Un rêve de cow-boy
Justin Ziegler raconte ses origines européennes, avec un père allemand et une mère anglaise, et son arrivée dans le sud de la France à l’âge de cinq ans. Il dépeint une enfance rurale, marquée par une scolarité dans une classe unique regroupant tous les niveaux du primaire et de longues marches dans la campagne. Loin des écrans, son premier rêve est de devenir cow-boy, une ambition qu’il vit pleinement au quotidien, se déplaçant à cheval pour rendre visite à ses amis ou aller chercher le lait à la ferme. C’est son père qui, en achetant l’un des premiers ordinateurs personnels, un Tandy TRS 80, va changer le cours de sa vie. Fasciné, le jeune Justin apprend seul à programmer en déchiffrant des manuels en anglais, une langue qu’il parlait mais ne lisait pas encore.
Cette passion précoce pour la construction et la technologie ne le quittera plus, le menant naturellement vers des études d’ingénieur.
La naissance de PriceMinister
Après ses études et quelques premières expériences professionnelles, dont une aventure entrepreneuriale qui tourne court, Justin Ziegler est piqué par le virus de la création d’entreprise. C’est à ce moment qu’il rencontre Pierre Kosciusko-Morizet (PKM) et Pierre Krings, qui cherchent un directeur technique pour leur projet. La rencontre est marquée par une anecdote amusante : sa ressemblance physique frappante avec PKM. Le courant passe immédiatement entre les futurs associés. L’alchimie est parfaite : les uns apportent leur expertise en finance et opérations, lui amène sa connaissance profonde de la technique et d’internet. L’équipe de cinq cofondateurs se lance alors dans une course contre la montre.
« On a réussi à convaincre des gens de bosser avec nous six mois sans être payés. » Le pouvoir de conviction de l’équipe est tel qu’ils parviennent à monter une équipe et à lancer la première version du site en à peine cinq mois, entre août et janvier, sans avoir encore levé de fonds.
Piloter l’hypercroissance
Dès son lancement, PriceMinister connaît une croissance explosive, de l’ordre de 30 % par mois. Pour Justin Ziegler, le quotidien devient une course permanente pour « colmater les brèches et éteindre des feux ». Il raconte les défis techniques immenses posés par cette montée en charge, expliquant comment l’équipe a dû faire preuve d’ingéniosité, notamment en se passant d’un véritable moteur de recherche pendant cinq ans. Il partage des anecdotes de crise mémorables, comme le jour où un salarié de leur hébergeur s’est électrocuté, provoquant une panne massive et une restauration de la base de données qui a duré 30 heures. Il évoque aussi les grands succès, comme le jour où le trafic SEO a doublé sans explication claire, ou le lancement du « contrat brivol », une extension de garantie qui a permis à l’entreprise d’atteindre la rentabilité.
Ces années sont marquées par un engagement total, où chaque décision est pesée à l’aune d’un objectif unique : atteindre la première marche du podium.
Leçons d’un marathonien
La vente de l’entreprise fut un processus long et semé d’embûches, une véritable leçon de patience. Justin Ziegler révèle les coulisses de cette période : une introduction en bourse préparée minutieusement mais annulée à cause de la crise de 2008, puis une offre de rachat à 240 millions d’euros de la part de 3 Suisses qui s’effondre lorsque l’acheteur potentiel frôle la faillite. Alors que l’équipe n’y croyait plus, le groupe japonais Rakuten les contacte directement, menant à une vente réussie. Après avoir accompagné la transition, Justin a quitté l’entreprise pour devenir investisseur. Il partage ses critères clés pour choisir les start-ups qu’il accompagne : la qualité de l’équipe avant tout, la réalité du problème que le produit résout et la nature du marché.
Il insiste sur l’importance d’éviter d’investir dans des fondateurs seuls et sur la nécessité pour les entrepreneurs d’avoir une proposition de valeur limpide.
Justin Ziegler nous recommande…
- « La nuit des temps » — René Barjavel, un roman de science-fiction qui l’a marqué dans sa jeunesse.
- « Le Monde des Noms A » — A. E. van Vogt, un autre classique de la science-fiction, traduit par Boris Vian, qui a nourri son imaginaire.
- « La promesse de l’aube » — Romain Gary, pour la force du récit et du style.
- « More Effective C++ » — Scott Meyers, un livre technique qui a été sa « bible » et lui a permis de franchir un cap en tant que développeur.
