Un refuge en forêt de Brocéliande
À 60 ans passés, après avoir déjà fondé plusieurs fermes écologiques, Alexis Robert accepte de reprendre un terrain agricole en friche en pleine forêt de Brocéliande. Ne souhaitant plus se lancer dans la production, il décide d’en faire un lieu ouvert à toutes les formes d’alternatives, sans programme ni budget. Le projet, baptisé La Guette, démarre presque immédiatement avec l’arrivée d’un groupe des Amis de Silence, qui l’aident à construire les premières infrastructures : toilettes sèches, douches solaires et un grand abri pour accueillir les visiteurs.
« Simplement j’ouvre le lieu puis on verra bien ce qui se passe. »
L’art d’être libre
Alexis Robert défend une philosophie de vie radicale : la pauvreté choisie. Il établit une distinction fondamentale entre la misère, qui est subie, et la pauvreté, qui est un choix de vie menant à la liberté. Selon lui, la quête de richesses matérielles nous emprisonne. En se dépouillant du superflu, on gagne en liberté. Cette conviction, inspirée par des figures comme Gandhi ou François d’Assise, est aussi ancrée dans son histoire personnelle, celle d’une enfance vécue très modestement mais heureuse.
« La pauvreté c’est l’art d’être libre. »
L’épreuve du vivre-ensemble
La Guette est un lieu de passage qui accueille près de 2000 personnes par an. Si beaucoup viennent chercher l’inspiration, peu restent durablement. Alexis Robert observe que de nombreux visiteurs, jeunes ou moins jeunes, fuient à la première difficulté, manquant de la ténacité nécessaire pour construire un projet sur le long terme. Cette vie collective est aussi mise à l’épreuve par l’extérieur : la municipalité, très orientée vers le profit, le perçoit comme un « troublillon » et lui a intenté plusieurs procès. Malgré tout, il maintient le lieu ouvert à tous, des personnes sans-abri aux cadres dirigeants.
Aujourd’hui âgé de 81 ans, il cherche une « relève collective » pour faire perdurer l’esprit du lieu, une transmission qui s’avère complexe.
La force tranquille de la grand-mère
La confiance inébranlable d’Alexis Robert puise sa source dans son enfance. Élevé par sa grand-mère paralysée et muette, il a appris d’elle le sens du don et de l’accueil inconditionnel. Il se souvient d’elle, incapable de parler mais consolant les villageois, ou partageant leur maigre réserve de pommes de terre avec une gitane de passage. Cette force intérieure lui a permis de traverser les épreuves, y compris l’incendie qui a entièrement détruit sa maison et toutes ses possessions il y a quelques années. Sa réaction fut simple et profonde : « Ce n’est pas ce qu’on a ce qu’il y a de plus important, c’est ce qu’on est. »
Pour aller plus loin
- Kaizen Magazine
- Colibris
- La Coopérative Oasis
- Le site d’Alexandre Sattler, réalisateur du podcast
- La page Facebook de Gaia Images
- Le compte Instagram de Gaia Images
Les références de l’épisode
- Personnes : Pierre Rabhi, Gandhi, François d’Assise, l’abbé Pierre, Nelson Mandela, Martin Luther King.
- Lieux : Forêt de Brocéliande, La Guette, le Larzac, Rennes, Paris.
- Organisations et concepts : Les Amis de Silence, Kaizen, Colibris, la Coopérative Oasis, le woofing, la sobriété heureuse, la SCCI (Société Civile Coopérative).
- Événement historique : la guerre d’Algérie.
Au fil de l’épisode
- L’arrivée d’Alexis Robert à La Guette, en forêt de Brocéliande, et sa décision d’y créer un lieu alternatif.
- L’accueil du premier grand groupe, les Amis de Silence, qui a permis de construire les premières installations.
- Sa philosophie de la simplicité volontaire, héritée d’une enfance très modeste.
