Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

Jean Freund, de retour du Japon

Illustrateur et auteur français, Jean Freund a vécu douze ans au Japon. Une aventure qui a commencé presque par hasard, au lycée en Alsace, avec le choix d'apprendre une langue qui mêlait pour lui le verbe et le dessin. Au micro d'Alexandre Sattler, il revient sur ce premier voyage scolaire qui a scellé son destin et sur son long parcours d'expatrié. Il raconte avec lucidité la complexité de la vie au Japon, la fascination pour sa culture, mais aussi le choc d'une société aux codes si différents, notamment dans le monde du travail. Un témoignage généreux sur l'intégration, l'identité et le statut si particulier de l'étranger, le "gaijin".

douze ans d'expatriation au Japon, entre fascination et choc culturel

La naissance d’une passion

C’est au lycée Bartholdi de Colmar que le destin japonais de Jean Freund se dessine. Né en Alsace et ayant grandi avec le français et l’alsacien, il est attiré par les langues et le dessin, un talent hérité de son grand-père. En classe de seconde, il choisit d’apprendre le japonais, y voyant une discipline exotique qui combine ses deux passions à travers les idéogrammes. Cette curiosité initiale se transforme en véritable vocation lors d’un voyage scolaire d’une dizaine de jours. À 16 ans, il découvre Tokyo, Kyoto, Osaka et vit ses premiers jours en famille d’accueil. Il raconte avoir pris « plein la face » devant ce pays si propre, respectueux et architecturalement fascinant. Ce choc culturel positif le convainc : il se donne dix ans pour devenir bilingue.

De retour en France, il se plonge dans l’apprentissage autodidacte des kanji, hiragana et katakana, avant de s’inscrire en faculté de japonais à Strasbourg, malgré les réserves de ses parents sur les débouchés. « Je ne savais pas ce que j’allais faire avec ça, mais je voulais faire une fac de japonais », confie-t-il.

L’immersion et les premiers doutes

Après sa licence, Jean Freund part pour un an d’échange à l’université Seijo de Tokyo. À 21 ans, il vit sa « best life », améliore sa maîtrise de la langue et s’immerge dans la culture locale. Cependant, le retour en France est difficile. Sans projet clair, il suit sa compagne Camille en Espagne, vivant une parenthèse à Grenade puis Barcelone. Le Japon reste son objectif, mais une première tentative de retour professionnel se solde par un échec. Engagé comme stagiaire par un producteur de musique parisien pour organiser des concerts à Tokyo, il se retrouve livré à lui-même et déchante rapidement. L’expérience tourne court et, après quelques mois, il rentre en Europe, un peu déprimé par ce faux départ.

Cette période de doute ne l’éloigne pourtant pas de son but. Il sait que le chapitre japonais de sa vie n’est pas terminé et cherche un moyen plus solide d’y retourner et de s’y construire un avenir.

La vie de « gaijin »

Jean Freund décrit avec finesse l’expérience d’être un « gaijin », un étranger, au Japon. Ce statut est à double tranchant. D’un côté, il est gratifiant : être occidental ouvre des portes, suscite la curiosité et la bienveillance. Il raconte comment de simples rencontres dans un bar pouvaient se transformer en invitations à dîner ou en propositions de cours particuliers, l’étranger devenant une sorte de « faire-valoir ». Le fait de parler couramment japonais ajoute une couche de fascination, les Japonais étant souvent impressionnés par les étrangers maîtrisant leur langue. Au début, ces réactions sont flatteuses et encourageantes.

Mais après douze ans, cette différence devient pesante. « Il y a toujours quelqu’un pour te rappeler que t’es un gaijin », explique-t-il. Malgré une intégration réussie, la gestion des impôts en japonais ou la participation à la vie de quartier, son apparence le renvoie sans cesse à son statut d’étranger. Il évoque des moments vexants où il se sentait comme un « phénomène de foire », simple attraction pour les locaux.

Plongée dans le monde du travail

L’épisode explore en profondeur la culture d’entreprise japonaise, que Jean Freund a connue de l’intérieur en travaillant pour une multinationale. Il décrit un univers très codifié, du costume-cravate quasi obligatoire à l’importance écrasante du groupe. La hiérarchie, ou « jougé-kanké », est omniprésente et impose un respect absolu des aînés, qui peuvent parfois abuser de leur pouvoir. Il raconte des scènes de bizutage et de pression psychologique, notamment lors des soirées arrosées après le travail, auxquelles il est impossible de se soustraire. « Tu y vas parce que tu respectes ton aîné, mais tout le groupe y va », se souvient-il.

Il aborde aussi la place des femmes, souvent infantilisées et cantonnées à des rôles subalternes, comme servir le thé. Cette situation, qui lui paraissait abusive, était pourtant acceptée comme la norme par ses collègues féminines. C’est ce conformisme et cette pression du groupe qui poussent, selon lui, certains Japonais à chercher une échappatoire dans des modes de vie alternatifs comme les « free-ta » (travailleurs précaires) ou, pour les femmes, dans l’expatriation.

Le Japon intime

Au-delà de sa vie professionnelle, Jean Freund partage une vision plus personnelle du Japon, nourrie par ses voyages à travers l’archipel. Il évoque avec un attachement particulier les îles d’Izu, au sud de Tokyo, accessibles en ferry de nuit. Pour cet Alsacien, ces îles représentent la quintessence du paysage japonais, un mélange permanent de mer et de montagne. Il y retrouvait le plaisir de la marche, la sérénité des temples et la beauté d’une nature préservée, loin de l’agitation de la capitale. Il raconte aussi un voyage marquant où il a traversé la mer intérieure en bateau pour rejoindre Shanghai, première étape d’un retour en France sans avion.

