Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

Rencontre avec Thibaut Huchard : « Reprendre une forme univoque pour parler de choses équivoques »

Dessinateur et peintre, Thibaut Huchard emprunte à l'art sacré médiéval une forme d'apparence univoque pour parler d'un monde devenu équivoque. Rencontré au Pavillon de l'Arsenal pendant la Biennale de Paname, il y présente un grand retable de bois gravé et de feuille d'or, où l'iconographie des primitifs flamands croise fake news, post-vérité et théories complotistes. Il y raconte aussi un parcours à contre-courant : une école de dessin plutôt que les Beaux-Arts, le Salon de Montrouge, le travail solitaire et des réseaux qui, finalement, s'ouvrent au détour d'une rencontre.

Thibaut Huchard, le retable médiéval détourné pour parler de post-vérité

Un retable médiéval pour dire la post-vérité

Rencontré au Pavillon de l’Arsenal pendant la 4e Biennale de Paname, Thibaut Huchard y présente un grand retable réalisé en bois gravé et feuille d’or, travaillés au laser, en noir, blanc et or. L’artiste, dessinateur et peintre, revendique un goût prononcé pour les primitifs italiens et flamands et pour la peinture française d’avant la Renaissance, où la perspective encore libre autorise, dit-il, de tout hiérarchiser au service du récit. Il explique emprunter à l’art sacré médiéval sa forme univoque, censée délivrer une vérité, pour parler à l’inverse de choses très équivoques : post-vérité, ère des clichés, complotisme. « Reprendre une forme univoque pour parler de choses équivoques », résume-t-il.

Il précise que ce retable est un « premier état » en noir et blanc, qu’il compte décliner ensuite en volume puis en couleur. Les roquettes, les violences ou le petit cheval au loin ne relèvent pas, selon lui, de l’actualité : il parle de « collisions » plutôt que de « visions », citant une église peinte pour le plaisir de la lumière, trois semaines avant l’incendie de Notre-Dame.

Un parcours à contre-courant des réseaux

Diplômé en 2010 d’une école lyonnaise de dessin, de bande dessinée et d’illustration — l’école Émile Cohl —, Thibaut Huchard s’installe à Paris en 2011 pour développer sa pratique de peintre. Il raconte avoir été sélectionné au Salon de Montrouge en 2014 avec une série de dessins et une peinture, et travailler depuis avec beaucoup plus de dessins que de toiles : le dessin est, dit-il, la préparation de la peinture, qu’il n’a « pas le temps de tout peindre ». Il confie n’appartenir à aucun réseau et avoir longtemps travaillé « dans son coin », ayant découvert au Salon de Montrouge qu’il était l’un des rares sélectionnés à ne pas être passé par les Beaux-Arts.

Son entrée à la Biennale de Paname, comme son atelier au 11e lieu dans le 11e arrondissement, tient à des rencontres fortuites : une visite d’atelier, un contact peintre retrouvé, une place qui se libère. « Vous voyez, les réseaux finalement sont accessibles », conclut-il.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Retable, premier état — l’œuvre présentée, en bois gravé et feuille d’or travaillés au laser.
  • La Biennale de Paname (4e édition), manifestation d’art contemporain entre Paris et Saint-Ouen.
  • Le Pavillon de l’Arsenal, centre d’urbanisme et d’architecture de Paris.
  • Le Salon de Montrouge, salon d’art contemporain (édition 2014).
  • L’école Émile Cohl, école lyonnaise de dessin, de bande dessinée et d’illustration.
  • Le 100 ECS, atelier collectif parisien où l’artiste s’installe en arrivant à Paris.
  • Le 11e lieu, atelier collectif du 11e arrondissement.
  • Les primitifs italiens et flamands, référence picturale majeure de l’artiste.

