Une institution pour le dialogue
Anne Eastwood raconte la genèse du Haut-Commissariat à la protection des Droits, des libertés et à la Médiation, une institution qu’elle a non seulement dirigée pendant huit ans, mais dont elle a aussi contribué à penser la création. Affectée auprès du ministre d’État à son retour de congé parental, elle est chargée de réfléchir à la transposition de ce type d’organe dans le cadre institutionnel monégasque. Le défi était de taille : créer une entité véritablement indépendante, capable de fonctionner comme un « trait d’union » entre l’administration et les administrés, sans parti pris. L’objectif était de permettre aux citoyens de comprendre les décisions, de disposer d’un recours gracieux et de pacifier les rapports. « Il manquait ce trait d’union, cet espace de dialogue », explique-t-elle.
Animée par la volonté de prouver l’utilité de cette nouvelle institution, notamment face au scepticisme de certains observateurs comme l’avocat Jean-Pierre Licari, elle s’est attachée à asseoir sa crédibilité à Monaco comme à l’international, où le Haut-Commissariat est devenu un interlocuteur de référence pour le suivi des conventions sur les droits de l’homme.
La diplomatie, un autre visage de la médiation
Sa nomination comme Ambassadeur de Monaco en Italie, mais aussi en Slovénie, à Malte, à Saint-Marin, en Roumanie et en Croatie, s’inscrit dans une forme de continuité. « C’est aussi la diplomatie, une autre façon de faire de la médiation », confie-t-elle. Loin des clichés, elle décrit un poste exigeant qui nécessite de garder un lien étroit et constant avec la Principauté pour bien la représenter. Être ambassadeur, c’est être « Monaco à l’étranger », la voix du Prince Souverain, et cela implique de connaître parfaitement les atouts, les fonctionnements et les problématiques du pays. Elle insiste sur l’importance des retours réguliers pour « conserver le pouls du pays », cette matière vivante essentielle pour incarner sa fonction le plus justement possible.
Anne Eastwood évoque également les défis de sa prise de fonction : s’adapter à un nouveau pays, prendre la tête d’une équipe, se faire connaître des autorités locales et s’insérer dans un corps diplomatique très dense à Rome. Elle gère à la fois les relations bilatérales et multilatérales, représentant notamment Monaco auprès d’organisations internationales basées en Italie comme la FAO.
Un parcours de défis et de convictions
Le parcours d’Anne Eastwood est marqué par une volonté de se confronter à des univers différents. Formée à HEC, elle se découvre une passion pour le droit et décide de devenir avocate, à Paris, dans des cabinets anglo-saxons. C’est pour « participer à écrire l’histoire » de son pays qu’elle revient à Monaco, rejoignant le Conseil national aux côtés de Stéphane Valéry. Elle y travaille sur des lois majeures, comme celle de 2003 sur l’égalité dans le couple. Elle passera ensuite côté exécutif, comme directrice générale du département des affaires sociales et de la santé, avant de prendre un congé parental de deux ans pour se consacrer à sa fille, une décision qu’elle jugeait essentielle.
Cette soif de découverte et ce goût du service public l’ont guidée à chaque étape. Elle souligne la chance qu’offre Monaco de pouvoir passer du législatif à l’exécutif, puis à une fonction indépendante et enfin à la diplomatie. Une trajectoire riche, nourrie par des valeurs fortes comme la justice, la curiosité et l’indépendance, qu’elle s’efforce aujourd’hui de transmettre à sa fille.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Laurent Anselmi, Jean-Pierre Licari, Giorgia Meloni, Stéphane Valéry, Patrick Bigny, Benoît de Sèvlinge, Maddy (sa fille).
- Institutions : Haut-Commissaire à la protection des Droits, des libertés et à la Médiation, Conseil de l’Europe, Conseil national, Département des affaires sociales et de la santé, HEC, FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), Programme alimentaire mondial, ICROM, Lycée Albert 1er, Lycée Chateaubriand (Rome).
- Lieux : Monaco, Italie, Slovénie, Malte, Saint-Marin, Roumanie, Croatie, Rome, Paris.
