Un héritage maritime
Aleco Keusseoglou porte en lui un double héritage, grec et italien, mais c’est avant tout la mer qui a façonné son destin. Né en Suisse pour des raisons administratives, il grandit en Italie, à Gênes, et passe dès son plus jeune âge une grande partie de son temps sur les bateaux. Il doit cette passion à son père, un armateur grec considéré comme l’un des pionniers de l’industrie de la croisière. C’est lui qui, voyant l’avènement des jets rendre les traversées transatlantiques obsolètes, a eu l’idée de reconvertir ses paquebots en lieux de vacances. Il a ainsi transformé sa compagnie, Homelines, puis créé Sunlines, inventant des itinéraires touristiques depuis la Floride vers les Caraïbes ou de New York aux Bermudes, posant les bases de ce qui allait devenir un secteur majeur.
Cette histoire familiale, faite de solidarité et de vision, a profondément marqué Aleco Keusseoglou, qui a baigné dans cet univers où la parole donnée et la réputation sont des valeurs cardinales.
De Gênes à Monaco
En 1972, alors qu’il a 12 ans, sa famille quitte précipitamment l’Italie pour des raisons de sécurité. Les Brigades Rouges sont très actives à Gênes et son père choisit la sécurité de la Principauté. L’installation se fait en deux semaines. Le jeune Aleco intègre le lycée Albert Ier pour quelques années avant de partir en internat en Suisse. Malgré une adolescence partagée entre plusieurs pays, c’est à Monaco qu’il finira par trouver ses racines. « C’est là où je me suis dit, non, je rentre à Monaco, parce que Monaco, c’est chez moi », confie-t-il. C’est ici que sont nés deux de ses trois enfants et c’est ici qu’il se sent pleinement établi.
Son père noue des liens d’amitié avec le Prince Rainier. Au cours d’un déjeuner, il lui suggère de construire une digue pour accueillir de plus grands navires de croisière. Le Prince, visionnaire, ira plus loin : la digue semi-flottante protégera tout le port Hercule et permettra l’extraordinaire essor du yachting à Monaco.
À la barre des ports
Après des études d’économie aux États-Unis et vingt ans passés à développer puis vendre l’entreprise familiale, Aleco Keusseoglou prend la direction de la Société d’exploitation des ports de Monaco. Sa feuille de route est claire : développer le yachting et la croisière de luxe, tout en assurant une gestion transparente. Il compare volontiers les ports à des hôtels, où la qualité de l’accueil et du service est primordiale. Sous sa direction, les infrastructures ont été modernisées, notamment par l’électrification des quais pour permettre aux yachts de se brancher et de ne plus tourner sur leurs générateurs polluants. Il rêve d’étendre ce système aux navires de croisière d’ici quelques années.
Face à la saturation des 1050 anneaux des ports Hercule et Fontvieille, l’acquisition du port de Vintimille a offert une solution pour répondre à la demande croissante. Son prochain grand objectif : remporter l’appel d’offres pour la concession du port de Cap d’Ail en 2027.
Une passion, le ski nautique
Au-delà de ses responsabilités, Aleco Keusseoglou cultive une passion dévorante : le ski nautique. Devenu monégasque en 2008, il a créé la Fédération monégasque de ski nautique pour pouvoir continuer la compétition sous les couleurs de la Principauté. Avec le soutien du Prince Albert, la fédération a repris l’exploitation d’un lac dédié à ce sport à Roquebrune-sur-Argens, offrant un site d’entraînement idéal. Il y a transmis sa passion à son fils, aujourd’hui un compétiteur de haut niveau. Pour lui, le sport est une véritable école de vie, et il souhaite désormais promouvoir la discipline auprès des jeunes Monégasques en organisant des journées découvertes.
Cette discipline, qui exige rigueur et engagement, reflète la manière dont il a mené sa carrière : avec exigence, esprit d’équipe et la volonté d’aller toujours plus loin.
Les références de l’épisode
- Personnes : Prince Rainier, Prince Albert II de Monaco, Geneviève Berti, Isabelle Bonal.
- Organisations et entreprises : Société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM), Homelines, Sunlines, Brigades Rouges, SMEC (Société Monégasque de l’Électricité et du Gaz), Yacht Club de Monaco, Fédération monégasque de ski nautique.
