Un directeur artistique qui ne dirige rien
Pour François Cheval, le rôle de directeur artistique, qu’il partage avec Audrey Hoareau, n’est pas de diriger, mais « d’aider des expressions qui sont généralement insuffisamment montrées ». Arrivé pour accompagner la neuvième édition du festival Circulation(s), il raconte une collaboration riche et horizontale avec l’équipe de bénévoles, dont Marie Guillemin présente à ses côtés. Loin d’imposer une vision, leur travail a consisté à apporter de la sérénité, une méthode et des mots pour structurer les intuitions et les « coups de cœur » de l’équipe organisatrice. Il décrit cette relation comme un véritable échange, un « don contre don » où chacun s’est nourri du regard de l’autre.
« Les beaux mariages, c’est quand c’est vraiment un don contre don, et c’était vraiment ça en permanence », confie-t-il.
La pertinence des histoires
Le projet du festival n’est pas de décréter les grandes tendances de la photographie de demain, mais de présenter un état des lieux honnête de la jeune création européenne. La seule ligne directrice est la « pertinence des histoires » proposées par les artistes. Qu’il s’agisse d’une photographe géorgienne documentant le mariage forcé ou d’un artiste italien interrogeant la violence légitime, l’important est la capacité des photographes à être de « sacrés raconteurs d’histoire ». Dans un monde saturé d’images émotionnelles qui se chassent les unes les autres, François Cheval estime que le rôle politique d’un festival est précisément d’apprendre au public à prendre de la distance et à comprendre la fabrication des récits visuels.
Refusant de « prendre en otage qui que ce soit », il défend un festival qui reste modeste et accessible, à contre-courant de la démesure d’autres événements, pour permettre au public de s’approprier réellement chaque projet.
Les références de l’épisode
- Personnes : Audrey Hoareau, Marie Guillemin, Isabelle Munoz, Umberto, Marie-Lissa, Clara.
- Organisations et événements : Festival Circulation(s), The Red Eye, Rencontres d’Arles.
- Lieux : Le CENTQUATRE (Paris), Kyoto, Roumanie, Ukraine, Russie, Espagne, Estonie.
Au fil de l’épisode
- La vision du rôle de directeur artistique : aider les expressions plutôt que diriger.
- La collaboration avec Audrey Hoareau et l’équipe du festival, un « don contre don ».
- L’apport de la nouvelle direction artistique : sérénité, méthode et structuration du propos.
- L’impossibilité pour une seule personne de prétendre connaître toute la photographie d’un pays comme l’Ukraine.
- Le processus de sélection : un débat général nourri par les coups de cœur de l’équipe.
- La défense de tous les artistes sélectionnés, y compris ceux qui suscitaient des doutes au départ.
- Le festival comme un état des lieux de la jeune photographie européenne, de la Russie à l’Espagne.
- La pluralité des sujets et des procédés comme seule ligne directrice.
- La pertinence des histoires comme critère principal, au-delà du formalisme.
- L’exemple de la photographe géorgienne sur le mariage forcé.
- Le rôle politique du festival : apprendre à prendre du recul face au flux d’images émotionnelles.
- L’artiste italien Umberto et la question de la violence légitime.
- Le travail de repérage mené en Roumanie par Audrey et Clara.
- L’engagement des bénévoles du festival.
- La modestie financière et la taille humaine du festival comparées à Arles.
- L’importance de préserver une surface d’exposition qui respecte le public et les artistes.
FAQ
Qui est François Cheval ?
François Cheval est une figure du monde de la photographie, fort d’une carrière de quarante ans. Pour l’édition 2019 du festival Circulation(s), il assure la direction artistique en duo avec Audrey Hoareau, sous la bannière de leur structure The Red Eye. Il se définit moins comme un directeur que comme un « passeur » ou un « facilitateur », dont le rôle est d’accompagner les jeunes artistes et de mettre en forme les propositions de l’équipe du festival.
Qu’est-ce que le festival Circulation(s) ?
Circulation(s) est un festival parisien qui se déroule au CENTQUATRE et se consacre à la jeune photographie européenne. Organisé par une association au fonctionnement démocratique, il a pour ambition de dresser un panorama de la création contemporaine sur le continent. L’événement met en avant la diversité des regards et des pratiques photographiques émergentes.
Quelle est la philosophie de l’édition 2019 du festival ?
L’édition 2019, sous la direction artistique de François Cheval et Audrey Hoareau, met l’accent sur la pertinence des histoires racontées par les photographes. Plutôt que de rechercher la nouveauté formelle à tout prix ou de promouvoir de futurs grands noms, la sélection privilégie des travaux qui proposent des récits forts et intelligents. L’objectif est de montrer la photographie comme un outil de réflexion sur le monde contemporain.
Comment s’est déroulée la collaboration entre la direction artistique et l’équipe du festival ?
La collaboration a été un véritable échange basé sur le respect mutuel. François Cheval et Audrey Hoareau ont apporté leur expérience pour structurer le projet et donner de la sérénité à l’équipe, tandis que les membres bénévoles du festival ont nourri la sélection avec leurs découvertes et leurs « coups de cœur ». François Cheval décrit ce processus comme un « don contre don », où chaque partie a appris de l’autre.
