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#3 – « L’impression d’avoir été seule au monde » – Loetitia Loré, maire de Venanson

Deux jours seulement après le passage dévastateur de la tempête Alex en octobre 2020, Loetitia Loré, maire de Venanson, livre un témoignage à vif. Son village de 159 âmes, perché dans la Vésubie, est physiquement intact mais totalement coupé du monde : plus de route, plus d'eau, plus d'électricité, plus de téléphone. Elle raconte l'angoisse des premières heures, le sentiment d'abandon face au silence des secours, et la découverte au petit matin d'un paysage de désolation. Mais au cœur du chaos, elle décrit aussi la formidable chaîne de solidarité qui s'organise spontanément entre les habitants pour survivre et se reconstruire.

maire de Venanson, le récit de l'isolement et de la solidarité après la tempête Alex

L’arrivée du déluge

Le vendredi 2 octobre 2020, alors que Loetitia Loré et ses adjoints travaillent ironiquement sur le plan communal de sauvegarde à la mairie de Venanson, la pluie s’intensifie. Très vite, la situation dégénère. Un torrent d’eau dévale les escaliers de la mairie, les grilles d’évacuation sont saturées. Réfugiée chez elle avec son équipe, la maire tente de gérer les premières urgences par téléphone. Une habitante, Christelle, se retrouve isolée avec un enfant dans sa vacherie à quelques kilomètres, la route étant déjà coupée. Les appels se multiplient : des coulées de boue entrent chez des particuliers, des habitants sont bloqués entre deux éboulements.

Face à l’ampleur de la situation, elle contacte les pompiers, mais la communication est difficile. L’arrivée d’un camion, avec à son bord un pompier du village, est un premier soulagement. Mais rapidement, tous les réseaux de communication tombent. « On n’a plus quitté la mairie, on essayait de communiquer, on n’arrivait pas. »

Seuls au monde

Coupée de tout, sans nouvelles, y compris de son propre fils, Loetitia Loré et son village basculent dans l’inconnu. Les informations fragmentaires qui parviennent via les derniers téléphones encore connectés sont alarmantes : le pont entre Saint-Martin et Venanson n’existe plus, la station-service a été emportée. Le sentiment d’abandon est immense. « J’ai eu l’impression qu’on a été un petit peu seul au monde », confie-t-elle. Ce n’est que plus tard qu’elle réalisera que l’ampleur de la catastrophe sur toute la vallée expliquait la difficulté des secours à intervenir partout à la fois.

Le réveil, le samedi matin, est un choc. Le jour se lève sur un spectacle de désolation. « C’était horrible. De voir Saint-Martin comme ça. Les cratères. L’eau a fait des cratères. Et puis on sait, nous, où il y avait des maisons. On sait à qui elles appartiennent ces maisons. Et là, elles y sont plus. » Le village de Venanson est épargné, mais il est devenu une île.

La solidarité comme rempart

Face à l’isolement, une incroyable organisation collective se met en place. Les habitants, dont beaucoup n’ont pas immédiatement saisi la gravité de la situation, se mobilisent spontanément. Chacun met ses compétences au service de la communauté. Deux jeunes armés de pelles et de tronçonneuses nettoient les accès, un habitant dégage une voie avec son tracteur, les deux infirmiers du conseil municipal gèrent les besoins sanitaires. « Chacun sait ce qu’il y a à faire au village pour faciliter la vie. Et ils le font », raconte la maire avec émotion.

Un nouveau moyen de communication est même inventé : pour rassembler la population ou demander de l’aide, on sonne les cloches de l’église. Loetitia Loré doit aussi gérer les évacuations, comme celle, déchirante, du doyen du village âgé de 97 ans. Elle lance un appel aux résidents secondaires : « La meilleure façon de nous aider, c’est de ne pas venir », afin de préserver les vivres et les faibles ressources en électricité.

Tirer les leçons du chaos

Cette épreuve, raconte Loetitia Loré, a été riche d’enseignements. Le premier est l’importance capitale de la communication. Le plan communal de sauvegarde, qu’elle remplissait en riant de la section « inondation » quelques heures avant le drame, sera revu avec le plus grand sérieux. « Le maître mot de la gestion de ces crises, c’est la communication », martèle-t-elle. Le téléphone satellite qu’elle a fini par récupérer est devenu un objet précieux qui, s’il avait été là dès le début, aurait pu changer sa perception des événements et combattre le sentiment d’abandon.

