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Alain Keler, Lecture de son livre Journal d’un Photographe

Le photographe Alain Keler nous ouvre son « Journal d'un Photographe », un ouvrage qui mêle 40 ans de carrière sur les théâtres de guerre à l'histoire intime de sa famille. De la guerre civile au Guatemala aux conflits au Kosovo, en passant par le Salvador et la Tchétchénie, il raconte la genèse de ses clichés les plus marquants. Au fil de la conversation, il dévoile le lien profond qui unit son travail de témoignage à ses origines et à la mémoire de ses parents. Un récit poignant sur la nécessité de la photographie comme contre-pouvoir et trace de l'humanité dans le chaos.

Alain Keler, 40 années de photographies entre histoire personnelle et théâtres de guerre

Le poids du témoignage

Alain Keler ouvre son récit avec une photographie prise au Guatemala pendant la guerre civile, montrant l’arrestation d’un guérillero. Deux ans plus tard, contacté par une ONG, il apprend que cette image a permis à la famille de l’homme de savoir ce qu’il était devenu, confirmant son exécution. Pour le photographe, cet événement souligne l’une des raisons fondamentales de son métier : le témoignage. Même si les images sont dures, elles sont essentielles pour susciter des réactions et servir de contre-pouvoir. Il évoque d’autres clichés terribles, comme le corps d’une femme torturée dans un lac idyllique au Salvador, ou celui d’un enfant de quatre ans tué au Kosovo, dont le regard le hante encore.

« Une photo n’a jamais arrêté une guerre, mais elle a fait beaucoup réfléchir beaucoup, beaucoup de gens », confie-t-il, soulignant le rôle de plus en plus dangereux des journalistes, considérés comme des gêneurs par de nombreux régimes.

Une école de la vie

Avant de devenir le photoreporter reconnu, Alain Keler a connu une autre vie. Il raconte ses débuts, lorsqu’il n’était qu’un photographe amateur passionné par les albums de famille, photographiant ses parents avec une tendresse non dissimulée. Un tour du monde le mène à New York, où il tombe amoureux et s’installe pour plusieurs années. C’est là qu’il forge son regard et sa connaissance du monde, enchaînant les petits boulots : homme de sécurité chez Cartier, préparateur de sandwichs, ouvrier en usine. Ce contact direct avec ce qu’il appelle le « prolétariat new-yorkais » fut pour lui une « école de la vie fabuleuse ».

Pendant son temps libre, il pratique la photo de rue, un genre qu’il juge « excessivement riche ». Il y apprend à saisir la vie sur le vif, une compétence qui lui sera précieuse pour la suite de sa carrière.

Les années d’agence et le regard personnel

Son premier contrat professionnel l’envoie pour trois mois en Amérique latine. Puis vient le temps des grandes agences, avec douze années passées chez Sigma. Une période « extraordinaire » mais aussi contraignante. Le travail de news impose ses formats : des images en largeur pour les doubles pages des magazines, de la couleur, et l’usage de téléobjectifs ou de très grands angles qui déforment la réalité. Pour ne pas se perdre et conserver sa propre écriture, Alain Keler garde une discipline : il a toujours sur lui un Leica chargé en film noir et blanc, avec une optique de 35 ou 50 mm.

« C’est ce qui m’a permis toujours de rester au contact avec une certaine sorte de photographie que j’aime », explique-t-il. C’est avec cet appareil qu’il saisit des images plus personnelles, souvent ignorées par les éditeurs de l’agence, mais qui constituent aujourd’hui le cœur de son œuvre.

L’histoire dans l’Histoire

Le travail d’Alain Keler est constamment traversé par sa propre histoire. Il raconte comment, lors d’un reportage à Jérusalem sur une réunion d’anciens déportés, un événement qui le touche personnellement en tant que descendant de Juifs polonais déportés, il tombe « fou amoureux » d’une journaliste américaine. Cette capacité à vivre des moments personnels intenses au milieu des grands événements de l’Histoire est une constante dans sa vie. Son livre est ainsi jalonné de ces allers-retours entre le chaos du monde et la sphère de l’intime.

Il évoque aussi la magie de la composition photographique, où des éléments inattendus, comme un chien entrant dans le cadre en Tchétchénie, viennent parfaire une image et lui donner son équilibre. Pour lui, la photographie est une quête permanente, où l’on ne sait jamais si l’on réussira à « sortir une photo ».

Le fil de l’intime

Une part essentielle de son livre et de sa vie est consacrée à ses parents. Fils unique, il les a beaucoup photographiés, notamment durant leur vieillesse. L’appareil photo devient alors un lien, un moyen de communication et de complicité. Il documente leur quotidien, l’ennui, mais aussi la maladie d’Alzheimer de sa mère. Ces images, d’une grande sobriété, montrent la tendresse, la fatigue et la dignité face à l’épreuve. Il raconte avec une émotion palpable la dernière photo de son père, trois jours avant sa mort, un cliché qu’il a hésité à prendre mais dont il est aujourd’hui « excessivement content ».

Après la mort de son père, il accompagne sa mère en maison de retraite, utilisant des Polaroïds pour tenter de la faire réagir. Le livre se fait alors journal de bord, jusqu’à ses derniers instants. Le symbole des valises, jetées en vidant la maison familiale, le ramène à ses grands-parents, migrants venus de Pologne.

