Un artiste sans vocation
Loin du mythe de l’artiste passionné dès l’enfance, Bruno Nicolini, alias Bénabar, se décrit comme un enfant « effacé », « moyen en tout » et sans véritable vocation. Il raconte comment son parcours s’est construit de manière empirique, sans plan de carrière. S’il commence la trompette très jeune, c’est sans ambition particulière. Son goût pour l’écriture le mène d’abord vers le cinéma et des scénarios, avant qu’une rencontre fortuite avec un ami musicien ne le pousse à écrire des textes de chansons. C’est presque par hasard, pour pallier les manques de son camarade, qu’il se met à composer puis à chanter.
Cette absence de projection et de surinvestissement dans le rôle de chanteur lui a permis, selon lui, d’aborder le métier avec une grande simplicité et une forme de naturel. « Je n’ai jamais joué au chanteur de rock devant mon miroir avec un ballet », confie-t-il.
L’école de la scène
Pour Bénabar, tout a véritablement commencé sur scène. Pas les grandes salles, mais les bistrots et les petits clubs parisiens où il a fait ses armes. Cette confrontation directe avec le public a été une « vraie révélation ». Il y découvre un plaisir inattendu à parler, à interagir, et sent immédiatement une connexion se créer. Cette expérience fondatrice lui a appris le métier de la manière la plus concrète qui soit : une chanson qui ne fonctionne pas, le public le fait sentir instantanément. C’est là qu’il développe son style, mêlant chansons et intermèdes parlés, presque des sketchs, pour faire rire ses propres musiciens.
Il insiste sur l’importance de cette étape pour tout artiste débutant : « Jouer, jouer devant un simple copain, jouer à la cafette […], vraiment de jouer. » C’est ce contact réel qui ancre le travail artistique et évite le piège d’un métier qui peut vite devenir virtuel.
La discipline de l’artisan
Interrogé sur les secrets de sa longévité, Bénabar met en avant non pas le génie, mais le travail. Angoissé et travailleur, il se décrit comme « très laborieux », passant un temps considérable à retravailler ses textes et ses compositions. Cette discipline, il l’a notamment acquise en écrivant pour la série H, une expérience qu’il qualifie d’industrielle où il fallait produire vite et bien, sans état d’âme. « Ta vanne qui marche pas, si ça faisait pas marrer les acteurs, elle dégageait », se souvient-il. Cette habitude de ne pas s’accrocher à une idée qui ne fonctionne pas et d’accepter la critique est devenue une force dans son processus créatif.
Il revendique une hypersincérité dans sa démarche. Chaque chanson, même si elle est ratée, est le reflet exact de ce qu’il a voulu faire, sans calcul ni compromis. C’est cette honnêteté, pense-t-il, qui lui permet de garder la confiance du public et d’assumer ses choix, y compris les échecs.
De la chanson au cinéma
Le parcours de Bénabar ne se limite pas à la musique. Scénariste à ses débuts, il a co-écrit le film « Beaux-parents » avec Hector Cabello Reyes, une idée née d’une de ses propres chansons. Il raconte comment un ami scénariste lui a fait remarquer que l’histoire, trop riche, était plus un pitch de film qu’une simple chanson. Cette porosité entre les disciplines est naturelle pour lui. Devenu également acteur, notamment dans le film « Incognito », il aborde ce métier avec la même lucidité. Conscient de ne pas être un « vrai acteur » comme Jacques Weber, avec qui il a joué au théâtre, il choisit ses rôles avec soin.
Il explique qu’un chanteur, en tant qu’interprète, possède déjà certaines clés du jeu d’acteur. La frontière est ténue, mais il reconnaît ses limites et continue de travailler avec une coach pour progresser, fidèle à son éthique de travailleur acharné.
Bénabar nous recommande…
- « La Comédie humaine » — Honoré de Balzac. Bénabar confie sa passion pour l’œuvre monumentale de Balzac, en particulier pour des romans comme « Les Illusions perdues », et son admiration pour la richesse de cet univers.
Les références de l’épisode
- Personnes : Eric et Ramzy, Hector Cabello Reyes, Marion Richeu, Michel Drucker, Bachung, Henri Salvador, Jacques Weber, Isabelle Nanty, Jocelyne Quivrin, Eric Lavin, Claude Nougaro, Cora Vaucaire, Yves Montand, Michel Delpech, Honoré de Balzac.
