De scripte de cinéma à commerçante niçoise
Pendant quarante ans, Laurence Couturier a exercé l’un des métiers les plus discrets du cinéma : scripte. Elle en donne une définition limpide — la personne « responsable de la continuité de l’histoire », garante, sur un tournage qui se fabrique dans le désordre, que les raccords, le rythme et la narration restent cohérents. Un métier de confiance, noué dans la durée avec les cinéastes : elle cite dix ans aux côtés de Claude Lelouch, quinze ans avec Alain Cavalier, de nombreux films avec Richard Berry, et beaucoup de séries internationales aux scénaristes américains. Intermittente du spectacle toute sa vie, elle a sauté d’un projet à l’autre, film le vendredi, tournage le lundi.
Le confinement de 2020 a tout rebattu. En listant cinq années passées entre la Belgique, le Maroc, Lyon, Strasbourg ou Lille, elle mesure l’épuisement d’une vie sans ancrage : « Je veux que ça s’arrête ici. » L’envie d’entreprendre, longtemps enfouie, prend alors le dessus — non plus « dépendre du plaisir des autres », mais mener un projet qui lui appartient.
Les choses qu’on aime : une boutique comme un ancrage
Ce projet, c’est Les choses qu’on aime, une boutique de décoration d’environ 80 m² installée rue Defly, derrière le MAMAC, dans l’ancien local d’un antiquaire spécialiste du XXe siècle. Laurence Couturier a gardé le caractère brut du lieu — sol béton, murs gris, plafond nu, balcon sur cour — pour y composer, dit-elle, « la beauté au quotidien ». Sa sélection mêle trois registres qu’elle relie à sa culture du cinéma : l’industrie (des pièces accessibles, à partir de quelques euros), l’artisanat (une céramiste avec qui elle crée des pièces exclusives, des bijoux, du linge de maison de petites marques) et l’art (peintres et photographes qu’elle représente). Chaque pièce singulière n’existe souvent qu’en un ou deux exemplaires.
Derrière la commerçante, il y a surtout un retour aux sources. Fille et petite-fille de Niçoises — sa mère était pied-noir —, elle a passé son enfance entre Paris et Nice, puis racheté la maison familiale de sa grand-mère, son « paradis perdu », avant de s’y installer définitivement en 2022. Elle décrit une madeleine de Proust très concrète — l’arrivée en avion à Nice, l’odeur de kérosène, l’humidité de la mer et les palmiers — et une vie niçoise plus douce, même si l’informalité des terrasses parisiennes et une offre culturelle aujourd’hui amoindrie (le MAMAC fermé pour travaux) lui manquent parfois.
FAQ
Qui est Laurence Couturier ?
Laurence Couturier est une ancienne scripte de cinéma devenue commerçante à Nice. Pendant quarante ans, elle a travaillé sur de nombreux films et séries, notamment aux côtés de Claude Lelouch et d’Alain Cavalier. Fille et petite-fille de Niçoises, elle s’est installée définitivement à Nice en 2022 et y a ouvert la boutique de décoration Les choses qu’on aime.
Qu’est-ce que la boutique Les choses qu’on aime ?
C’est une boutique de décoration d’environ 80 m² située rue Defly à Nice, derrière le MAMAC. Laurence Couturier y propose une sélection très personnelle mêlant objets d’industrie accessibles, artisanat (céramique, bijoux, linge de maison) et œuvres d’art. La plupart des pièces singulières n’existent qu’en un ou deux exemplaires, ce qui en fait un lieu de découverte autant que d’achat.
En quoi consiste le métier de scripte de cinéma ?
Le scripte est la personne responsable de la continuité d’un film. Comme un tournage se fabrique dans le désordre, le scripte veille en permanence sur le plateau à la cohérence des raccords, du rythme et de la narration, pour éviter les erreurs. C’est un métier de mise en scène, enseigné à la Fémis, qui repose sur une grande relation de confiance avec le réalisateur.
Pourquoi Laurence Couturier s’est-elle installée à Nice ?
Niçoise par sa mère et sa grand-mère, elle a passé son enfance entre Paris et Nice. Le confinement de 2020, après des années de tournages loin de chez elle, a agi comme un déclic : elle a voulu s’ancrer quelque part. Elle a racheté la maison familiale de sa grand-mère et s’y est installée définitivement en 2022, tout en gardant un pied-à-terre à Paris.
Quelles adresses niçoises recommande-t-elle ?
Laurence Couturier aime faire son marché à la Libération et sur le cours Saleya, cœur du Vieux-Nice. Côté table, elle cite notamment le restaurant étoilé Les Agitateurs et de plus petites adresses de cuisine niçoise et française. Elle revendique un attachement particulier à la pissaladière et à la fougasse aux olives, souvenirs d’enfance qu’elle ramenait même à Paris.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 — Emmanuelle Mary présente Laurence Couturier et la boutique Les choses qu’on aime
- 00:01:27 — Une vie entre Paris et Nice depuis l’enfance
- 00:02:22 — Racheter la maison familiale et s’installer par étapes
- 00:05:33 — Le métier de scripte : garantir la continuité d’un film
- 00:07:29 — Travailler dans la confiance : Lelouch, Cavalier, Berry
- 00:09:47 — Le confinement, déclic d’un changement de vie
- 00:10:32 — L’envie d’entreprendre et d’offrir « les choses qu’on aime »
- 00:14:10 — Sourcer artisans et petites marques, entre industrie, artisanat et art
- 00:22:40 — La madeleine de Proust niçoise : palmiers et kérosène
- 00:28:20 — Ce qui change entre Paris et Nice, l’offre culturelle
- 00:31:42 — Ses adresses : marché, cours Saleya, restaurants, pissaladière
