Un appel du désert
Yannick Billard se définit comme un « doux rêveur », la tête dans les étoiles à la manière de Saint-Exupéry. Son aventure familiale commence par une vision presque mystique : lors d’un vol de retour du Sénégal, où il mène des projets de solidarité internationale, il aperçoit une lueur improbable au cœur du désert. Il y voit un signe, le retour du Petit Prince, et l’étincelle qui déclenche une envie irrépressible de repartir. Ce besoin d’ailleurs est pour lui une quête d’interculturalité, une façon de se confronter à l’autre pour ne jamais rester figé dans ses propres certitudes. Il raconte comment un premier grand voyage à vélo à travers l’Afrique, en 2005, l’avait déjà profondément transformé, le poussant à faire de la solidarité internationale son métier.
« J’ai besoin en fait de ne pas rester dans mes certitudes, j’ai besoin qu’une culture de quelqu’un d’autre me permette de découvrir le monde, de me remettre en cause en permanence. »
La réalité que l’on se construit
Pour Yannick Billard, le voyage est une école du regard. Il explique comment notre état d’esprit change radicalement notre perception du monde qui nous entoure. Un même lieu peut paraître hostile un jour et merveilleux le lendemain, simplement parce que notre humeur a changé. Cette expérience l’a convaincu que la réalité n’est pas une donnée fixe, mais une histoire que l’on se raconte. Le voyage, en mettant nos cinq sens en éveil, nous conditionne à voir le monde différemment. Il met toutefois en garde contre la recherche permanente de cet état d’excitation, soulignant l’importance de retrouver le confort de son « camp de base », de ses habitudes et de sa famille. C’est cet équilibre qui lui permet de vivre pleinement ses aventures et ses retours.
Entre deux périples, il cultive avec sa femme une petite ferme en Savoie, s’occupant de leur « planète » avec des petits fruits rouges et quelques moutons.
De la dyslexie à l’écriture
Le choix du vélo comme moyen de transport n’est pas anodin. C’est pour lui le rythme idéal, à la fois doux et assez rapide pour couvrir de longues distances, tout en privilégiant les rencontres en milieu rural. Mais l’autre voyage, celui de l’écriture, fut plus inattendu. Yannick Billard raconte son parcours avec la dyslexie, un trouble qui lui a valu d’être « cassé » par le système scolaire. Poussé par sa mère à écrire encore et encore pour surmonter ses difficultés, il a fini par y prendre goût. Écrire son premier livre après sa traversée de l’Afrique fut une revanche, la preuve qu’à force de travail, on peut « forcer le destin ». C’est ainsi qu’il a découvert le plaisir de raconter des histoires, une passion qui trouve son apogée dans son livre fétiche, « Le Petit Prince ».
« C’est un livre à la fois assez simple, à la fois très profond. On peut éternellement le lire, le relire, le retravailler, le comprendre. »
Sur la route du Petit Prince
Le projet familial se concrétise lorsque sa femme, Marie-Hélène, se retrouve disponible professionnellement. Le couple présente l’idée à leurs trois enfants, alors âgés de 7, 10 et 12 ans, qui accueillent l’aventure avec un enthousiasme naturel. La préparation dure 18 mois, mais l’essentiel de l’énergie n’est pas consacré à la logistique matérielle, mais à la recherche des rencontres. Yannick Billard passe ses soirées à dessiner un itinéraire poétique, cherchant sur des cartes qui pourrait incarner l’allumeur de réverbères, le businessman ou l’astronome. Le but n’est pas de suivre une trace GPS, mais de relier des points de rencontre potentiels, laissant une large place à l’imprévu et à l’aventure entre chaque étape.
Le voyage est pensé pour que les enfants soient pleinement acteurs, et non de simples suiveurs de leurs parents.
Rencontres d’un autre type
Le voyage se transforme rapidement en une succession de rencontres magiques. L’astronome, ils le trouvent au Pic du Midi de Bigorre. Yannick Billard contacte l’observatoire au culot et reçoit une réponse enthousiaste du directeur, qui se révèle être lui-même un passionné du Petit Prince. Pour son dernier jour de travail, il incarne avec joie le personnage pour les enfants. À Lisbonne, le businessman n’est pas un collectionneur d’étoiles, mais un entrepreneur social qui redistribue les invendus alimentaires aux sans-abris, mettant des étoiles dans les yeux des plus démunis. Le renard, lui, ne sera pas un seul individu mais tout un groupe, les jeunes de l’association Amodou à Taroudan, au Maroc, qui vont « apprivoiser » la famille pendant cinq jours inoubliables.
Le périple les mène aussi sur les lieux mêmes de la création, à Cap Juby, où Saint-Exupéry a imaginé son conte.
Le voyage intérieur
Au-delà des rencontres, le voyage est une profonde introspection. Yannick Billard raconte un moment particulièrement intense au sommet d’une dune en Mauritanie. En pleine nuit, lors d’une balade solitaire sous la lune, il a la sensation de sortir de lui-même et de revoir l’enfant qu’il était, celui qu’on surnommait le Petit Prince. Une expérience troublante, une « méditation du désert » qui le marquera jusqu’à la fin du voyage. Chacun des membres de la famille vivra sa propre rencontre avec son « petit prince intérieur ». L’aventure s’achève six mois plus tard à Bignonna, en Casamance, où ils sont accueillis par 500 cyclistes. Grâce aux fonds collectés pendant leur voyage, ils aident à la création d’un club de vélo local, faisant ainsi perdurer l’esprit de leur périple.
