Un dialogue rompu avec la nature
Originaire de Normandie et d’un milieu bourgeois qu’il qualifie de « société du paraître », Thierry Geffray a très tôt ressenti le besoin de s’éloigner d’un mode de vie qu’il jugeait insensé. Élevé au bord de la mer, il développe une relation quasi filiale avec cet élément qui fut à la fois sa confidente et celle qui lui prit son père, noyé lorsqu’il avait trois ans. Cette dualité a nourri sa quête d’une relation homme-nature non dominante, un dialogue qu’il estime rompu dans notre société moderne. Ce cheminement a été jalonné d’épreuves qu’il nomme des « initiations », comme cette fois où, à 25 ans, il s’est perdu cinq jours dans un volcan au Nicaragua, une expérience extrême qui a transformé sa perception de l’existence et l’a apaisé, le faisant passer de l’absurdité de la condition humaine à un sentiment de symbiose avec l’univers.
« Cette absurdité de la condition humaine tout d’un coup a disparu et je me suis senti en symbiose avec l’univers. »
La sobriété comme résistance
Pour Thierry Geffray, la société de consommation crée une « insatiabilité » qui mène à une perte de sens, comme il a pu le constater tragiquement chez ses amis durant son adolescence. En réaction, il prône la sobriété, qu’il voit comme une forme de résistance au système. Il ne s’agit pas d’une démarche austère, mais d’une voie vers l’apaisement et la redécouverte de l’essentiel. Il propose même le néologisme d’« éco-briété », un concept plus jubilatoire qui se rapproche de l’abondance offerte par la nature quand on apprend à l’observer. Selon lui, s’extraire des « prêt-à-penser » et des « prêt-à-vivre » distillés par le système est une question d’audace. Il encourage à oser les ruptures et à faire l’expérience de ces changements pour se rapprocher de soi-même et vivre dans la plénitude du moment présent, seule véritable richesse.
Il conclut sur une note d’encouragement : « La vie récompense l’audace. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Albert Camus, Eric Julien
- Peuples : les Kogi (Colombie)
- Lieux : Normandie, Drôme Provençal, Diois, Nicaragua (volcan Cossiguina), Sierra Nevada de Colombie
- Concepts : néo-ruraux, permaculture, biomimétisme
- Organisations : école Caminando
Au fil de l’épisode
- Arrivée dans la bergerie de Thierry Geffray, sur les hauteurs du Diois.
- Ses origines en Normandie et son rejet d’une « société du paraître ».
- Sa relation intime avec la mer, une « seconde mère » qui a aussi pris son père.
- La quête d’un dialogue apaisé et non dominant avec la nature.
- Le récit d’une expérience initiatique : cinq jours perdu dans un volcan au Nicaragua.
- La critique de la société de consommation et de son « insatiabilité ».
- L’importance de se reconnecter au moment présent pour trouver du sens.
- Sa réflexion sur la sobriété, une résistance qui doit devenir jubilatoire.
- La proposition du concept d’« éco-briété », lié à l’abondance de la nature.
- L’éducation comme enjeu majeur et la création de l’école Caminando.
- Son appel à l’audace pour oser les ruptures et changer de vie.
FAQ
Qui est Thierry Geffray ?
Thierry Geffray est présenté comme un « jardinier philosophe » installé dans une bergerie sur les hauteurs du Diois. Originaire de Normandie, il a choisi de quitter un mode de vie urbain pour se rapprocher de la nature. Son parcours a été marqué par des épreuves personnelles qu’il considère comme des initiations. Il partage aujourd’hui sa réflexion sur la sobriété, la quête de sens et la nécessité de renouer un lien profond avec notre environnement.
Pourquoi Thierry Geffray a-t-il choisi de vivre à la campagne ?
Il a choisi ce mode de vie pour fuir ce qu’il appelle la « société du paraître » de son milieu d’origine et retrouver une relation plus authentique avec la nature. Ce choix est motivé par une quête de sens profonde, visant à remplacer la consommation insatiable et la projection constante dans le passé ou le futur par une présence simple et apaisée au monde, ici et maintenant.
Quelle est la différence entre sobriété et éco-briété selon lui ?
Pour Thierry Geffray, la sobriété est une première étape, une forme de résistance nécessaire au système consumériste. Cependant, il trouve le mot un peu austère. Il propose le terme d’« éco-briété » pour décrire une démarche plus joyeuse et créative. Cette notion n’est pas liée à la privation mais à l’abondance que l’on découvre en observant la nature et en s’inspirant de sa biodiversité.
Quelles épreuves ont marqué le parcours de Thierry Geffray ?
Deux événements majeurs sont cités comme des « initiations ». D’abord, la perte de son père, qui s’est noyé en mer quand il avait trois ans, ce qui a forgé sa relation complexe avec la nature. Ensuite, une expérience extrême à 25 ans, où il s’est perdu pendant cinq jours dans un volcan au Nicaragua, une épreuve qui a transformé sa vision de l’existence et apaisé ses angoisses.