- Œuvres : la série « H », le film « Beaux-parents », le film « Incognito », la série « VIP (V-E-2-E-P) », la chanson « Le coq et la pendule », la chanson « Trois petites notes de musique », le cycle romanesque « La Comédie humaine » et le roman « Les Illusions perdues ».
- Événements et émissions : les Victoires de la Musique, The Voice.
Au fil de l’épisode
- Son enfance sans « passion » affichée et sa distance avec la « tyrannie de la passion » actuelle.
- Ses débuts à la trompette et l’influence d’une mère libraire.
- Comment il a commencé à écrire des chansons pour un ami musicien avant de se mettre à chanter lui-même.
- La scène comme une révélation et l’importance des concerts dans les bistrots pour apprendre le métier.
- L’anecdote de son premier contrat, signé seul après que son partenaire de l’époque ne s’est pas présenté au concert décisif.
- Sa vision de la longévité et le conseil visionnaire de Michel Drucker : « T’es pas à la mode, donc tu pourras jamais te démoder ».
- Son éthique de travail : l’angoisse comme moteur et la nécessité d’être « laborieux ».
- Les leçons tirées de son expérience de scénariste pour la série « H » : efficacité et absence d’ego mal placé.
- L’importance du feedback et sa capacité à jeter des couplets entiers sur les conseils de ses collaborateurs.
- Sa manière de gérer la pression et la peur de décevoir le public : une sincérité totale dans sa création.
- Sa routine quotidienne et le rôle de l’écriture pour structurer ses pensées et apaiser ses angoisses.
- Son processus de composition : un flux continu de chansons variées plutôt que des albums thématiques.
- La genèse du film « Beaux-parents », issu d’une de ses chansons.
- Son expérience d’acteur et sa lucidité sur ses propres limites dans ce domaine.
- Le meilleur conseil reçu, une leçon de gestion financière donnée par Henri Salvador.
- Son conseil principal aux jeunes artistes : jouer sur scène, encore et toujours.
- Sa passion pour l’œuvre d’Honoré de Balzac, en particulier « La Comédie humaine ».
FAQ
Qui est Bénabar ?
Bénabar, de son vrai nom Bruno Nicolini, est un auteur, compositeur et interprète français. Connu pour ses chansons qui chroniquent le quotidien avec humour et tendresse, il mène une carrière à succès depuis plus de vingt ans, marquée par la vente de millions d’albums et plusieurs Victoires de la Musique. Également scénariste et acteur, il a notamment écrit pour la série H et joué dans plusieurs films comme « Incognito » et « Beaux-parents ».
Comment Bénabar a-t-il commencé sa carrière ?
Sa carrière a débuté de manière atypique. Il a d’abord travaillé comme scénariste pour la télévision, notamment pour la série H. Parallèlement, il a commencé à écrire des textes pour un ami musicien. C’est en se produisant avec lui dans des bistrots et des petits clubs qu’il a découvert son aisance sur scène. Cette expérience de confrontation directe avec le public a été son principal apprentissage et le véritable point de départ de sa carrière de chanteur.
Quel est le processus créatif de Bénabar pour ses chansons ?
Bénabar se décrit comme un artisan « laborieux ». Son processus n’est pas basé sur des albums thématiques mais sur un flux continu d’écriture. Il cherche constamment des idées et des angles pour raconter des histoires, à la manière d’un scénariste. Très structuré, il accorde une grande importance au feedback de ses collaborateurs et n’hésite pas à retravailler longuement ses textes pour être le plus juste et le plus sincère possible.
Pourquoi Bénabar est-il aussi acteur et scénariste ?
L’écriture a toujours été au cœur de sa démarche. Avant même la chanson, il se destinait au cinéma et a fait ses armes comme scénariste pour la série H. Le passage au cinéma s’est fait naturellement, son film « Beaux-parents » étant même né d’une de ses chansons. Pour lui, être acteur est une autre facette du métier d’interprète, une extension logique de son travail sur scène où il a toujours aimé raconter des histoires et incarner des personnages.