« Fais de ta vie un rêve et d’un rêve ta réalité. C’est ce que j’essaye de faire au quotidien. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Le livre « Dans la Roue du Petit Prince » de Yannick et Marie-Hélène Billard, publié aux éditions Transboréal
- Le livre « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry
- Personnalités : Antoine de Saint-Exupéry, Gandhi
- Lieux : Chambéry, Savoie, Pyrénées, Atlas, désert de Mauritanie, Sénégal, Casamance, Bignonna, Le Cap de Bonne Espérance, Syrie, Égypte, Éthiopie, Kenya, Tanzanie, Malawi, Afrique du Sud, Pic du Midi de Bigorre, Lisbonne, Taroudan (Maroc), Cap Juby (Tarfaya)
- Éditeur : Transboréal
- Festival : Le Grand Bivouac
- Association : Amodou (Maroc)
Au fil de l’épisode
- Présentation de Yannick Billard, de son livre et de son voyage familial à vélo.
- L’origine du projet : une lueur aperçue dans le désert depuis un avion.
- Son métier dans la solidarité internationale et son besoin d’interculturalité.
- Récit de son premier grand voyage à vélo à travers l’Afrique en 2005-2006.
- L’influence de la pensée de Gandhi sur sa vision de la vie.
- La notion d’altérité et la capacité à se réinventer au contact des autres cultures.
- Sa conviction que nous créons nos propres réalités par notre regard sur le monde.
- L’état de conscience particulier du voyageur, avec les sens en éveil.
- L’importance de l’équilibre entre l’aventure et le retour à un « camp de base ».
- Sa vie entre les voyages : une petite ferme en Savoie.
- Les raisons de son choix du vélo comme mode de transport privilégié.
- Son parcours pour devenir auteur malgré sa dyslexie.
- L’importance du livre « Le Petit Prince » dans sa vie.
- La mise en place du projet en famille et l’implication des enfants.
- Les 18 mois de préparation axés sur la recherche des rencontres.
- La rencontre avec « l’astronome » au Pic du Midi de Bigorre.
- La rencontre avec le « social businessman » à Lisbonne.
- L’« apprivoisement » par l’association Amodou à Taroudan, incarnant le renard.
- L’émotion de se retrouver sur les lieux d’écriture du Petit Prince à Cap Juby.
- Ses citations préférées de Saint-Exupéry.
- La rencontre avec son propre « petit prince intérieur » dans le désert de Mauritanie.
- L’arrivée à Bignonna en Casamance après six mois de voyage.
- L’accueil par 500 cyclistes et la concrétisation du projet solidaire de club de vélo.
- Son conseil aux familles voyageuses : construire une aventure où les enfants sont pleinement acteurs.
FAQ
Qui est Yannick Billard ?
Yannick Billard est un voyageur, auteur et père de famille. Il travaille dans le domaine de la solidarité internationale, notamment au Sénégal. Passionné par l’interculturalité et les voyages à vélo, il a co-écrit avec sa femme Marie-Hélène le livre « Dans la Roue du Petit Prince » qui relate leur grande aventure familiale. Il vit en Savoie où il gère une petite ferme avec sa famille entre deux voyages.
Quel est le projet raconté dans l’épisode ?
L’épisode raconte le voyage à vélo de six mois entrepris par Yannick Billard, sa femme et leurs trois enfants. Partis de Chambéry, ils ont parcouru 7 000 kilomètres à travers les Pyrénées, le Maroc et la Mauritanie pour rejoindre Bignonna en Casamance, au Sénégal. L’originalité du projet était de suivre une trame narrative inspirée du livre « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry, en cherchant à rencontrer ses personnages dans la vie réelle.
Comment a-t-il rencontré les personnages du Petit Prince ?
Yannick Billard n’a pas cherché des sosies, mais des personnes incarnant l’esprit des personnages du conte. Par exemple, il a rencontré « l’astronome » en la personne du directeur de l’observatoire du Pic du Midi, le « businessman » sous les traits d’un entrepreneur social à Lisbonne, et le « renard » à travers une association de jeunes Marocains qui ont « apprivoisé » sa famille par leur hospitalité.
Pourquoi le voyage à vélo ?
Pour Yannick Billard, le vélo est le moyen de transport idéal pour ce type d’aventure. Il le décrit comme un mode de déplacement à la fois doux, qui permet de s’imprégner des paysages, et suffisamment rapide pour envisager de longues distances. Étant fondamentalement un « rural », il apprécie que le vélo favorise la traversée des campagnes et les rencontres authentiques, loin de l’agitation des grandes villes.
Quelle était la dimension solidaire du voyage ?
Le voyage de la famille Billard intégrait un projet de solidarité. Tout au long de leur périple, ils ont collecté des fonds grâce aux personnes qui suivaient leur blog. À leur arrivée à Bignonna, au Sénégal, cette somme a permis de financer la création d’un club de vélo local. Ce projet a pris une ampleur inattendue, puisque les habitants avaient déjà commencé à retaper des centaines de vélos avant même leur arrivée.
