Premiers départs
Audrey Gicquel raconte que sa première grande expérience du voyage remonte à une année d’études à Singapour. Dans le cadre de sa formation d’ingénieure, elle découvre le voyage en sac à dos, l’aventure et l’imprévu en parcourant les pays voisins : Malaisie, Indonésie, Vietnam, Chine… De retour en France, elle rencontre son futur mari, Ludo, et le rejoint pour quelques semaines lors de son propre séjour d’études au Chili. C’est là, face aux limites du voyage touristique classique, qu’ils décident de repartir, mais différemment.
Leur projet : voyager plus lentement, pour aller véritablement à la rencontre des habitants.
Un tour du monde à quatre
Le projet prend une tournure inattendue lorsqu’un couple d’amis, inspiré par leur démarche, demande à se joindre à l’aventure. C’est donc à quatre qu’ils préparent pendant deux ans leur grand départ pour un tour du monde sans avion, en 2009. Le fil rouge de ce périple est aussi scientifique qu’humain : réaliser des « analyses de cycle de vie » de villages isolés pour comprendre leur véritable empreinte écologique. « On voulait s’inspirer des modes de vie traditionnels », explique-t-elle. Ce projet, baptisé « Dialogue sur Terre », les mène de l’Europe de l’Est à l’Asie en Transmongolien, puis en Afrique, en privilégiant toujours les transports terrestres et maritimes.
Le voyage en cargo de trois semaines entre l’Inde et le Maroc devient une expérience en soi, une pause méditative au cœur du périple. Sur place, ils partagent le quotidien de 14 communautés pendant une dizaine de jours à chaque fois, créant du lien en offrant un petit spectacle de chants et de danse.
L’évidence du collectif
Ce voyage est une profonde transformation pour Audrey Gicquel. Partie athée, elle revient avec des pratiques spirituelles et une conviction renforcée : elle n’est pas faite pour vivre seule. Pour elle, le collectif est une continuité naturelle. « Je n’ai pas choisi le collectif. Je n’ai juste pas choisi de vivre seule », confie-t-elle. De retour à Lyon, elle participe à la création de l’habitat participatif Les Choulans. Elle y voit une source de sobriété, de convivialité, mais aussi un puissant outil de connaissance de soi.
Le collectif, même s’il génère parfois des frictions, est pour elle un espace qui fait grandir, qui apprend à mieux connaître ses limites et à se positionner. C’est un lieu d’apprentissage de la gouvernance partagée et de nouvelles formes de relations humaines, à mi-chemin entre la famille, les amis et les collègues.
Explorer d’autres modèles
Près de quinze ans plus tard, en 2023, Audrey Gicquel reprend la route, cette fois en famille, direction les États-Unis et le Mexique. L’objectif n’est plus le même : il s’agit d’aller visiter des communautés intentionnelles établies de longue date, comme Twin Oaks, qui l’inspire depuis des années. Elle y découvre des modèles de vie radicalement différents, basés sur le partage des revenus et des activités. Dans ces lieux, une heure de travail pour l’entreprise communautaire vaut autant qu’une heure passée à garder les enfants ou à faire la cuisine.
Ce système remet en question le rapport à l’efficacité, à la propriété et à l’argent, et propose une forme de résilience collective. Forte de ces expériences, Audrey Gicquel souhaite désormais favoriser la création de communautés similaires en France, convaincue qu’elles répondent à un besoin profond de réinventer nos modes de coopération.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Ludo
- Lieux et communautés : Singapour, Malaisie, Indonésie, Vietnam, Cambodge, Laos, Thaïlande, Chine, Chili, Pérou, Bolivie, Ukraine, Russie, Lac Baïkal, Manchourie, Guilin, Tibet, Inde, Bhoutan, Népal, Bombay, Maroc, Tanger, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Bénin, Amsterdam, Lyon, États-Unis, Mexique, Twin Oaks, Éco-village d’Ithaca, Dancing Rabbits, Damanour (Italie), Zibbel Linden (Allemagne), Auroville (Inde), L’Arche de Saint-Antoine
- Organisations et projets : INSA de Lyon, Dialogue sur Terre, Les Choulans, Global Eco-Village Network
- Concepts : Analyse de Cycle de Vie (ACV), gouvernance partagée, communauté intentionnelle
- Médias : Revue Durable, YouTube
Au fil de l’épisode
- Les premiers voyages d’Audrey Gicquel en Asie lors de ses études d’ingénieur.