Au fil de l’épisode

  • La formation au dessin, à la BD et à l’illustration, puis l’installation à Paris comme peintre.
  • La sélection au Salon de Montrouge en 2014 et la place prépondérante du dessin sur la peinture.
  • Le retable présenté à la Biennale de Paname : bois gravé, feuille d’or, laser, en noir, blanc et or.
  • L’importance des titres, du « premier état » aux petits formats en tempéra aux intitulés très narratifs.
  • Les influences : primitifs italiens et flamands, et la liberté de la perspective d’avant la Renaissance.
  • L’art sacré comme forme univoque détournée pour parler de post-vérité et de complotisme.
  • L’anecdote de l’église en feu peinte peu avant l’incendie de Notre-Dame : des « collisions » plutôt que des « visions ».
  • L’entrée dans la Biennale de Paname par une rencontre fortuite à l’atelier.
  • Le regard sur la scène parisienne et l’absence de passage par les Beaux-Arts.
  • L’atelier du 11e lieu et l’idée que les réseaux restent, finalement, accessibles.

FAQ

Qui est Thibaut Huchard ?

Thibaut Huchard est un artiste français, dessinateur et peintre. Formé à l’école Émile Cohl à Lyon (dessin, bande dessinée, illustration) et diplômé en 2010, il s’installe à Paris en 2011. Son travail, très narratif, mêle l’iconographie des primitifs italiens et flamands à des sujets contemporains.

Qu’est-ce que le retable présenté à la Biennale de Paname ?

C’est une œuvre intitulée « Retable, premier état », exposée au Pavillon de l’Arsenal. Réalisée en bois gravé et feuille d’or travaillés au laser, en noir, blanc et or, elle reprend la forme du retable médiéval. L’artiste annonce en préparer ensuite une version en volume, puis en couleur.

Pourquoi Thibaut Huchard s’inspire-t-il de l’art sacré médiéval ?

Selon lui, l’art sacré médiéval porte un message « univoque », censé délivrer une vérité. Il détourne cette forme pour évoquer des sujets « équivoques » propres à notre époque : post-vérité, clichés, théories complotistes. Il apprécie aussi la liberté de la perspective d’avant la Renaissance, très narrative.

Quelles techniques utilise Thibaut Huchard ?

Il pratique surtout le dessin, qu’il considère comme la préparation de la peinture. Pour son retable, il recourt au bois gravé rehaussé de feuille d’or et travaillé au laser. Il expose par ailleurs de petits formats peints en tempéra, cette fois en couleur.

Qu’est-ce que la Biennale de Paname ?

C’est une manifestation d’art contemporain, ici dans sa 4e édition, répartie entre plusieurs lieux parisiens et à Saint-Ouen, dont le Pavillon de l’Arsenal. Thibaut Huchard y a été invité après une rencontre fortuite à son atelier avec les organisateurs.

Thibaut Huchard a-t-il fait les Beaux-Arts ?

Non. Il raconte avoir découvert au Salon de Montrouge, en 2014, qu’il était l’un des rares sélectionnés à ne pas être passé par les Beaux-Arts. Autodidacte du milieu, il dit avoir longtemps travaillé seul, sans appartenir à un réseau.

Épisodes similaires
Olivier Culmann, photographe du collectif Tendance Floue, invité du podcast « Vous avez 2 minutes ? »
9 Lives Magazine - Photographie & Art Visuel VOUS AVEZ 2 MINUTES ? Olivier Culmann EP. 05
Le photographe Olivier Culmann raconte comment la bande dessinée nourrit son regard, de Joe Sacco à Guy Delisle.
15 janvier 2026 · 2 min
Écouter l'épisode
Olivier Culmann, photographe membre du collectif Tendance Floue, invité du podcast Vous avez 2 minutes ?
9 Lives Magazine - Photographie & Art Visuel VOUS AVEZ 2 MINUTES ? Olivier Culmann EP. 02
Olivier Culmann, du collectif Tendance Floue, entre poncifs de la photographie et incendies de Los Angeles.
12 janvier 2026 · 2 min
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.