- Un livre sur la gestion de projet agile — Écrit par le créateur de Microsoft Visual Studio, ce livre lui a fourni des préceptes qu’il a appliqués très tôt chez PriceMinister.
Les références de l’épisode
- Entreprises et plateformes : PriceMinister, Rakuten, Gemmyo, PayPal, Eulerian, 3 Suisses, Rue du Commerce.
- Personnes : Pierre Kosciusko-Morizet (PKM), Pierre Krings.
- Technologies : Tandy TRS 80, Atari, Oracle, Algolia, Elasticsearch, Microsoft Visual Studio.
- Œuvres citées : « La nuit des temps » (René Barjavel), « Le Monde des Noms A » (A. E. van Vogt), « La promesse de l’aube » (Romain Gary), « More Effective C++ » (Scott Meyers).
Au fil de l’épisode
- Les origines de Justin Ziegler : une famille européenne, une naissance à Londres et une enfance dans le sud de la France.
- Le rêve de devenir cow-boy et la passion pour les chevaux.
- La découverte de l’informatique avec le Tandy TRS 80 de son père et l’auto-formation à la programmation.
- Ses premières expériences entrepreneuriales, entre succès et échecs.
- La rencontre avec Pierre Kosciusko-Morizet et la création de PriceMinister.
- Le lancement du site en cinq mois, avec une équipe convaincue de travailler sans salaire au début.
- La gestion de l’hypercroissance et des défis techniques permanents.
- L’impact de l’arrivée de l’ADSL sur l’activité.
- Le choix de se passer d’un moteur de recherche dédié pendant cinq ans.
- L’anecdote du trafic SEO qui double en une nuit.
- Le lancement du « contrat brivol », clé de la rentabilité.
- Les crises techniques majeures, dont une panne de 30 heures après un accident chez l’hébergeur.
- La force du collectif des cinq cofondateurs et la répartition claire des rôles.
- Le projet avorté d’introduction en bourse en 2008.
- L’offre de rachat de 3 Suisses qui tombe à l’eau.
- La vente à Rakuten, arrivée de manière inattendue.
- Sa nouvelle vie d’investisseur et ses critères de sélection.
- L’importance de la qualité de l’équipe et le refus d’investir dans des fondateurs seuls.
- Sa vision du leadership, nourrie par la passion et l’énergie.
- Son rythme de vie intense à l’époque de PriceMinister, entièrement tourné vers l’objectif.
- Ses recommandations de livres, entre science-fiction et ouvrages techniques.
FAQ
Qui est Justin Ziegler ?
Justin Ziegler est un entrepreneur et investisseur français, principalement connu comme le cofondateur et l’ancien directeur technique (CTO) de PriceMinister. Ingénieur de formation et programmeur autodidacte passionné, il a été l’architecte technique de l’une des plus grandes réussites du e-commerce en France. Depuis la vente de PriceMinister au groupe japonais Rakuten, il se consacre à l’investissement en tant que business angel, accompagnant de nombreuses start-ups.
Comment a été créé PriceMinister ?
PriceMinister a été cofondé par une équipe de cinq associés, dont Justin Ziegler, Pierre Kosciusko-Morizet et Pierre Krings. Le projet a été lancé à un rythme effréné : en seulement cinq mois, l’équipe a réussi à développer et mettre en ligne le site. Pour y parvenir, ils ont convaincu les premiers employés de travailler six mois sans être payés, uniquement portés par la force de la vision du projet.
Quels ont été les plus grands défis de PriceMinister ?
Le principal défi a été de gérer une hypercroissance de près de 30 % par mois, ce qui mettait une pression constante sur l’infrastructure technique. L’entreprise a dû surmonter des crises techniques majeures, comme une panne de 30 heures suite à un accident chez leur hébergeur. L’équipe a aussi dû faire preuve d’ingéniosité, par exemple en fonctionnant pendant cinq ans sans un véritable moteur de recherche, en utilisant directement la base de données.
Comment s’est passée la vente de PriceMinister ?
La vente fut un long processus. Une introduction en bourse prévue en 2008 a été annulée à cause de la crise financière. Plus tard, une offre de rachat très élevée de la part de 3 Suisses a échoué car l’acquéreur a connu de graves difficultés. Finalement, c’est le groupe japonais Rakuten qui a approché les fondateurs de manière inattendue, menant à une acquisition réussie et marquant un tournant pour l’entreprise.
