L’école de la vie
Alain Nemarq grandit à Asnières dans une famille de rescapés de la Shoah. Ses parents lui transmettent des valeurs de courage, d’amour et de mesure, mais surtout la conviction que l’impossible peut être surmonté par soi-même. Se percevant comme « totalement médiocre » durant son enfance, il développe une admiration pour des figures comme Serge Gainsbourg, qui incarnent à ses yeux la capacité de réussir par le talent et la différence, plutôt que par des atouts naturels. Cette période forge sa détermination à surmonter ses handicaps de départ. Il accompagne également son père, un vendeur de trousseaux et de meubles à domicile, et découvre une vocation pour le commerce et le contact humain qui le marquera profondément.
« Ce que je retiens de l’enfance, c’est l’obligation de surmonter ce qu’on est, de surmonter ses handicaps de départ. »
L’art de se faufiler
Le parcours professionnel d’Alain Nemarq est une succession d’opportunités saisies avec audace, ce qu’il appelle l’art de « se faufiler ». Sans avoir fait HEC, il y devient professeur de marketing, porté par sa capacité à transmettre et à se mettre au niveau de ses étudiants. Il explique que sa performance ne venait pas d’un savoir supérieur, mais de son aisance à faire passer un message. Cette expérience de la transmission devient le fil rouge de sa carrière. Plus tard, il entre dans le secteur privé chez Boussac Saint-Frère, où il est chargé d’annoncer des fermetures d’ateliers, une mission terrible mais formatrice. Il y apprend les réalités d’une entreprise en difficulté, une expérience qui lui servira toute sa vie.
« L’histoire de ma vie, c’est d’obtenir ce qui a priori est impossible en y mettant de l’opiniâtreté et en ayant de la chance. »
Le pari Mauboussin
C’est presque par hasard qu’Alain Nemarq croise la route de Mauboussin. Mandaté pour un audit stratégique, son premier conseil à l’actionnaire Dominique Frémont est radical : abandonner. La maison perd alors 20 millions d’euros pour 12 millions de chiffre d’affaires, exsangue face aux géants de la place Vendôme. Contre toute attente, l’actionnaire décide de réinvestir et lui propose la direction générale. D’abord hésitant, Alain Nemarq accepte le défi, animé par une vision alternative du luxe. Il est convaincu que le marché doit évoluer et que la joaillerie ne doit plus être réservée à une élite. Il veut s’adresser directement aux femmes, avec des créations portables au quotidien.
« Je crois à un autre modèle. Je crois à un modèle alternatif. »
Oser, toujours
Pour réveiller Mauboussin, Alain Nemarq applique une stratégie de rupture. Il lance des collections pensées comme dans la mode, démocratise le produit et, surtout, ose une communication inédite : des publicités dans le métro affichant le prix des bijoux, comme pour la bague iconique « Chance of Love ». Une petite révolution qui choque le milieu mais rencontre un immense succès populaire. Devenu directeur artistique à la suite d’un concours de circonstances, il crée des pièces qui marquent les esprits, comme « Le Premier Jour ». Son approche est simple : s’adresser aux gens qui se posent la question de savoir s’ils peuvent s’offrir un bijou. Il choisit de se concentrer sur la France et le Japon, assumant ses limites et sa vision d’une marque proche de ses clients.
« J’avais pas vraiment le choix. Et puis bon, ça ne me troublait pas, parce qu’en fait, quand tu regardes la France par en bas, ce qui était mon cas, tu ne regardes pas la même chose. »
Ne jamais rien lâcher
Le parcours à la tête de Mauboussin n’a pas été une promenade de santé. Alain Nemarq a dû faire face à de nombreuses crises : un développement coûteux aux États-Unis, les turbulences économiques, la pandémie de Covid, et même une violente cyberattaque qui a paralysé l’entreprise pendant des mois. Chaque épreuve a renforcé sa conviction qu’il faut être meilleur dans les moments difficiles et que la seule vérité réside dans la résistance. Après avoir consolidé la marque, il assure sa pérennité en organisant la cession aux Galeries Lafayette, une transmission qui lui tenait à cœur. Pour lui, la finalité n’a jamais été l’enrichissement personnel, mais le chemin parcouru, avec ses obstacles et ses victoires.
« Il faut oser et ensuite il ne faut pas lâcher. La valeur ajoutée, c’est d’oser. »
Alain Nemarq nous recommande…
- « Le Mur » — Jean-Paul Sartre, un livre qui l’a profondément marqué à l’adolescence, notamment la nouvelle « L’enfance d’un chef », pour sa réflexion sur l’armature sociale.
