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099- Mon métier sert ma passion, ma passion sert mon métier – Antonin Vincent

Antonin Vincent est photographe de sport automobile, et il a construit sa vie autour de deux passions dévorantes : l'auto et l'image. Chez lui, l'une ne va pas sans l'autre. C'est l'amour de la voiture, né enfant au musée Ferrari de Maranello, qui l'a mené à la photo, simple moyen de partager ce qu'il aimait. Aujourd'hui il couvre les Grands Prix de Formule 1, les 24 Heures du Mans et le Dakar. Dans cet épisode, il raconte comment on transforme une obsession en métier, et pourquoi la meilleure place reste toujours au plus près de la course.

Antonin Vincent, photographe de sport automobile, de la Formule 1 au Dakar

Maranello, ou la naissance d’une double passion

Antonin Vincent n’est pas venu à la voiture par la photo, mais à la photo par la voiture. Enfant, il passe trois ans au Venezuela avec ses parents, une expérience qui l’ouvre au voyage. De retour dans sa région de Pau, il grandit au rythme du Grand Prix de Pau et des courses du circuit de Nogaro, à deux heures de route. Le déclic arrive au collège : lors d’une colonie de vacances en Italie, une journée est prévue au musée Ferrari de Maranello. Le choc est total. « Je ne parle plus que de ça, ça ne s’est jamais arrêté depuis », résume-t-il.

La photographie, elle, arrive comme un outil : figer le mouvement des voitures pour partager sa passion sur les forums et les réseaux. « La photo, au départ, c’était un moyen de partager ce que j’aime », explique-t-il.

Tout donner, avec le sourire, dès le premier jour

Après le lycée, ne sachant pas trop où aller, il choisit un BTS photo dont il retient surtout une solide culture de l’image. Deux stages orientent sa trajectoire : l’un à l’agence DPPI, spécialiste du sport automobile, l’autre au studio parisien Astuce Prod, qui produisait alors les images de Citroën. Le studio lui apprend qu’une seule photo peut occuper une journée entière — et qu’il préfère, lui, le reportage, l’action et le voyage. À 20 ans, l’agence l’envoie pour la première fois à l’étranger, à Macao, en Chine.

Sa recette pour percer tient en une phrase : faire tout ce qu’on lui demande, quelles que soient les conditions, et tout donner. « Si tu ne souris pas, ce n’est pas la peine », dit-il. Jeune, il restait jusqu’au bout des événements amateurs, quitte à photographier le lundi matin le départ des camions. Il met toutefois en garde contre le travail gratuit qui casse le marché : le faire par passion est une chose, brader son travail en est une autre.

Être bien placé en étant mal placé

Sur un week-end de Formule 1, Antonin Vincent livre 800 à 1000 images ; sa propre sélection, la plus travaillée, n’en compte que 40 à 50. Car les journaux publient rarement la photo la plus spectaculaire : ils préfèrent la plus sage, nette et lisible. Pour lui, il faut faire les deux — documenter l’actualité au 1/1000e de seconde, et chercher la belle image, le filé à basse vitesse. Être créatif, dit-il, ce n’est pas être différent des autres : « c’est réussir à penser un peu différemment, mais surtout différemment de soi. » Le filé, justement, est « la base » du métier : facile à assimiler, très difficile à maîtriser, comme le poker.

Il raconte une leçon apprise au Grand Prix de Hongrie 2021. Pour la victoire d’Esteban Ocon, il choisit de rester au premier virage plutôt que d’aller vers l’arrivée, laissant la célébration à un collègue. Ocon, ne connaissant pas la procédure, s’arrête pile devant lui, loin des cinquante photographes massés au parc fermé. Antonin est alors le seul à tenir ces images. « En étant mal placé, tu te retrouves bien placé », sourit-il — avec, admet-il, une part de chance.

Le prix à payer et les moments de magie

Le métier a sa dureté. Son pire souvenir récent : sur la grille de départ des 24 Heures du Mans, alors qu’il suit une célébrité, un agent de sécurité trop zélé lui arrache son badge, le jugeant trop proche. Après visionnage des caméras, on constatera qu’il n’avait rien fait de mal, et un responsable lui rendra vite son accès. « J’occulte pas mal les mauvais moments, et j’en garde des leçons », dit-il. Il rappelle aussi pourquoi les drones sont interdits sur les Grands Prix : en 2009, une petite pièce détachée avait heurté le casque de Felipe Massa et l’avait gravement blessé — « imagine un drone d’un kilo, ça peut être dramatique. »

Reste la magie, celle qu’il poursuit depuis l’enfance : les levers de soleil sur les 12 Heures de Bathurst en Australie ou la course de côte de Pikes Peak, aux États-Unis, la fusion totale entre l’homme et son métier. À 22 ans, il s’est offert une Mazda MX-5, « la meilleure décision de ma vie » ; cette année, il en a loué deux au Japon pour un road trip « comme un pèlerinage », photos prises juste pour le plaisir. « Mon métier sert ma passion, ma passion sert mon métier », conclut-il — sans cacher son envie, désormais, d’aller aussi voir ailleurs.

