De la contrainte à la création
Jérôme Fagnet raconte comment son projet musical, Broken Back, est né d’une période difficile. Victime de ce qu’il décrit comme un « burn-out physique » durant ses études, une blessure au dos l’a forcé à une longue convalescence. C’est durant cette immobilité qu’il se plonge dans la musique, apprenant la guitare et le chant comme un exutoire pour « s’échapper de son corps ». La musique devient alors une nécessité, un refuge qui se transformera en vocation. Il explique que la quasi-totalité de ses chansons sont composées en Bretagne, notamment à Saint-Malo, un lieu qui l’apaise et l’inspire, essentiel à sa mise en condition créative.
Cette origine douloureuse a forgé sa vision artistique, résumée par le titre de son premier EP, Dear Misfortune, Mother of Joy, inspiré d’une citation d’Albert Cohen : « le malheur est le père du bonheur de demain ».
Le déclic et l’indépendance
Le succès arrive de manière progressive, mais un titre va accélérer les choses : « Riva », en collaboration avec le DJ Klingande. Jérôme Fagnet raconte l’anecdote de leur rencontre : contacté sur Facebook, il découvre qu’ils habitent à 200 mètres l’un de l’autre à Lille. Ce succès ne vient pas de nulle part ; il est le fruit d’un travail passionné et de la construction patiente d’un univers. Conseillé par son éditeur, Mathieu Tessier, il fait un choix déterminant pour sa carrière : monter son propre label, Broken Back Inc. Cette démarche, issue de sa formation en école de commerce, lui garantit une totale liberté artistique.
« C’est tout cet aspect qui n’est pas sexy du tout […] qui permet de redonner de la liberté », explique-t-il. En étant son propre producteur, il peut livrer à ses partenaires, comme Sony, un album qui correspond exactement à sa vision, sans interférence commerciale sur ses textes ou ses mélodies.
L’alchimie de la composition
Interrogé sur son processus créatif, Jérôme Fagnet insiste sur l’absence de règles. Parfois, le texte vient en premier, mais le plus souvent, c’est une émotion encapsulée dans une mélodie qui initie le morceau. Il se positionne en observateur, puisant son inspiration dans son vécu, celui de ses proches ou même l’actualité. Il décrit la fusion des paroles et de la musique comme un « moment assez magique en studio », une première naissance solitaire. Il confie ne jamais se censurer, même lorsqu’il doute d’une chanson en cours de création, car le recul révèle souvent des pépites inattendues.
Pour lui, la création n’est jamais un processus douloureux, mais un plaisir, un moment où il se sent pleinement épanoui, comme un enfant qui joue.
La scène, une seconde naissance
La deuxième naissance d’une chanson, c’est la scène. Après plus de 300 concerts, le live reste un moment fondamental pour Broken Back. C’est l’occasion de partager les émotions nées en studio et de les voir vibrer avec le public. La scène est aussi un lieu d’apprentissage qui nourrit sa musique, comme lorsqu’il intègre des percussions locales (darbouka, toere) lors de ses tournées à l’étranger. Il évoque la montée d’adrénaline avant chaque concert, un « vieil ami » qu’il a appris à connaître et qui est nécessaire pour vivre le moment intensément. La clé pour tenir le rythme effréné des tournées ? Le sommeil, essentiel pour préserver sa voix.
Il décrit la vie en tournée, les rituels avec ses musiciens Sam et Tom, et l’importance de la préparation mentale une heure avant de monter sur scène pour « lâcher la pression » et arriver dans les meilleures conditions.
Embrasser l’erreur créatrice
L’un des enseignements les plus forts de l’épisode est sa vision de l’erreur. Angoissé au début de sa carrière par l’idée de se tromper en live, il a appris, notamment grâce à son batteur, à voir l’imprévu comme une chance. Une corde de guitare qui casse ou une parole oubliée n’est pas un échec, mais une opportunité de créer un moment unique, une version inoubliable d’une chanson. « S’il y a bien une règle qui existe en concert, c’est que justement une erreur, c’est ce qui va amener l’aspérité au concert », affirme-t-il. Cette philosophie de « l’erreur créatrice » guide sa pratique sur scène comme en studio.
Ce principe rejoint le meilleur conseil qu’on lui ait donné, celui de son professeur de tuba avant une audition : « Vas-y, amuse-toi ». Un déclic qui l’a poussé à toujours privilégier le plaisir et le jeu dans sa pratique musicale.
Broken Back nous recommande…
- « Succès d’année » — Eric Arbobès et Laurent Muldworth, un livre sur la gestion de la célébrité et son impact sur la personnalité.
Les références de l’épisode
- Personnes : Jérôme Fagnet (Broken Back), Pauline Laigneau, Klingande, Mathieu Tessier, Sam (batteur), Tom (guitariste), Stéphane Soumier, Thierry Thibault, Albert Cohen, Eric Arbobès, Laurent Muldworth, Lady Gaga.