- « Le Comte De Monte Cristo » — Alexandre Dumas, pour l’espoir qu’il incarne et l’idée qu’il est toujours possible de revenir et de surmonter l’injustice.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Mauboussin
- Gemmyo
- HEC
- Galeries Lafayette
- Serge Gainsbourg
- Jean-Paul Sartre
- Alexandre Dumas
- Compagnie Boussac Saint-Frère
- Balzan
- Pierre Berger
- Yves Saint-Laurent
- Bloomingdale’s
- Cartier
- Dior
- Simone Veil
- Le Grand Rex
Au fil de l’épisode
- Son enfance à Asnières dans une famille de rescapés de la Shoah.
- Le sentiment de « médiocrité » qui l’a poussé à se dépasser.
- L’influence de son père, vendeur à domicile, et de son idole, Serge Gainsbourg.
- Comment il est devenu professeur à HEC sans en être diplômé, grâce à l’art de « se faufiler ».
- L’importance de la transmission dans son parcours.
- Ses débuts dans le privé chez Boussac Saint-Frère et la mission difficile d’annoncer des fermetures d’usines.
- Son expérience chez Balzan, où il révolutionne le marché de la moquette.
- Sa rencontre avec Pierre Berger et son passage chez Yves Saint-Laurent.
- Sa philosophie : ne pas avoir peur de perdre quand on estime n’avoir rien.
- Comment il est arrivé chez Mauboussin pour une mission d’audit.
- Son diagnostic initial : une entreprise à l’agonie qu’il fallait abandonner.
- La décision de prendre la direction générale pour y appliquer une vision alternative du luxe.
- La nouvelle stratégie : s’adresser aux femmes avec des bijoux accessibles et désirables.
- La campagne de publicité de rupture, affichant les prix dans le métro.
- Comment il est devenu directeur artistique par un concours de circonstances.
- La création de pièces iconiques comme « Chance of Love » et « Le Premier Jour ».
- L’évolution de sa position d’actionnaire au sein de l’entreprise.
- La transmission de Mauboussin aux Galeries Lafayette pour pérenniser la maison.
- Les coups durs : la crise du Covid et une violente cyberattaque.
- Les deux leçons majeures de sa carrière : oser et ne jamais rien lâcher.
- Ses plus grands moments de doute, notamment après la perte de ses parents.
- Ce qu’il ferait différemment : une vie consacrée à la politique et à l’écriture.
- Sa définition du sublime : le parcours de Simone Veil.
- Les livres qui l’ont marqué : « Le Mur » de Sartre et « Le Comte de Monte-Cristo » de Dumas.
- Son message final : pour ne jamais lâcher, il faut toujours rêver.
FAQ
Qui est Alain Nemarq ?
Alain Nemarq est un entrepreneur français, connu pour être le Président Directeur Général de la maison de joaillerie Mauboussin. Arrivé en 2002 alors que l’entreprise était en grande difficulté, il a orchestré son redressement spectaculaire en la repositionnant sur un segment de luxe plus accessible. Autodidacte du secteur, il s’est distingué par une stratégie marketing audacieuse et une vision de la joaillerie décomplexée, destinée aux femmes actives.
Comment Alain Nemarq a-t-il redressé Mauboussin ?
Alain Nemarq a redressé Mauboussin en changeant radicalement de stratégie. Il a décidé de s’adresser directement aux femmes plutôt qu’à une clientèle de prestige, en créant des collections de bijoux portables au quotidien. Il a également mené une révolution dans la communication, en étant l’un des premiers à afficher les prix de ses créations sur ses publicités, notamment dans le métro, rendant ainsi la marque plus accessible et transparente.
Pourquoi Alain Nemarq se décrit-il comme un « médiocre » ?
Alain Nemarq utilise le terme « médiocre » pour décrire le sentiment qu’il avait de lui-même durant son enfance. N’étant ni le premier de la classe, ni le plus fort, il a grandi avec l’idée qu’il devait faire plus d’efforts que les autres pour surmonter ce qu’il percevait comme des handicaps. Cette perception est devenue un moteur dans sa vie, le poussant à oser et à se dépasser constamment pour réussir.
Quelle est la philosophie d’Alain Nemarq en affaires ?
La philosophie d’Alain Nemarq repose sur deux principes fondamentaux : oser et ne jamais rien lâcher. Il est convaincu que l’audace et l’innovation sont nécessaires pour exister, surtout quand on n’a pas les mêmes moyens que ses concurrents. Cette audace doit être soutenue par une ténacité à toute épreuve, car le parcours d’un entrepreneur est jalonné de difficultés et de crises qu’il faut savoir surmonter sans jamais abandonner.
Qu’est-ce que le concept de « se faufiler » pour Alain Nemarq ?
Pour Alain Nemarq, « se faufiler » est l’art de saisir des opportunités qui ne semblent pas accessibles à première vue, en misant sur l’audace et les rencontres. C’est ainsi qu’il a pu devenir professeur à HEC sans en avoir le diplôme ou prendre la tête de grandes entreprises sans venir du sérail. Ce concept illustre sa capacité à obtenir ce qui paraît impossible en faisant preuve d’opiniâtreté et en transformant son profil atypique en une force.
