Un héritage hospitalier
Benoîte de Sevelinges le reconnaît : le monde de la santé est une affaire de famille. Avec trois générations d’infirmières qui l’ont précédée, elle a grandi dans cet univers sans pour autant se destiner à une carrière médicale. Après des études à Sciences Po qui la voyaient plutôt diplomate ou avocate, c’est une rencontre avec Denis Ravera, une figure de Monaco, qui l’oriente vers la direction d’hôpital. S’ensuit une formation de 27 mois, partagée entre les cours à Rennes et des stages marquants, notamment au Burkina Faso et au sein du prestigieux hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, sous l’aile d’une directrice qu’elle qualifie de mentor.
Elle évoque les défis de ses débuts en tant que jeune femme dans un milieu à hautes responsabilités, mais aussi sa vision du management, qu’elle ancre dans l’écoute et la collaboration avec les équipes médicales et soignantes.
Au cœur de la tempête Covid
Nommée en juillet 2018, Benoîte de Sevelinges est rapidement confrontée à une crise sanitaire d’une ampleur inédite. Elle raconte comment, dès début février 2020, le Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG) se préparait activement, sentant que « quelque chose allait arriver ». En déplacement professionnel à Boston lorsque le premier cas est détecté à Monaco, elle rentre aussitôt pour piloter la réponse. Elle décrit la peur initiale des équipes, l’incertitude scientifique et ce sentiment d’attendre un « camion sur l’autoroute » qui allait leur rouler dessus. « La peur s’est évanouie avec la réalité des faits », confie-t-elle.
La gestion de la crise devient alors son quotidien, avec des journées de travail de 18 heures, une pression constante et la nécessité de s’adapter en permanence. Cette période a été, selon elle, un puissant révélateur : « Je suis faite pour ça. »
Leçons et regrets d’une crise
Avec le recul, Benoîte de Sevelinges analyse l’impact de la pandémie. Si elle se félicite de la gestion collective qui a permis à Monaco de maintenir une partie de sa vie économique, elle porte un regret majeur : la décision d’avoir confiné les personnes âgées dans les maisons de retraite. « C’est quelque chose que je porte sur les épaules, je suis très malheureuse d’avoir pris ces décisions », explique-t-elle, estimant qu’elle aurait dû leur laisser le choix. Elle souligne aussi les victimes collatérales de la crise : les patients dont la prise en charge pour d’autres pathologies a été retardée, avec des conséquences parfois graves.
Paradoxalement, cette épreuve a eu des effets positifs sur l’organisation de l’hôpital. Elle a forcé la délégation, cassé les hiérarchies et renforcé l’intelligence collective. Les cadres et les soignants ont gagné en autonomie, une dynamique qu’elle s’efforce de préserver aujourd’hui.
L’hôpital de demain
Au-delà de la crise, Benoîte de Sevelinges se projette sur l’avenir du CHPG et les défis du secteur de la santé. Elle aborde la question des vocations et des conditions de travail, soulignant que Monaco offre un cadre plus attractif que la France. Le projet phare de son mandat reste le nouvel hôpital, un chantier colossal débuté en 2015 dont la première phase sera livrée début 2026. Un outil qu’elle juge « extraordinaire » et indispensable pour la Principauté, malgré un coût très important. « Est-ce que vraiment notre santé a un prix ? », interroge-t-elle.
Elle évoque également le rôle croissant de l’intelligence artificielle pour assister les médecins et leur libérer du temps pour les patients. Enfin, elle insiste sur la nécessité de préserver la « culture de famille hospitalière » qui fait la force du CHPG, même au sein d’une structure en pleine expansion.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Denis Ravera, Anne-Marie Armenteras de Saxé, Grina Spence, Professeur Claessens, Patrick Vigny, Alain Pes.
- Institutions et lieux : Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG), Sciences Po, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Harvard, Centre Rainier III, La Quiétudine, Cap Fleuri, Centre Cardio-Thoracique de Monaco (CCM), Institut Monégasque de Médecine du Sport (IM2S).
- Pays et villes : Monaco, France, Burkina Faso, Paris, Boston.
- Événement : Pandémie de Covid-19.
Au fil de l’épisode
- Son héritage familial : trois générations d’infirmières au CHPG.
- Le choix du titre « directeur » plutôt que « directrice » et la place des femmes dans les postes à responsabilité.
- Son parcours : de Sciences Po à la direction d’hôpital, sur les conseils de Denis Ravera.
- Sa formation de 27 mois, entre Rennes, le Burkina Faso et la Pitié-Salpêtrière à Paris.
- La gestion de la crise Covid dès les premiers signaux en février 2020.
- Le sentiment d’attendre l’impact de la vague pandémique, comparé à un camion sur l’autoroute.
- Son plus grand regret : avoir confiné les personnes âgées dans les maisons de retraite.
- La résilience des seniors monégasques pendant le confinement.
- Son rythme de travail de 18 heures par jour durant la crise.
- Le constat post-crise : « Je suis faite pour ça ».
- L’impact de la pandémie sur les retards de prise en charge des autres pathologies.
- Comment la bonne gestion de l’hôpital a permis à la vie économique de Monaco de continuer.
- Les effets positifs de la crise : autonomisation des équipes et développement de l’intelligence collective.
- Les défis d’être une jeune femme à un poste de direction.
- Sa méthode pour déconnecter et gérer le poids des responsabilités.
- L’état de la profession soignante et les meilleures conditions offertes à Monaco.
- Le projet du nouvel hôpital : un chantier complexe prévu pour s’achever en 2032.
- Le rôle de l’intelligence artificielle comme outil d’aide pour les médecins.
- La volonté de préserver la culture de « famille hospitalière » du CHPG.
FAQ
Qui est Benoîte de Sevelinges ?
Benoîte de Sevelinges est la directrice du Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG) de Monaco depuis juillet 2018. Issue d’une famille comptant trois générations d’infirmières, elle a été orientée vers la direction d’hôpital après des études à Sciences Po. Elle a notamment piloté la réponse de l’établissement à la crise sanitaire du Covid-19, une expérience marquante de son mandat.
Comment le Centre Hospitalier Princesse Grace a-t-il géré la crise du Covid-19 ?
Sous la direction de Benoîte de Sevelinges, l’hôpital de Monaco a adopté une approche très proactive, préparant un plan de crise dès février 2020. La gestion s’est appuyée sur une forte collaboration entre les équipes médicales, soignantes et administratives. Cette organisation a permis de ne pas être submergé, de prendre en charge des patients des communes limitrophes et de contribuer au maintien de l’activité économique en Principauté.
Quel est le principal regret de Benoîte de Sevelinges concernant la gestion de la pandémie ?
Son plus grand regret est d’avoir pris la décision de confiner strictement les personnes âgées dans les maisons de retraite, les privant de la visite de leurs proches. Elle confie que si c’était à refaire, elle leur laisserait le choix, estimant que ce n’était pas à elle de décider pour eux. C’est une décision qu’elle dit porter sur ses épaules et qui l’a rendue très malheureuse.
Quels sont les grands projets pour l’hôpital de Monaco ?
Le projet majeur est la construction du Nouvel Hôpital Princesse Grace, un chantier de grande envergure qui a débuté en 2015. La première phase du nouveau bâtiment doit être livrée début 2026, et la fin complète du projet est prévue pour 2032. Cet investissement vise à doter Monaco d’un outil de santé ultra-performant et moderne, adapté aux évolutions de la médecine.