Au fil de l’épisode
- La question du titre : ambassadeur ou ambassadrice ?
- La création du Haut-Commissariat à la protection des droits, une institution pour créer un espace de dialogue entre l’administration et les citoyens.
- Le défi de garantir l’indépendance et l’impartialité de cette nouvelle entité.
- L’anecdote sur l’avocat Jean-Pierre Licari, qui qualifiait le projet d’« alibi démocratique », et la motivation d’Anne Eastwood à lui prouver le contraire.
- Le rôle international du Haut-Commissariat comme interlocuteur pour le suivi des conventions sur les droits de l’homme.
- La transition vers la diplomatie, vue comme une autre forme de médiation.
- Le rôle moderne d’un ambassadeur : représenter le Prince, défendre les intérêts monégasques et promouvoir le pays.
- L’importance de conserver un lien fort et régulier avec Monaco pour bien le représenter.
- La gestion d’un vaste réseau consulaire en Italie et de multiples accréditations dans d’autres pays (Slovénie, Malte, etc.).
- Le moment solennel de la remise des lettres de créances.
- Ses origines italiennes et son rapport à la langue.
- La difficulté de faire comprendre les spécificités de Monaco à l’étranger, au-delà des clichés.
- Son parcours avant la fonction publique : des études à HEC puis une carrière d’avocate à Paris.
- Son retour à Monaco pour travailler au Conseil national et contribuer à l’écriture des lois.
- Son passage dans l’exécutif à la tête de la direction générale du département des affaires sociales et de la santé.
- Le choix de prendre un congé parental de deux ans pour se consacrer à sa fille.
- L’installation à Rome avec sa fille et l’adaptation à cette nouvelle vie.
- Les valeurs qu’elle souhaite transmettre : l’ouverture d’esprit, la curiosité, l’indépendance et le goût du travail.
- Son souhait pour l’avenir : que la diplomatie reste une porte ouverte au dialogue pour préserver la paix.
FAQ
Qui est Anne Eastwood ?
Anne Eastwood est une haute fonctionnaire et diplomate monégasque. Après une carrière d’avocate à Paris, elle est revenue à Monaco où elle a travaillé au Conseil national puis au sein du gouvernement. Elle est surtout connue pour avoir créé et dirigé le Haut-Commissariat à la protection des Droits, des libertés et à la Médiation. Depuis la fin de ses deux mandats, elle est Ambassadeur de Monaco en Italie et dans plusieurs autres pays.
Qu’est-ce que le Haut-Commissariat à la protection des droits à Monaco ?
C’est une institution indépendante créée pour servir de médiateur entre l’administration et les citoyens. Comme l’explique Anne Eastwood qui l’a mise en place, son rôle est d’offrir un recours gratuit et impartial aux administrés qui s’estiment traités injustement ou qui ne comprennent pas une décision. L’objectif est de favoriser le dialogue, d’expliquer les fondements des décisions et de pacifier les relations, en agissant comme un « trait d’union ».
Quel a été le parcours d’Anne Eastwood avant de devenir ambassadrice ?
Avant sa carrière diplomatique, Anne Eastwood a eu un parcours varié. Diplômée de HEC, elle a d’abord exercé comme avocate dans des cabinets d’affaires à Paris. Elle est ensuite rentrée à Monaco pour travailler au Conseil national, où elle a contribué à l’élaboration de lois. Elle a également occupé le poste de directrice générale du département des affaires sociales et de la santé, avant de créer et diriger le Haut-Commissariat à la protection des droits.
Pourquoi est-il si important pour un ambassadeur de Monaco de rester connecté au pays ?
Selon Anne Eastwood, un ambassadeur est la voix de son pays et de son chef d’État à l’étranger. Pour représenter Monaco de manière juste et efficace, il est fondamental de « conserver le pouls du pays ». Cela signifie comprendre ses réalités, ses enjeux et ses spécificités, comme sa petite taille et sa communauté nationale minoritaire. Des retours réguliers et un dialogue constant avec les acteurs locaux sont essentiels pour ne pas avoir une vision déconnectée.