- Œuvres et chansons : « Young Love », « Riva », « Dear Misfortune, Mother of Joy », « Jubel » (de Klingande), « Say », « Walls » (de Beck), « Chiffose ».
- Lieux et institutions : Saint-Malo, Bretagne, Lille, L’Olympia, L’EDEC.
- Labels et entreprises : Broken Back Inc., Warner-Chapelle, Sony, Columbia.
Au fil de l’épisode
- Les multiples casquettes de Jérôme Fagnet : auteur, compositeur, interprète, producteur et co-réalisateur.
- L’histoire derrière le clip de la chanson « Young Love ».
- Son processus créatif, sans règles fixes, où l’émotion prime.
- La double naissance d’une chanson : la création solitaire en studio et le partage sur scène.
- Le rapport à l’écriture personnelle, entre le risque de s’exposer et le besoin de se libérer.
- La gestion des doutes et de la saturation pendant la finalisation d’un morceau.
- Les origines du projet Broken Back : une blessure au dos comme déclencheur créatif.
- Son enfance, sa formation musicale au tuba et le choix de son professeur charismatique.
- Son parcours en école de commerce avant de se lancer entièrement dans la musique.
- La rencontre avec le DJ Klingande à Lille, qui a mené au succès du titre « Riva ».
- Sa vision d’un succès progressif, fruit de la passion et de la persévérance.
- La décision de créer son propre label pour garantir son indépendance artistique.
- L’importance de la scène pour faire vivre les chansons et se nourrir musicalement.
- La vie en tournée, entre l’adrénaline des concerts et la nécessité de préserver sa voix par le sommeil.
- Les rituels d’avant-concert avec son équipe pour se mettre en condition.
- Un souvenir marquant : chanter pour ses parents au milieu du public de l’Olympia.
- Le concept de « l’erreur créatrice » : comment un imprévu en live devient une force.
- Le meilleur conseil reçu : « Amuse-toi », donné par son professeur de tuba.
- Sa recommandation de lecture sur l’impact de la célébrité.
- La gestion du succès et l’importance de distinguer la personne de l’artiste.
- La présentation de son prochain clip, « Chiffose », sur le thème de la violence conjugale.
FAQ
Qui est Broken Back ?
Broken Back est le nom de scène de l’artiste musicien Jérôme Fagnet. Originaire de Saint-Malo, il est auteur, compositeur et interprète. Sa musique, souvent qualifiée d’électro-folk, se caractérise par des mélodies entraînantes et une voix singulière. Il s’est fait connaître avec des titres comme « Riva » en collaboration avec Klingande, et a depuis sorti plusieurs projets acclamés, se produisant sur de nombreuses scènes en France et à l’international.
Pourquoi le nom « Broken Back » ?
Ce nom, qui signifie « dos cassé » en anglais, fait directement référence à l’origine de son projet musical. Durant ses études, Jérôme Fagnet a souffert d’un grave problème de dos qui l’a immobilisé pendant une longue période. La musique est devenue son principal exutoire. Il a choisi ce nom pour se souvenir que cette épreuve difficile a été le point de départ de son épanouissement artistique, illustrant l’idée que le malheur peut être le père du bonheur.
Comment Jérôme Fagnet compose-t-il sa musique ?
Jérôme Fagnet n’a pas de méthode de composition figée. Il explique que le processus part le plus souvent d’une émotion ou d’une mélodie. Il se met dans des conditions propices à la création, souvent en Bretagne, et se laisse inspirer par ce qu’il observe ou ressent. Il décrit la création comme un acte joyeux et libérateur, loin d’être douloureux. Il insiste sur l’importance de ne pas se censurer et de mener ses idées à terme, même en cas de doute.
Quelle est la philosophie de Broken Back sur la scène ?
Pour Broken Back, la scène est la « seconde naissance » de ses chansons, un moment essentiel de partage avec le public. Il aborde le live avec une philosophie qu’il nomme « l’erreur créatrice ». Plutôt que de craindre les imprévus, comme une fausse note ou un problème technique, il les accueille comme des opportunités de rendre le concert unique et vivant. Cette approche, centrée sur le plaisir et l’amusement, vise à créer une connexion authentique et mémorable avec les spectateurs.
Comment Broken Back gère-t-il sa carrière de manière indépendante ?
Grâce à sa formation en école de commerce, Jérôme Fagnet a une vision entrepreneuriale de sa carrière. Très tôt, il a créé son propre label, Broken Back Inc., pour être le producteur de sa musique. Cette structure lui permet de conserver une liberté artistique totale sur ses créations, de la composition à la production finale de l’album. Il collabore ensuite avec des majors comme Sony pour la distribution, mais en gardant le contrôle créatif, un modèle qui lui permet de concilier art et business.
