Le mur de flammes
Frédéric Maggiani raconte ses débuts de sapeur-pompier volontaire à La Ciotat, une vocation née d’une formation aux premiers secours au collège, qui le mènera à devenir officier professionnel au sein du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône. Il revient en détail sur la journée du 24 juillet 2004. Alors en repos, il décide de rejoindre ses collègues pour combattre un violent feu de forêt à l’ouest de Marseille. En début de soirée, alors que la situation semble maîtrisée, un phénomène thermique imprévisible se déclenche : une poche de gaz végétaux inflammables s’embrase et parcourt plusieurs centaines de mètres en quelques secondes, encerclant son groupe. Contraint de quitter son véhicule 4×4, il se retrouve face à un « mur de flammes ».
Pour survivre, il n’a d’autre choix que de le traverser en courant. Brûlé instantanément, il s’effondre de douleur avant de trouver la force de se relever en pensant à ses enfants et de rejoindre, en titubant, un camion de pompiers où ses collègues le mettent à l’abri.
« La finalité, c’est : je suis en vie »
Commence alors un long combat à l’hôpital. Admis au centre des grands brûlés de Marseille, il est plongé dans un coma artificiel. Il décrit les opérations successives, les greffes, les amputations de plusieurs doigts et cette période où, les paupières cousues pour protéger les greffes, il ne peut plus voir. Il insiste sur le soutien infaillible de ses proches, mais aussi de ce qu’il nomme la « famille des sapeurs-pompiers », qui transforme presque l’hôpital en caserne et dont la hiérarchie lui assure : « Ta place, personne ne la prendra. » C’est une discussion avec son oncle qui provoque un déclic. Il cesse de ressasser l’accident pour se concentrer sur l’essentiel. « Je suis là, en vie. La finalité, c’est : je suis en vie. »
Cette décision marque le début d’une reconstruction guidée par une succession d’objectifs : se tenir debout, remarcher, et même réussir l’oral du concours de capitaine depuis son lit d’hôpital.
Courir pour se reconstruire
La rééducation est une épreuve, marquée par la douleur et une phase de dépression. Un jour, vexé par la réponse d’un kinésithérapeute à qui il demande quand il pourra recourir, il décide de forcer le destin. Il tente quelques pas rapides, puis quelques minutes de course, au prix d’un épuisement total. Mais le défi est lancé. La course à pied devient son moteur. De quelques minutes, il passe à une heure, trois fois par semaine. Cet engagement culmine avec sa participation aux 20 kilomètres de la course Marseille-Cassis, entouré de 34 collègues pompiers. Cette même détermination le pousse à reprendre son métier. D’abord sur des missions administratives, il obtient progressivement de retrouver des fonctions opérationnelles, jusqu’à retourner commander des hommes sur des feux de forêt, notamment lors de missions à La Réunion et en Gironde.
Son parcours l’amène naturellement à rejoindre l’association des Gueules Cassées, où il retrouve la même fraternité d’armes qu’avec ses collègues pompiers ou les militaires qui l’ont soigné.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- « À l’épreuve du feu », livre de Frédéric Maggiani et son épouse
- Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) des Bouches-du-Rhône
- Bataillon de marins-pompiers de Marseille
- Union des Blessés de la Face et de la Tête – Les Gueules Cassées
- Hôpital de la Conception (Centre des Grands Brûlés) à Marseille
- Centre de rééducation Léon Bérard
- Hôpital d’instruction des armées Sainte-Anne
- Course Marseille-Cassis
- Docteur Eric Danzer
Au fil de l’épisode
- Les débuts de Frédéric Maggiani comme sapeur-pompier volontaire à La Ciotat.
- Le passage de volontaire à officier professionnel dans les Bouches-du-Rhône.
- Le 24 juillet 2004 : le jour de l’accident, alors qu’il était en repos.
- La description du feu de forêt sur le massif de la Nerte, à l’ouest de Marseille.
- Le phénomène d’embrasement généralisé qui le piège en quelques secondes.
- La décision de quitter son véhicule et de traverser le « mur de flammes ».
- Le sauvetage par ses collègues et l’arrivée à l’hôpital.
- La prise de conscience de la gravité de ses brûlures.
- La vie en réanimation, les opérations, les greffes et les yeux cousus pendant des mois.
- Le soutien de sa famille et de la « famille des sapeurs-pompiers ».
- Le déclic mental : arrêter de regarder en arrière pour se concentrer sur le fait d’être en vie.
- La réussite du concours de capitaine depuis son lit d’hôpital.
- Le transfert au centre de rééducation Léon Bérard et la difficulté de réapprendre à marcher.
- La rencontre avec Roland, un policier également grand brûlé.
- Le jour où, vexé par son kiné, il décide de se remettre à courir.
- La course à pied comme moteur de sa reconstruction physique et mentale.
- Le défi de la course Marseille-Cassis, accompli avec ses camarades pompiers.
- La reprise progressive du travail au sein du SDIS 13.
- Le retour aux fonctions opérationnelles et au commandement sur le terrain.
- Son engagement auprès de l’association des Gueules Cassées et la fraternité avec les blessés militaires.
- La fierté de voir un de ses fils devenir à son tour sapeur-pompier.
FAQ
Qui est Frédéric Maggiani ?
Frédéric Maggiani est lieutenant-colonel chez les sapeurs-pompiers au Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône. Le 24 juillet 2004, il a été victime d’un grave accident en service, piégé par un feu de forêt. Grand brûlé au visage et aux mains, il a suivi un long parcours de reconstruction avant de reprendre ses fonctions opérationnelles et de retourner au feu.
Comment s’est produit l’accident du lieutenant-colonel Frédéric Maggiani ?
Le 24 juillet 2004, lors d’un feu de forêt sur le massif de la Nerte, près de Marseille, son groupe a été surpris par un embrasement généralisé et soudain. Ce phénomène, causé par l’inflammation d’une nappe de gaz végétaux, a parcouru plusieurs centaines de mètres en quelques secondes. Coincé, il a dû abandonner son véhicule et traverser un mur de flammes pour survivre.
Quel a été le rôle du collectif dans sa reconstruction ?
Le collectif a été essentiel. Outre le soutien de son épouse et de ses enfants, il a bénéficié de l’aide des soignants et de ce qu’il appelle la « famille des sapeurs-pompiers ». Ses collègues se sont relayés à l’hôpital pour assurer une présence continue, et sa hiérarchie lui a garanti qu’il retrouverait sa place. Ce soutien indéfectible a été un pilier de sa reconstruction.
Comment a-t-il pu retourner combattre le feu ?
Son retour au feu a été progressif et porté par une détermination sans faille. Après sa rééducation, il a d’abord repris des missions administratives et d’animation de groupes de travail. Guidé par son objectif de redevenir pleinement opérationnel, il a travaillé avec le service de santé pour définir un cadre d’intervention adapté, lui permettant de reprendre le commandement sur le terrain, des années après son accident.
Quel est le lien entre Frédéric Maggiani et l’association des Gueules Cassées ?
Frédéric Maggiani considère les militaires comme des « frères d’armes ». Pour lui, la lutte contre le feu est une forme de guerre, et les blessures subies se ressemblent. Soigné en partie en hôpital militaire, il a trouvé un écho naturel à son histoire au sein de l’Union des Blessés de la Face et de la Tête, partageant avec ses membres une fraternité née de l’engagement et de l’épreuve.
