Un campus photographique sous le signe de 68
Chaque année, le festival des Promenades Photographiques de Vendôme organise le Campus, un rendez-vous pédagogique réunissant des étudiants de plusieurs écoles de photographie européennes. Pour l’édition 2018, le photographe Mat Jacob a été invité à diriger l’expérience. Trente élèves, issus de cinq écoles (le TPA à Toulouse, l’EMI, la Sorbonne et les Gobelins à Paris, et Agnès Varda à Bruxelles), ont eu quatre jours pour produire un travail collectif autour d’un thème exigeant : l’héritage de Mai 68.
Le point de départ créatif était une série de slogans de l’époque, comme « La vie est ailleurs », « Vivre au présent » ou « La beauté est dans la rue ». L’objectif n’était pas de réaliser une rétrospective historique, mais de voir comment ces phrases résonnaient en 2018. Les étudiants se sont pleinement emparés du sujet, inventant même un slogan pour l’occasion : « La liberté en chantier ».
Entre mise en scène et engagement
Face à la contrainte de temps, Mat Jacob observe que les étudiants ont eu du mal à s’engager dans une approche purement documentaire. « En un temps si court, il y a probablement une difficulté à rentrer en contact […] avec l’extérieur », explique-t-il. Beaucoup se sont donc photographiés les uns les autres, privilégiant les mises en scène. L’une des réalisations les plus marquantes est une image collective monumentale, construite avec de multiples références culturelles, du Radeau de la Méduse aux images de la guerre du Vietnam.
Philippe Labrosse, étudiant et également réalisateur du making-of, témoigne de son propre travail sur le thème « Vivre au présent ». Il a choisi de revisiter une célèbre photographie de Marc Riboud en l’interrogeant à l’ère du selfie et de l’omniprésence du téléphone, questionnant le rapport obsessionnel que notre époque entretient avec l’image.
Une nouvelle génération de photographes
Cette expérience est pour Mat Jacob l’occasion de réfléchir à l’évolution de la pratique photographique. Il constate une forme de « décontraction » chez les jeunes créateurs, un rapport à l’image qui a changé avec le numérique. Selon lui, « le poids de l’image s’est allégé », menant à une création plus instinctive, plus ludique, et à la capacité de multiplier les styles sans se sentir investi d’une « mission » comme les générations précédentes.
Le photographe voit dans cette légèreté un processus « très excitant », témoignant d’un rapport à l’image qui ne cesse de se transformer. Le résultat, une exposition de près de 50 mètres carrés de tirages, témoigne de l’énergie et de l’engagement personnel des participants, qui ont vécu une expérience collective intense, entre travail, échanges et vie commune.
Les références de l’épisode
- Promenades Photographiques de Vendôme
- Le Campus (dispositif pédagogique du festival)
- Prix Mark Grosset
- Atelier des photos et des mots
- Mat Jacob (photographe)
- Philippe Labrosse (étudiant)
- Collectif « Sendance Flou »
- Écoles participantes : TPA (Toulouse), EMI (Paris), la Sorbonne (Paris), Agnès Varda (Bruxelles), les Gobelins (Paris)
- Marc Riboud (photographe)
- Le Radeau de la Méduse (œuvre picturale)
Au fil de l’épisode
- Présentation du Campus des Promenades Photographiques de Vendôme 2018.
- Les cinq écoles européennes invitées pour cette édition.
- Le thème de l’année : les slogans de Mai 68 comme point de départ créatif.
- L’invention d’un nouveau slogan par les étudiants : « La liberté en chantier ».
- L’analyse de Mat Jacob sur l’interprétation des thèmes par les participants.
- La difficulté de créer un travail documentaire en seulement quatre jours.
- La tendance des étudiants à se mettre en scène et à se photographier mutuellement.
- Discussion autour de la photographie collective monumentale et de ses références culturelles.
- Le regret de Mat Jacob concernant le manque d’engagement documentaire dans les rues de Vendôme.
- Témoignage de Philippe Labrosse sur son travail autour du thème « Vivre au présent ».
- Sa relecture d’une photo de Marc Riboud à l’ère du selfie.
- Le rôle de Philippe Labrosse, également en charge du making-of de l’expérience.
- Réflexion finale de Mat Jacob sur l’évolution du statut de l’image et de la pratique photographique.
- La « légèreté » et l’approche plus décontractée de la nouvelle génération de photographes.
FAQ
Qui est Mat Jacob ?
Mat Jacob est un photographe, présenté dans l’épisode comme membre du collectif « Sendance Flou ». En 2018, il a été le directeur artistique du Campus, un atelier pédagogique organisé dans le cadre du festival des Promenades Photographiques de Vendôme. Il a encadré trente étudiants en photographie venus de cinq écoles européennes pour un travail de création autour de l’héritage de Mai 68.
Qu’est-ce que le Campus des Promenades Photographiques de Vendôme ?
Le Campus est un dispositif pédagogique du festival des Promenades Photographiques de Vendôme. Il réunit chaque année une trentaine d’étudiants issus de différentes écoles de photographie européennes. Sous la direction d’un photographe invité, ils réalisent en quelques jours un travail collectif sur un thème imposé, qui est ensuite exposé dans le cadre du festival.
Quel était le thème du Campus en 2018 ?
En 2018, le thème s’inspirait des slogans de Mai 1968 pour interroger leur pertinence cinquante ans plus tard. Les étudiants ont travaillé à partir de phrases comme « La vie est ailleurs » ou « La beauté est dans la rue ». Ils ont également créé leur propre slogan pour l’occasion, « La liberté en chantier », qui est devenu un axe majeur de leur réflexion photographique.
Quelles écoles ont participé au Campus 2018 ?
Cinq écoles de photographie européennes ont participé à l’édition 2018 du Campus. Il s’agissait du TPA à Toulouse, de l’EMI à Paris, de la Sorbonne à Paris, de l’école Agnès Varda à Bruxelles et de l’école des Gobelins à Paris. Le projet a permis de croiser les regards et les approches de ces différents établissements.