De sa propre histoire aux minorités

Après avoir quitté les grandes agences, Alain Keler décide de se consacrer à des projets plus personnels et profonds. Un déclic se produit lorsqu’il réalise qu’en travaillant sur les minorités dans l’ex-monde communiste, il travaille en réalité sur sa propre histoire. Dès lors, son identité et sa famille deviennent le moteur de sa création. Il passe plusieurs années sur la problématique israélo-palestinienne, puis se lance dans un long projet sur les Roms, la plus grande minorité d’Europe. Il y voit un parallèle troublant avec le sort des Juifs avant-guerre, et assiste même à une tentative de pogrom en République tchèque.

Son parcours se termine sur les migrants de Calais, où la Manche, un détroit, devient un mur infranchissable. Une image qui fait écho à celle de ses grands-parents, qui avaient, eux, réussi à passer les frontières pour venir en France.

Les références de l’épisode

  • Livres : « Journal d’un Photographe » (Alain Keler), « Vendeste » (Alain Keler), « Printemps Noir » (cité comme étant de Milner).
  • Personnes : John Morris, l’ayatollah Khomeini, Yasser Arafat, Donald Trump.
  • Organisations et médias : Agence Sigma, l’agence de presse Time Magazine, CNN, le New York Times, la Croix-Rouge.
  • Lieux : Guatemala, Salvador, Iran, Kosovo, Tchétchénie, New York, Jérusalem, Pologne, Calais, Auschwitz, Pristina, Grosny, Yamit.
  • Marques et outils : Leica, Polaroïd.
  • Événements : Photofever.
  • Éditeur : Éditions de Juillet.

Au fil de l’épisode

  • La photo d’un guérillero arrêté au Guatemala et l’appel d’une ONG deux ans plus tard.
  • Le rôle du photographe comme témoin et la nécessité d’une presse libre.
  • La photo d’une femme torturée et jetée dans un lac au Salvador.
  • L’image d’un enfant de quatre ans tué au Kosovo, parmi 50 cadavres.
  • Le lien entre son travail et son histoire personnelle, notamment avec ses parents.
  • Ses débuts comme photographe amateur, photographiant sa famille.
  • Son arrivée à New York et ses multiples petits boulots.
  • La découverte d’une photo sur un film développé 20 ans plus tard.
  • Son premier travail de commande en Amérique latine.
  • Ses douze années à l’agence Sigma et les contraintes du photojournalisme de news.
  • Comment il a préservé sa vision personnelle en utilisant un Leica en noir et blanc.
  • Le retour de Khomeini en Iran et la ferveur de la foule.
  • La scène d’un homme pleurant sur le corps d’une femme à l’université au Salvador.
  • La rencontre avec sa future compagne à Jérusalem lors d’un reportage sur les survivants de la Shoah.
  • Le parallèle entre une photo d’enfants en Irlande et une scène de prière en Tchétchénie.
  • La photographie de ses parents vieillissants et de la maladie d’Alzheimer de sa mère.
  • La dernière photo de son père en vie, trois jours avant sa mort.
  • L’enterrement de son père et le placement de sa mère en maison de retraite le même jour.
  • Le symbole des valises de ses parents, écho à l’histoire de ses grands-parents migrants.
  • Son travail sur le conflit israélo-palestinien et l’évacuation des colonies.
  • Le déclic qui l’a amené à travailler sur sa propre histoire à travers les minorités.
  • Son projet sur les Roms en Europe et le parallèle avec l’histoire juive.
  • Le récit d’une tentative de pogrom à laquelle il a assisté en République tchèque.
  • Son travail final sur les migrants à Calais, où la mer devient un mur.

FAQ

Qui est Alain Keler ?

Alain Keler est un photographe et photojournaliste français. Au cours de ses quarante ans de carrière, il a travaillé pour de grandes agences comme Sigma et a couvert de nombreux conflits à travers le monde, notamment en Amérique centrale, au Kosovo et au Moyen-Orient. Son travail se distingue par un lien très fort entre le témoignage des grands événements historiques et son histoire personnelle et familiale, qu’il explore dans son livre « Journal d’un Photographe ».

De quoi parle le livre « Journal d’un Photographe » ?

Ce livre est une rétrospective de quarante années de travail photographique. Alain Keler y assemble ses reportages sur les théâtres de guerre (Guatemala, Salvador, Iran, Kosovo…) et une chronique intime de sa vie, centrée sur la relation avec ses parents. L’ouvrage tisse un fil narratif entre l’Histoire avec un grand H et son histoire personnelle, montrant comment son identité et ses origines familiales ont profondément nourri son regard de photographe.

Pourquoi la photographie de ses parents est-elle si importante pour Alain Keler ?

En tant que fils unique, Alain Keler a entretenu un lien très fort avec ses parents, qu’il a beaucoup photographiés, surtout dans leur vieillesse. L’appareil photo est devenu un médiateur dans leur relation, lui permettant de documenter avec tendresse leur quotidien, l’ennui, et la maladie d’Alzheimer de sa mère. Ces images constituent le fil rouge de son livre, un témoignage poignant sur la famille, le temps qui passe et la mémoire.

Comment Alain Keler a-t-il concilié travail de commande et vision personnelle ?

Durant ses années à l’agence Sigma, il devait répondre à des exigences commerciales, privilégiant la couleur et les formats larges pour les magazines. Pour ne pas perdre son écriture photographique, il s’est imposé de toujours garder avec lui un appareil Leica chargé en film noir et blanc. Cela lui permettait de réaliser, en parallèle des commandes, des images plus personnelles qui correspondaient à sa propre vision de la photographie.

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