la condition physique pour affronter le climat et les défis du terrain.
- Le récit de l’accident : confondu avec un jaguar, Etienne se fait tirer dessus par un chasseur.
- Les détails de sa survie, qualifiée de « miracle » par le corps médical.
- La réaction du chasseur, qui a immédiatement assumé son erreur.
- Le choix du pardon comme moteur de sa reconstruction physique et psychologique.
- Comment cet événement a transformé son travail artistique, le menant du dessin naturaliste au portrait.
FAQ
Qui sont Etienne et Émilie Druon ?
Etienne Druon est illustrateur et enseignant en arts appliqués, passionné par l’Amazonie. Émilie, sa compagne, rencontrée aux Beaux-Arts, partage sa vie de voyages. Ensemble et avec leurs enfants, ils explorent principalement la Guyane, loin des circuits touristiques, une expérience qu’ils documentent à travers le dessin et l’écriture dans des carnets de voyage. Ils voient le voyage comme un moyen de rencontre et de transmission.
Pourquoi l’Amazonie est-elle si importante pour eux ?
Pour Etienne Druon, l’Amazonie est un rêve d’enfant, l’opposé de sa région natale de l’Artois qu’il trouvait dépourvue de nature. La Guyane est devenue leur « atelier à ciel ouvert » et une porte d’entrée vers d’autres pays comme le Brésil ou le Suriname. Au-delà de la nature, ils y retournent pour les liens humains qu’ils ont tissés sur le long terme avec les populations locales, notamment les communautés amérindiennes et Hmongs.
Qu’est-ce qu’un carnet de voyage selon Etienne Druon ?
Selon Etienne Druon, le carnet de voyage est un outil aux multiples facettes. C’est un moyen de ne pas oublier ses expériences, de matérialiser ses pensées et de collecter des informations. C’est aussi un formidable vecteur de lien social, permettant de communiquer avec les gens rencontrés malgré la barrière de la langue. Enfin, il le considère comme un excellent support pédagogique et un moyen de transmission et de partage au retour.
Quelle est l’histoire de l’accident d’Etienne Druon en Guyane ?
Lors d’une sortie nocturne en forêt sur un sentier familier, Etienne Druon a été victime d’un accident de chasse. Un chasseur a confondu la lumière de sa lampe frontale avec les yeux d’un jaguar et lui a tiré une balle en plein visage. Le chasseur a assumé son acte et l’a secouru. Etienne a survécu miraculeusement et a fait le choix de pardonner, ce qui a été essentiel à sa reconstruction.
