Une nuit d’apocalypse
Le vendredi 2 octobre 2020, Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende, met en place la cellule de crise comme demandé par la préfecture. Malgré les alertes, personne n’imagine l’ampleur de la catastrophe à venir. À partir de 19 heures, un véritable déluge s’abat sur la commune, la plus étendue des Alpes-Maritimes. Rapidement, le village et ses hameaux se retrouvent coupés du monde : plus d’électricité, plus d’eau, et surtout, plus aucun moyen de communication. « Qu’une population de 2000 personnes puisse être totalement isolée à l’époque où maintenant on arrive à communiquer avec la Lune, eh bien nous on n’arrivait plus », confie l’élu. La nuit est chaotique, rythmée par les nouvelles alarmantes apportées par le bouche-à-oreille.
Le pire moment, raconte-t-il, fut l’évacuation en urgence de l’EHPAD Saint-Lazare, menacé par la montée des eaux. Soixante-dix résidents sont déplacés dans des conditions extrêmes. Au réveil, le samedi matin, c’est la désolation : des ponts et des maisons ont été emportés par la furie de la Roya. Le village est méconnaissable.
« On ne renoncera à rien »
Pendant 48 heures, Tende vit en autarcie. La mairie organise la survie, distribuant l’eau au compte-gouttes, tandis que les restaurateurs du village cuisinent bénévolement les denrées apportées par les habitants. Un sentiment d’abandon domine, alors que les secours héliportés semblent se concentrer sur les autres vallées. « On a eu le sentiment qu’on ne faisait plus partie de la France, qu’on était oublié », explique Jean-Pierre Vassallo. Ce n’est qu’après avoir réussi à alerter les autorités sur la gravité de la situation que les secours s’organisent, avec une noria d’hélicoptères pour ravitailler le village.
Face à l’épreuve, l’élu insiste sur l’incroyable solidarité qui s’est manifestée, tant au sein de la population qu’à l’extérieur. Marqué par la visite du président de la République et d’autres élus, il se projette déjà vers l’avenir, avec la crainte d’une hémorragie démographique mais une volonté farouche de se battre. Son message est clair : « On ne renoncera à rien. On repartira et on reconstruira. » Pour lui, le salut passera par la reconstruction de la ligne de chemin de fer, un « cordon ombilical indispensable » pour la survie de la vallée.
Les références de l’épisode
- Tempête Alex
- Tende
- Vallée de la Roya
- Vallée de la Vésubie
- Vallée de la Tinée
- Hameaux de Granil, Vievola, Canares
- Saint-Dalmas-de-Tende
- EHPAD Saint-Lazare
- Musée des Merveilles
- Col de Tende
- Casterino
- Breil-sur-Roya
- Principauté de Monaco
- Emmanuel Macron, président de la République
- Le maire de Nice, président de la métropole
- Le président du département
- Le président de la CARF
- Le président de la région
Au fil de l’épisode
- La mise en place de la cellule de crise le vendredi, sans conscience de l’ampleur du drame à venir.
- Le déluge à partir de 19h et l’isolement total de la commune : plus d’électricité, d’eau ni de communication.
- La « nuit d’apocalypse » et l’évacuation de 70 résidents de l’EHPAD menacé par les flots.
- La découverte du paysage de désolation au matin : ponts et maisons emportés.
- L’organisation de la survie pendant 48 heures, avec le rationnement de l’eau et la solidarité des habitants.
- Le sentiment d’abandon face à l’absence de secours, alors que les autres vallées sont survolées par les hélicoptères.
- L’arrivée des premiers secours et du ravitaillement après avoir réussi à alerter les autorités.
- La fierté du maire pour son village et la crainte de voir partir les habitants et les emplois liés aux établissements de soin et au tourisme.
- La visite des officiels, dont le président de la République, et les promesses d’aide pour la reconstruction.
- Le plaidoyer pour la reconstruction de la ligne de chemin de fer, considérée comme vitale pour l’avenir de Tende.
FAQ
Qui est Jean-Pierre Vassallo ?
Jean-Pierre Vassallo est un enfant du pays et le maire de la commune de Tende, dans les Alpes-Maritimes. Au moment de l’interview, en octobre 2020, il est en poste depuis 19 ans. Dans cet épisode, il témoigne de son vécu de la tempête Alex, qui a durement frappé son village, et partage sa détermination à le reconstruire.
Qu’est-ce que la tempête Alex à Tende ?
La tempête Alex a provoqué des pluies diluviennes dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020. À Tende, ces pluies ont causé une crue dévastatrice de la rivière Roya, qui a emporté des maisons, des ponts et les réseaux d’eau, d’électricité et de téléphone. Le village de 2000 habitants s’est retrouvé complètement coupé du monde pendant plusieurs jours, subissant des dégâts matériels considérables.
Comment les habitants de Tende ont-ils survécu aux premiers jours ?
Durant les 48 premières heures, les habitants de Tende ont dû s’organiser en totale autonomie. La mairie a rationné les réserves d’eau, tandis que les habitants ont mis en commun leur nourriture. Les restaurateurs locaux ont bénévolement cuisiné pour la population. Jean-Pierre Vassallo souligne le calme exemplaire et l’extraordinaire solidarité des Tendasques, qui ont permis de gérer l’urgence en attendant les secours.
Pourquoi le maire de Tende s’est-il senti abandonné ?
Totalement privé de communication, Jean-Pierre Vassallo a appris que les opérations de secours héliportées se concentraient sur d’autres vallées sinistrées, comme la Vésubie. Pendant ce temps, sa commune restait isolée et sans aide extérieure. Ce décalage a engendré un fort sentiment d’incompréhension et d’abandon pour lui et sa population, qui se sentaient oubliés des autorités.
Quel est le principal espoir pour la reconstruction de Tende ?
Pour Jean-Pierre Vassallo, l’avenir de Tende et de la vallée de la Roya repose sur la ligne de chemin de fer. Il estime que la reconstruction de la route prendra des années. Il lance donc un appel aux plus hautes instances de l’État pour que la restauration complète de cette voie ferrée, qu’il qualifie de « cordon ombilical », devienne la priorité absolue afin de désenclaver la vallée et de permettre sa survie économique.