L’autre leçon vient du paysage lui-même. Un constat s’impose à tous : « Tout ce qui a été fait il y a très longtemps, ça a tenu. » Les ouvrages anciens ont résisté là où les constructions plus récentes ont cédé. Pour la maire de Venanson, il y aura définitivement un avant et un après-tempête Alex. Une nouvelle vie s’organise, un jour après l’autre, avec la reconstruction de la vallée comme seul horizon.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Christian Estrosi, Éric Ciotti.
  • Lieux : Venanson, Saint-Martin-Vésubie, Vallée de la Vésubie, Vallée de la Roya, Alpes-Maritimes.
  • Organisations : Mairie de Venanson, Préfecture des Alpes-Maritimes, Pompiers, Enedis.
  • Événement : Tempête Alex (octobre 2020).

Au fil de l’épisode

  • La mise à jour du plan communal de sauvegarde à la mairie, quelques heures avant la catastrophe.
  • Les premiers signes de l’inondation dans le village et la saturation du réseau d’évacuation.
  • L’isolement d’une habitante et de son enfant dans une vacherie, premier incident majeur.
  • La difficulté à joindre les secours et à faire comprendre l’urgence de la situation.
  • La perte totale des communications, plongeant le village dans le silence et l’angoisse.
  • Le sentiment d’abandon et l’impression d’être « seule au monde ».
  • La découverte au lever du jour, le 3 octobre 2020, d’un paysage dévasté dans la vallée.
  • Le constat que Venanson est physiquement épargné mais totalement coupé du reste du monde.
  • La difficulté pour certains habitants isolés de prendre conscience de la gravité de la situation.
  • L’évacuation poignante du doyen du village, âgé de 97 ans.
  • L’incertitude sur l’avenir, notamment avec l’arrivée prochaine de la neige.
  • La formidable solidarité des habitants qui s’organisent spontanément pour nettoyer et s’entraider.
  • L’appel aux résidents secondaires de ne pas monter au village pour préserver les ressources.
  • L’ironie rétrospective sur la section « inondation » du plan de sauvegarde.
  • La leçon principale de la crise : l’importance cruciale de la communication.
  • Le constat que les ouvrages et constructions anciennes ont mieux résisté que les plus récents.
  • L’invention d’un système de communication local : les cloches de l’église pour rassembler les villageois.

FAQ

Qui est Loetitia Loré ?

Loetitia Loré est la maire du village de Venanson, dans les Alpes-Maritimes. Dans cet épisode, enregistré deux jours après la catastrophe, elle témoigne de son expérience de la gestion de crise lors du passage de la tempête Alex en octobre 2020. Elle y raconte l’isolement de sa commune, l’angoisse des habitants et la formidable solidarité qui s’est mise en place pour faire face à l’événement.

Qu’est-ce que la tempête Alex ?

La tempête Alex est un événement météorologique extrême qui a frappé le département des Alpes-Maritimes les 2 et 3 octobre 2020. Des pluies d’une violence exceptionnelle ont provoqué des crues dévastatrices dans les vallées de la Vésubie et de la Roya. La montée des eaux a tout emporté sur son passage : des routes, des ponts, des maisons, causant des dégâts matériels considérables et des pertes humaines.

Comment le village de Venanson a-t-il été touché ?

Situé en hauteur, le village de Venanson a été épargné par la montée des eaux et les maisons sont restées debout. Cependant, la tempête a entièrement détruit la route qui le reliait à la vallée, le coupant totalement du monde. Les 159 habitants se sont retrouvés sans eau, sans électricité et sans aucun moyen de communication (téléphone fixe, mobile, internet), livrés à eux-mêmes pendant plusieurs jours.

Comment les habitants de Venanson se sont-ils organisés ?

Face à l’isolement, les habitants ont fait preuve d’une grande solidarité et d’ingéniosité. Sous l’impulsion de l’équipe municipale, chacun a mis ses compétences à profit : des jeunes ont déblayé des chemins, un agriculteur a utilisé son tracteur pour dégager des voies. Pour communiquer entre eux malgré l’absence de réseau, ils ont décidé de sonner les cloches de l’église afin de rassembler tout le monde sur la place de la mairie.

Quelle est la principale leçon tirée de cette crise par Loetitia Loré ?

Pour Loetitia Loré, la leçon majeure est l’importance absolue de la communication. Elle explique que le sentiment d’abandon aurait été moins fort si elle avait disposé d’un moyen de contacter l’extérieur, comme un téléphone satellite. Elle insiste sur le fait que maintenir un lien, même ténu, est essentiel pour gérer le stress, coordonner les actions et rassurer la population en temps de crise majeure.

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