- La rencontre avec son futur mari et la décision de voyager différemment, plus lentement.
- La naissance du projet de tour du monde à quatre, avec un couple d’amis.
- Le fil rouge du voyage : étudier l’empreinte écologique de villages isolés via l’analyse de cycle de vie.
- Le défi d’un périple d’un an (2009-2010) sans prendre l’avion.
- L’itinéraire à travers l’Europe, l’Asie par le Transmongolien, et l’Afrique.
- L’expérience du voyage en bateau cargo, une parenthèse de trois semaines entre l’Inde et le Maroc.
- L’immersion dans 14 villages, en partageant le quotidien des habitants.
- La création d’un spectacle pour créer du lien et offrir un cadeau non monétaire.
- Le retour en France et la restitution de leur expérience à travers le spectacle « Inspirer ».
- La transformation personnelle et spirituelle vécue pendant ce voyage.
- Le passage naturel à la vie en collectif, une évidence pour elle.
- La création de l’habitat participatif « Les Choulans » à Lyon.
- Les bienfaits du collectif : sobriété, convivialité et connaissance de soi.
- Le nouveau voyage en famille aux États-Unis et au Mexique en 2023.
- La visite de communautés intentionnelles anciennes, comme Twin Oaks.
- La découverte d’un modèle basé sur le partage des revenus et la valorisation de toutes les activités.
- La remise en question du rapport capitaliste au travail, à l’efficacité et à la propriété.
- Son souhait de développer ce type de communautés en France.
- Le voyage comme une source de rencontres et de surprises.
FAQ
Qui est Audrey Gicquel ?
Audrey Gicquel est une ingénieure de formation (INSA Lyon), voyageuse et spécialiste de l’intelligence collective. Elle est connue pour avoir réalisé un tour du monde d’un an sans avion sur le thème de l’empreinte écologique. À son retour, elle a co-créé un habitat participatif à Lyon et accompagne aujourd’hui des collectifs. Elle a récemment voyagé aux États-Unis pour étudier le fonctionnement des communautés intentionnelles.
En quoi consistait son tour du monde sans avion ?
Réalisé en 2009-2010 avec son mari et un couple d’amis, ce voyage d’un an visait à étudier l’empreinte écologique de villages isolés en Asie et en Afrique. Le projet, nommé « Dialogue sur Terre », les a conduits à partager le quotidien de 14 communautés pour analyser leur mode de vie. En se déplaçant uniquement par voie terrestre et maritime, ils ont mis en pratique une approche de voyage sobre et lente.
Pourquoi Audrey Gicquel a-t-elle choisi de vivre en collectif ?
Pour Audrey Gicquel, vivre en collectif est un choix naturel, prolongeant une vie déjà riche en expériences de groupe (famille nombreuse, colocation, voyage à quatre). Elle y trouve des bénéfices écologiques et de la convivialité, mais surtout un puissant moteur de développement personnel. Selon elle, les relations et les défis de la vie en commun permettent de mieux se connaître, de comprendre ses limites et de grandir.
Qu’a-t-elle découvert dans les communautés intentionnelles américaines ?
Lors de son voyage en 2023, elle a exploré des communautés comme Twin Oaks, qui fonctionnent sur un modèle de partage intégral des revenus et des activités. Elle a été marquée par la manière dont ce système valorise toutes les tâches, y compris domestiques, à l’égal des activités rémunératrices. Ce modèle remet en cause la logique capitaliste de l’efficacité et du rapport à la propriété, et propose une organisation basée sur la coopération et la résilience collective.
Qu’est-ce que l’analyse de cycle de vie (ACV) ?
Comme l’explique Audrey Gicquel, l’analyse de cycle de vie (ACV) est une méthode pour évaluer les impacts environnementaux d’un produit ou d’un service. C’est un outil plus complet que le simple bilan carbone. Il prend en compte toutes les étapes, de l’extraction des matières premières à la fabrication, l’utilisation et le recyclage final, en regardant divers indicateurs comme la consommation d’énergie ou l’acidification des océans.