Antonin Vincent nous recommande…

  • « Car Racing » — collection d’ouvrages d’archives de l’agence DPPI, un volume par année de course, images de sport automobile souvent inédites et retouchées à partir des archives ; le livre qu’il offrirait à un photographe.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Agence DPPI — agence photographique de sport automobile, principal partenaire d’Antonin Vincent
  • Musée Ferrari de Maranello — lieu où est née sa passion pour l’automobile
  • Grand Prix de Pau et circuit de Nogaro — ses premières courses, enfant puis photographe débutant
  • 24 Heures du Mans — course d’endurance qu’il couvre comme photographe
  • Rallye Dakar — qu’il a couvert à trois reprises
  • Alfa Romeo en Formule 1 — écurie pour laquelle il a travaillé quatre ans
  • FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) — l’un de ses clients
  • Astuce Prod — studio parisien où il a réalisé un stage, produisant les images de Citroën
  • Mazda MX-5 — le roadster qu’il possède depuis ses 22 ans
  • Esteban Ocon — sa première victoire au Grand Prix de Hongrie 2021
  • Lewis Hamilton — son septième titre au Grand Prix de Turquie 2020
  • Felipe Massa — blessé en 2009 par une pièce détachée reçue sur son casque
  • Raymond Depardon — photographe cité au fil de l’échange

Au fil de l’épisode

  • Comment la passion de l’automobile, née au musée Ferrari de Maranello, a précédé et déclenché la passion de la photographie
  • L’enfance entre le Venezuela, Pau et les courses du circuit de Nogaro
  • Le BTS photo, puis les stages formateurs à l’agence DPPI et au studio Astuce Prod
  • Le choix du reportage et du voyage plutôt que le studio, et la première mission à l’étranger, à Macao, à 20 ans
  • Sa méthode pour percer : tout accepter, tout donner, garder le sourire — et ne pas brader son travail
  • Pourquoi la photo publiée dans les journaux n’est pas la plus spectaculaire, et l’importance de faire « les deux »
  • La créativité comme art de se surprendre soi-même
  • Le filé, technique de base facile à apprendre mais difficile à maîtriser
  • L’anecdote de la victoire d’Esteban Ocon en Hongrie 2021, saisie en étant « mal placé »
  • Le badge arraché sur la grille des 24 Heures du Mans, et l’art de garder la leçon plutôt que le souvenir
  • Le « petit boulon qui fait de gros dégâts » : l’accident de Felipe Massa en 2009 et l’interdiction des drones
  • Les levers de soleil de Bathurst et de Pikes Peak, moments de magie du métier
  • La Mazda MX-5 et le road trip au Japon, la voiture comme pèlerinage

FAQ

Qui est Antonin Vincent ?

Antonin Vincent est un photographe français de sport automobile, âgé de 27 ans au moment de l’entretien. Originaire de la région de Pau, il vit de la photographie de course et collabore notamment avec l’agence DPPI. Il couvre des épreuves comme la Formule 1, les 24 Heures du Mans et le Dakar.

Comment devient-on photographe de sport automobile ?

Selon Antonin Vincent, il n’existe pas de voie unique. Lui a suivi un BTS photo, puis des stages en agence et en studio. Sa recette : accepter toutes les missions, quelles que soient les conditions, tout donner et rester présent jusqu’au bout des événements, en construisant peu à peu la confiance d’une agence.

Qu’est-ce que le filé en photographie de course ?

Le filé, ou panning, consiste à suivre un sujet en mouvement avec l’appareil à vitesse d’obturation lente, pour rendre le sujet net et l’arrière-plan flou, traduisant la vitesse. Antonin Vincent le décrit comme « la base » du métier : facile à comprendre mais très long à maîtriser, il demande énormément de pratique.

Pourquoi les drones sont-ils interdits sur les Grands Prix de Formule 1 ?

Pour des raisons de sécurité. Antonin Vincent rappelle qu’en 2009, une simple pièce détachée reçue sur le casque avait gravement blessé le pilote Felipe Massa. Un drone d’environ un kilo tombant sur une piste pourrait provoquer un accident dramatique, ce qui explique leur interdiction pendant les Grands Prix.

Quelles courses Antonin Vincent photographie-t-il ?

Il couvre un large éventail d’épreuves de sport automobile : les Grands Prix de Formule 1 à travers le monde, les 24 Heures du Mans, le Rallye Dakar, des courses d’endurance comme les 12 Heures de Bathurst, ou encore la course de côte de Pikes Peak, aux États-Unis.

Pourquoi la photo publiée n’est-elle pas toujours la plus belle ?

Parce que les journaux privilégient la lisibilité. Antonin Vincent explique livrer 800 à 1000 images par week-end de course, dont les plus utilisées sont les plus sages et nettes, tandis que sa sélection personnelle, plus artistique, ne compte que 40 à 50 photos. Il défend l’idée de faire les deux.

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