- Lieux : Monaco (Port Hercule, Port de Fontvieille), Gênes, Lausanne, Grèce, Floride, New York, Bermudes, Villefranche-sur-Mer, Vintimille, Roquebrune-sur-Argens, Port de Cap d’Ail.
- Établissements : Lycée Albert Ier, Université Bocconi (Milan).
Au fil de l’épisode
- Les origines grecques et italiennes d’Aleco Keusseoglou et son lien viscéral avec la mer.
- Le rôle de son père, pionnier de l’industrie de la croisière moderne.
- Comment les paquebots transatlantiques ont été transformés en navires de vacances.
- Son enfance à Gênes et le déménagement soudain de sa famille à Monaco en 1972 pour fuir la menace des Brigades Rouges.
- Ses années de scolarité au lycée Albert Ier puis en internat en Suisse.
- Le sentiment d’appartenance à Monaco, devenu son véritable « chez lui ».
- L’anecdote sur la conversation entre son père et le Prince Rainier qui a inspiré la construction de la grande digue du port Hercule.
- L’impact de la digue, qui a surtout permis l’explosion du yachting en protégeant le plan d’eau.
- La distinction entre les croisières de masse (qui s’arrêtent à Villefranche) et les croisières de luxe accueillies à Monaco.
- L’impact économique de la croisière pour la Principauté, estimé entre 40 et 60 millions d’euros par an.
- Les efforts de l’industrie du yachting et de la croisière pour réduire leur empreinte environnementale.
- La modernisation des ports de Monaco, notamment l’électrification des quais pour les yachts.
- La gestion des 1050 anneaux des ports et l’acquisition du port de Vintimille pour augmenter la capacité d’accueil.
- Sa philosophie de gestion : considérer un port comme un hôtel où le service est roi.
- Son parcours professionnel : des études aux États-Unis, 20 ans dans l’entreprise familiale avant de prendre la direction des ports.
- Sa passion pour le ski nautique et la création de la Fédération monégasque.
- La transmission de cette passion à son fils, devenu un athlète de haut niveau.
- L’apprentissage du grec à 30 ans, par nécessité pour diriger l’entreprise familiale et être respecté.
- Son ambition actuelle : remporter la concession du port de Cap d’Ail pour Monaco.
FAQ
Qui est Aleco Keusseoglou ?
Aleco Keusseoglou est le directeur de la Société d’exploitation des ports de Monaco. D’origine grecque et italienne, il est l’héritier d’une famille d’armateurs dont le père est considéré comme l’un des pionniers de l’industrie de la croisière. Après avoir travaillé 20 ans dans l’entreprise familiale, il a pris la tête des ports de la Principauté, où il supervise le développement du yachting et de la croisière de luxe.
Comment le père d’Aleco Keusseoglou a-t-il contribué à l’essor de la croisière ?
Son père a été un visionnaire de l’industrie maritime. Face à la concurrence de l’aviation à réaction qui rendait les paquebots transatlantiques obsolètes, il a eu l’idée de les transformer en navires de vacances. Il a ainsi créé des itinéraires touristiques, notamment de la Floride vers les Caraïbes, transformant un moyen de transport en une expérience de loisir et jetant les bases de la croisière moderne.
Pourquoi les ports de Monaco sont-ils un atout économique majeur ?
Les ports de Monaco sont un pilier de l’attractivité et de l’économie de la Principauté. Selon des études menées par la Société d’exploitation des ports, l’activité de croisière génère des retombées économiques estimées entre 40 et 60 millions d’euros par an. Cet impact provient des dépenses des croisiéristes des navires de luxe qui font escale, ainsi que des passagers qui séjournent dans les hôtels monégasques avant ou après leur croisière.
Quelle est la vision d’Aleco Keusseoglou pour les ports de Monaco ?
Sa vision repose sur l’excellence du service, comparant la gestion d’un port à celle d’un hôtel de luxe. Il met un accent fort sur la transition écologique, avec l’électrification des quais pour réduire la pollution des navires à l’arrêt. Son ambition est de maintenir Monaco comme une destination incontournable pour le yachting et la croisière de luxe, et de remporter la concession du port voisin de Cap d’Ail.
