De l’école BLOO à une photographie sans concession
Alyssa Tourte raconte qu’elle a commencé la photographie au collège, avec un petit appareil compact, en multipliant les autoportraits et en faisant poser ses camarades. Après un bac littéraire option histoire de l’art et un passage par la fac d’histoire de l’art, elle rejoint à Lyon l’école de photographie BLOO, où elle reste trois ans. L’enseignement, organisé en workshops animés par des photographes invités, y est tourné vers la photographie documentaire et la démarche personnelle, davantage que vers la technique.
À la sortie de l’école, elle se tourne vers la restauration pour des raisons financières et choisit de garder la photographie comme une passion, à l’écart de la commande. Elle explique avoir eu « pas mal peur du retour client » et avoir préféré préserver une « totale liberté de création » plutôt que de se plier aux attentes d’une clientèle.
« Spectres », une fresque entre ombre et lumière
Présentée à la Galerie du Bar à Photo, la série Spectres s’est « retrouvée improvisée » : Alyssa Tourte l’a construite en relisant ses images anciennes et récentes, jusqu’à y trouver des échos, d’abord en diptyques, puis en un ensemble plus large. Elle refuse la chronologie et les légendes pour laisser au spectateur la place de son imagination, et parle d’une « fresque » plutôt que d’un récit. Le titre, au pluriel, renvoie autant au vocabulaire du romantisme — le fantôme, le rêve, la mort, le culte de la nature — qu’au spectre de la lumière. Le noir et blanc et la couleur cohabitent pour conduire, dit-elle, « de l’ombre à la lumière ».
La série travaille le corps par cadrages resserrés, souvent en noir et blanc, jusqu’à un body painting où la couleur « s’imposait ». Elle aborde aussi l’identité et l’identité de genre, sans en faire son sujet principal, à travers des corps voilés et dévoilés. Attachée à l’argentique, la photographe revendique le goût des « surprises » et des « imperfections » : une rayure sur un négatif, une trace au milieu d’un visage deviennent des raisons d’intégrer une image. Elle évoque une référence à Magritte et au surréalisme, distingue ses périodes de mise en scène — notamment une année passée à Toulouse après le Covid — de son travail « sur le vif » et de la street photography, et raconte son goût grandissant pour les paysages de montagne. Côté matériel, elle alterne argentique, numérique et Polaroid, expérimente des pellicules comme la Lomochrome Purple et prolonge ses Polaroid « loupés » en agrandissements abstraits.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Exposition « Spectres » — la série d’Alyssa Tourte présentée à la Galerie du Bar à Photo (10 avril au 3 mai 2024).
- École BLOO — école de photographie de Lyon où l’artiste s’est formée.
- John Coplans — photographe britannique connu pour ses autoportraits de corps en noir et blanc.
- Valérie Belin — photographe française, citée pour ses séries sur le corps (bodybuilders) et ses images de fleurs.
- Ren Hang — photographe chinois au travail érotique sur le corps.
- René Magritte — peintre surréaliste, évoqué à propos du voile et du dévoilement.
- Lomochrome Purple — pellicule à l’émulsion virant au violet, dont l’artiste aime les rendus surprenants.
- Canon AE-1 et Olympus — appareils argentiques évoqués par la photographe.
Au fil de l’épisode
- Les débuts au collège, les premiers autoportraits et l’appareil compact.
- Le parcours : bac littéraire, histoire de l’art, puis l’école BLOO à Lyon.
- Le choix de garder la photographie comme passion, loin de la commande.
- La genèse de « Spectres » : une série improvisée, sans chronologie ni légende.
- Le sens du titre : entre romantisme et spectre de la lumière.
- Le mélange du noir et blanc et de la couleur, « de l’ombre à la lumière ».
- Le rapport au corps, aux corps voilés et à l’identité de genre.
- Le goût de l’argentique, des imperfections et du hasard.
- Mise en scène et prise sur le vif : l’année à Toulouse, la street photography.
- La place de la nature et des paysages de montagne.
- Le matériel : argentique, numérique, Polaroid et pellicules expérimentales.
- Les inspirations : John Coplans, Valérie Belin, Ren Hang.
- Les projets à venir, après un voyage au Vietnam et en Inde.
FAQ
Qui est Alyssa Tourte ?
Alyssa Tourte est une photographe française formée à l’école de photographie BLOO, à Lyon. Elle a d’abord suivi un cursus en histoire de l’art avant de se consacrer à une pratique artistique et personnelle de la photographie, qu’elle mène en toute liberté, à l’écart de la commande. Elle travaille surtout à l’argentique, au numérique et au Polaroid.
Qu’est-ce que l’exposition « Spectres » d’Alyssa Tourte ?
« Spectres » est une série photographique d’Alyssa Tourte, présentée à la Galerie du Bar à Photo du 10 avril au 3 mai 2024. Construite à partir d’images anciennes et récentes, sans légende ni chronologie, elle mêle noir et blanc et couleur pour composer une « fresque » autour du corps, de l’identité et du passage de l’ombre à la lumière.
Pourquoi Alyssa Tourte mêle-t-elle le noir et blanc et la couleur ?
Selon elle, le choix ne suit pas une règle mais une intention : conduire le regard « de l’ombre à la lumière » plutôt que du noir et blanc vers la couleur. Le noir et blanc s’impose souvent pour les corps, qu’il rend plus intemporels, tandis que la couleur intervient là où elle « s’imposait », comme pour un body painting.
Pourquoi Alyssa Tourte privilégie-t-elle la photographie argentique ?
La photographe dit aimer, dans l’argentique, les « surprises » et les « imperfections ». Une rayure sur un négatif ou une trace sur un visage peuvent devenir la raison d’intégrer une image à sa série. Elle apprécie aussi d’expérimenter avec des pellicules particulières, comme la Lomochrome Purple, et prolonge parfois ses Polaroid « loupés » en agrandissements abstraits.
Quels photographes inspirent Alyssa Tourte ?
Elle cite notamment John Coplans, photographe britannique connu pour ses autoportraits de corps en noir et blanc, et Valérie Belin, photographe française qui a travaillé sur le corps et les natures mortes. Elle mentionne aussi le photographe chinois Ren Hang. Ses inspirations, dit-elle, viennent davantage de la photographie que de la peinture.
