Darya, ou la vie invisible des badanti
Jane Evelyn Atwood a suivi Darya, une aide à domicile — une « badante » — venue d’Ukraine pour veiller, jour et nuit, sur des personnes âgées en Italie. Ces femmes forment, selon elle, un phénomène d’immigration presque exclusivement féminin : « c’est uniquement les femmes », observe la photographe, qui le compare aux vagues d’hommes venus travailler dans le bâtiment en France dans les années 1950 et 1960. Depuis la réalisation de ce travail, raconte-t-elle, la loi a changé et ces aides à domicile ont obtenu un statut — au point que d’autres immigrés installés en Italie s’en sont émus : « Pourquoi pas nous ? Pourquoi elle ? » La raison, dit-elle, tient à une dépendance devenue vitale : « Les Italiens ont besoin de ces femmes. » Atwood décrit aussi la transformation intime de Darya qui, après avoir goûté à la liberté et à l’autonomie de cette vie « très rude », ne se voyait plus retourner durablement en Ukraine, où ses filles faisaient tout à sa place.
Interrogée sur son propre lien à cette histoire, la photographe répond sans détour : « C’était une question d’amour. » Elle a suivi Darya jusqu’en Ukraine, rencontré sa famille, et garde d’elle l’image d’une femme « avec un cœur absolument énorme », capable de sacrifice et d’un attachement sincère aux quatre femmes qu’elle accompagnait.
Pour aller plus loin
- Le portfolio de Jane Evelyn Atwood à l’Agence VU’
- « Darya. Histoire d’une badante ukrainienne » aux éditions Le Bec en l’air
Les références de l’épisode
- « Darya, Badante » — la série photographique de Jane Evelyn Atwood consacrée à Darya et aux aides à domicile venues de l’étranger en Italie.
- Les Femmes s’exposent — le festival de photographie de Houlgate, qui présente la série en 2019.
Au fil de l’épisode
- Qui sont les « badanti », ces aides à domicile qui vivent chez les personnes âgées qu’elles accompagnent en Italie.
- Darya, venue d’Ukraine, et son quotidien auprès de quatre femmes.
- Une immigration presque exclusivement féminine, comparée aux travailleurs du bâtiment en France.
- Le changement de loi et l’obtention d’un statut pour ces travailleuses.
- La transformation intime de Darya, entre liberté trouvée et retour devenu difficile.
- Le lien d’amour entre la photographe et son sujet.
FAQ
Qui est Jane Evelyn Atwood ?
Jane Evelyn Atwood est une photographe américaine installée en France, reconnue pour ses reportages menés au long cours auprès de personnes vivant en marge de la société. Au festival Les Femmes s’exposent de Houlgate, en 2019, elle présente sa série « Darya, Badante », consacrée à une aide à domicile ukrainienne en Italie.
Qu’est-ce qu’une « badante » ?
Une badante est une aide à domicile, le plus souvent venue de l’étranger, qui vit chez une personne âgée pour l’accompagner jour et nuit, sept jours sur sept. En Italie, ce sont presque exclusivement des femmes. Comme le raconte Jane Evelyn Atwood, elles peuvent se retrouver sans logement du jour au lendemain lorsque la personne aidée vient à décéder.
Qui est Darya, le sujet de la série ?
Darya est une femme d’origine ukrainienne que Jane Evelyn Atwood a suivie en Italie, où elle veillait sur quatre femmes. La photographe l’a accompagnée jusqu’en Ukraine, à la rencontre de sa famille. Elle la décrit comme une femme au cœur immense, dont la vie de badante, très rude, lui offrait aussi une forme d’autonomie.
De quoi parle la série « Darya, Badante » ?
La série documente le quotidien répétitif et exigeant des badanti en Italie, à travers le parcours de Darya. Jane Evelyn Atwood espère la voir prendre la forme d’un ouvrage. Présentée au Jardin des roses de Houlgate en 2019, elle éclaire une réalité peu visible : celle de ces travailleuses de l’ombre.
Quel lien unit la photographe à son sujet ?
Interrogée sur son implication personnelle, Jane Evelyn Atwood répond que ce fut « une question d’amour ». Elle s’est attachée à Darya, a partagé sa vie et rencontré sa famille, et dit même souhaiter, en plaisantant, être un jour prise en charge par elle. Ce lien intime traverse toute la série.