- La différence fondamentale entre la misère subie et la pauvreté choisie, qui est pour lui « l’art d’être libre ».
- L’accueil de près de 2000 personnes par an et les raisons pour lesquelles peu de gens s’installent durablement.
- L’importance de la ténacité et d’une dimension spirituelle pour mener à bien un projet de vie.
- Les difficultés rencontrées avec la municipalité et le voisinage, qui le perçoivent comme un « troublillon ».
- L’organisation de la vie sur le lieu, basée sur le principe du woofing : 2h30 de travail par jour en échange du gîte et du couvert.
- Le projet de transformer la propriété en une Société Civile Coopérative (SCCI) pour assurer un avenir collectif au lieu.
- Les défis humains du vivre-ensemble, illustrés par le départ d’une personne pendant le confinement.
- L’appel lancé pour trouver une « relève collective » capable de faire vivre le lieu.
- La vision pour La Guette : un lieu ouvert à la paix, à la communication non-violente et aux alternatives.
- L’origine de sa confiance et de sa générosité : l’exemple de sa grand-mère paralysée mais au grand cœur.
- L’anecdote du partage de la dernière caisse de pommes de terre.
- Sa gestion de l’argent : il vit avec environ 150 euros par mois sur sa retraite de 930 euros et donne le reste.
- Son soutien à une vingtaine d’enfants parrainés et une quarantaine d’associations.
- Sa vie sans télévision, internet, téléphone portable ni réfrigérateur.
- Le récit de l’incendie qui a détruit sa maison, ses livres et tous ses écrits.
- Sa réaction face à cette perte : « ce n’est pas ce qu’on a le plus important, c’est ce qu’on est ».
- Son parcours familial : il a été marié et a eu six enfants.
- Sa manière de gérer les conflits : avec humanité, sans jamais fermer la porte à personne.
- Les figures qui l’ont inspiré, comme l’abbé Pierre, Gandhi ou Martin Luther King.
- Un moment de doute après son retour de la guerre d’Algérie.
FAQ
Qui est Alexis Robert ?
Alexis Robert est un jardinier à la retraite de 81 ans qui vit en quasi-autonomie dans la forêt de Brocéliande. Il est le fondateur de l’écolieu La Guette, un espace ouvert à tous ceux qui cherchent des alternatives au modèle de société actuel. Il est connu pour son mode de vie fondé sur la « sobriété heureuse », la simplicité volontaire et le partage, considérant la pauvreté choisie comme un chemin vers la liberté.
Quelle est la philosophie d’Alexis Robert sur la pauvreté ?
Pour Alexis Robert, il faut distinguer la misère, qui est une condition subie et destructrice, de la pauvreté, qui peut être un choix de vie libérateur. Il considère que l’accumulation de biens matériels nous rend prisonniers. En choisissant de vivre simplement, on se libère de ces contraintes pour se concentrer sur l’essentiel : les relations humaines et le sens de son existence. Pour lui, la pauvreté est « l’art d’être libre ».
Comment fonctionne l’écolieu La Guette ?
La Guette est un lieu d’accueil inconditionnel ouvert à tous, sans sélection. Le séjour est basé sur le principe du woofing : les visiteurs participent aux tâches collectives environ deux heures et demie par jour en échange de l’hébergement et du repas de midi. Ce n’est pas une communauté fermée mais un lieu de passage et d’expérimentation, où chacun est invité à vivre une expérience de sobriété et de vie collective.
Comment Alexis Robert gère-t-il son argent ?
Alexis Robert perçoit une retraite de 930 euros par mois, une somme qu’il juge « beaucoup trop » élevée pour ses besoins. Il estime vivre avec environ 150 euros par mois. Il consacre tout le reste à la solidarité : il parraine une vingtaine d’enfants dans le monde et soutient financièrement une quarantaine d’associations. Pour lui, l’argent est un simple outil d’échange qui doit circuler et servir, et non être accumulé.