Interrogé sur la fascination qu’exerce le Japon, il l’attribue à un mélange d’éloignement géographique, de traditions préservées et d’une pop culture puissante qui a façonné l’imaginaire occidental. « Les gens ont vraiment leur univers dans leur tête », observe-t-il, un univers souvent idéalisé, loin de la réalité qu’il a vécue.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Amélie Nothomb, Sansevérino.
  • Lieux : Japon, Tokyo, Kyoto, Osaka, Alsace, Colmar, Strasbourg, Espagne (Grenade, Barcelone), îles d’Izu, Shanghai.
  • Institutions et entreprises : Sony, Nintendo, Lycée Bartholdi (Colmar), Université Seijo (Tokyo), Panasonic, Institut Matsushita.
  • Œuvres : Lost in Translation (film), Stupeur et Tremblement (livre), Zelda (jeu vidéo).

Au fil de l’épisode

  • La rencontre avec Jean Freund et son lien de douze ans avec le Japon.
  • Ses débuts avec la langue japonaise au lycée en Alsace, par attrait pour les idéogrammes.
  • Le premier voyage scolaire au Japon à 16 ans, une véritable révélation culturelle.
  • La décision d’étudier le japonais à l’université de Strasbourg.
  • Sa première année d’études à Tokyo à l’université Seijo.
  • Le retour difficile en France et la parenthèse en Espagne avec sa future femme, Camille.
  • Une expérience de stage décevante dans le milieu de la musique à Tokyo.
  • La définition du mot « gaijin », l’étranger au Japon.
  • Le double visage du statut de « gaijin » : entre fascination et exclusion permanente.
  • Les situations cocasses et parfois agaçantes liées à la barrière de l’apparence.
  • L’immersion dans le monde du travail japonais : le code vestimentaire et la notion de groupe.
  • La pression sociale des sorties après le travail et la consommation d’alcool.
  • La hiérarchie stricte (« jougé-kanké ») et ses dérives.
  • Le traitement infantilisant des femmes dans le milieu professionnel.
  • L’acceptation culturelle des inégalités par les femmes elles-mêmes.
  • Les moyens d’échapper au conformisme : les « free-ta » et l’expatriation.
  • Les phénomènes sociaux extrêmes comme les « hikikomori ».
  • Les raisons qui l’ont poussé à rester douze ans au Japon, notamment le défi de maîtriser la langue.
  • Son passage par l’institut Matsushita, une formation réservée à l’élite japonaise.
  • L’arrivée de sa femme, Camille, et son parcours d’adaptation au Japon.
  • Ses voyages personnels à travers le pays, notamment son affection pour les îles d’Izu.
  • Son analyse de la fascination occidentale pour le Japon, entre traditions et pop culture.
  • Ses réflexions sur un éventuel retour pour vivre au Japon.

FAQ

Qui est Jean Freund ?

Jean Freund est un illustrateur et auteur français originaire d’Alsace. Il est principalement connu pour son parcours d’expatrié au Japon, où il a vécu pendant douze ans. Passionné par la langue et la culture japonaises depuis l’adolescence, il a partagé son expérience d’intégration, de la vie quotidienne aux défis du monde professionnel, offrant un regard nuancé sur la société japonaise contemporaine.

Pourquoi Jean Freund a-t-il appris le japonais ?

Il a commencé à apprendre le japonais au lycée, en classe de seconde. Ce choix était motivé par une double curiosité : celle pour les langues et celle pour le dessin. Il voyait dans les idéogrammes japonais une fusion de ces deux centres d’intérêt. Un voyage scolaire au Japon à l’âge de 16 ans a ensuite transformé cette curiosité en une véritable passion, le décidant à poursuivre des études universitaires dans cette langue.

Qu’est-ce qu’un « gaijin » au Japon ?

Le terme « gaijin » signifie littéralement « personne de l’extérieur » et désigne un étranger. Selon Jean Freund, ce statut est ambivalent. D’un côté, il peut être valorisant, car l’étranger suscite la curiosité et bénéficie d’une certaine bienveillance. De l’autre, il constitue une barrière invisible qui empêche une intégration totale, rappelant constamment à la personne qu’elle ne fait pas partie du groupe, même après des années de vie dans le pays.

Comment est la culture du travail au Japon selon Jean Freund ?

Il décrit une culture d’entreprise très rigide et hiérarchisée. Le respect des aînés est primordial et la pression du groupe est immense, notamment à travers les sorties obligatoires après le travail. Il souligne également un conformisme très fort où sortir du rang est mal perçu, ainsi que des inégalités marquées entre les hommes et les femmes, ces dernières étant souvent cantonnées à des rôles subalternes.

Épisodes similaires
Portrait de Mathilde Everaere, qui partage son expérience avec les peuples autochtones d'Amazonie
Regard'Ailleurs Mathilde MA’AH TRIBU Huni Kuin
De Sciences Po à l'Amazonie, Mathilde Everaere raconte sa vie auprès du peuple Huni Kuin et les savoirs des plantes-médecine.
11 août 2026 · 49 min
Saison 1 · Épisode 199
Écouter l'épisode
Portrait de Marie, qui raconte son chemin de transformation dans un ashram en Inde
Regard'Ailleurs Marie – Un chemin de transformation au cœur de l’ashram
Marie a tout quitté pour l'Inde. Elle raconte sa quête spirituelle et ses années de transformation au cœur d'un ashram.
28 juillet 2026 · 47 min
Saison 1 · Épisode 198
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.