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 Rencontre avec Bernard Bertrand

Fils d'agriculteur, Bernard Bertrand a choisi de ne pas suivre la voie de l'agriculture intensive qui se dessinait. Devenu paysan par conviction, il a développé sur une petite ferme de deux hectares un modèle de polyculture-élevage autonome, proche de ce qu'on nomme aujourd'hui la permaculture. Également écrivain, éditeur et conférencier, il partage dans cet épisode sa définition exigeante de la paysannerie, son analyse critique de l'industrialisation agricole et son combat pour la survie des abeilles. Un témoignage engagé pour une relation plus respectueuse et humble avec le vivant.

paysan, écrivain et défenseur des abeilles

Un paysan par conviction

Bernard Bertrand se définit avant tout comme un « fils d’agriculteur redevenu paysan ». Un choix de vie qui n’allait pas de soi, motivé à l’origine par un projet de couple, mais surtout par un rejet profond du modèle agricole dominant. Très jeune, passionné par les oiseaux, il assiste à la destruction des paysages de son enfance en Charente-Maritime, sous les coups du remembrement et de la mécanisation. Cette sensibilité à la nature le détourne de l’agriculture intensive enseignée au lycée agricole, qu’il juge destructrice. Pour lui, le paysan se distingue radicalement de l’exploitant agricole : « C’est quelqu’un qui va apporter une richesse au pays dans lequel il vit. Ce n’est pas quelqu’un qui détruit le pays dans lequel il vit. »

Le paysan entretient le paysage, utilise les ressources locales à bon escient et cherche à transmettre une terre au moins aussi riche que celle qu’il a reçue. L’exploitant, lui, voit la terre comme un simple outil de production à rentabiliser, quitte à l’épuiser.

Le mirage du progrès agricole

Comment la paysannerie a-t-elle cédé le pas à l’agriculture industrielle ? Bernard Bertrand retrace une évolution historique complexe. Le tournant se situe après-guerre, avec le plan Marshall qui facilite l’accès aux tracteurs et installe un rapport de domination sur la nature. Ce basculement est aussi le fruit d’une orientation politique, portée par le syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, alors largement influencé par les grands céréaliers. « L’agriculture française a été orientée par les céréaliers », explique-t-il, au détriment d’une vision plus familiale et diversifiée. Le paysan, devenu agriculteur, s’est retrouvé à travailler plus pour gagner moins, souvent au profit des banques.

Pourtant, un contre-modèle émerge. Lui-même a vécu pendant vingt ans sur une micro-ferme de deux hectares, jugée non viable par l’administration, mais qui lui a permis d’élever ses enfants en autonomie. Aujourd’hui, ces initiatives se multiplient, même si l’accès à la terre reste un obstacle majeur pour les jeunes porteurs de projet.

Au chevet des abeilles

L’apiculture fait partie de la ferme de Bernard Bertrand depuis ses débuts en 1977. Mais l’arrivée du parasite Varroa, qui a décimé les ruches en France, l’a contraint à arrêter pendant près de quinze ans. Cette pause fut l’occasion d’une profonde remise en question. Selon lui, l’apiculture a été la première discipline agricole à s’industrialiser, dès les années 1850, avec l’invention de la ruche à cadres, comme la célèbre ruche Dadant. Conçue par un industriel américain, elle visait à rationaliser et maximiser la production de miel, transformant l’abeille en « usine à produire ».

Cette surexploitation a fragilisé l’espèce, la rendant vulnérable aux maladies et aux changements environnementaux. Pour y remédier, Bernard Bertrand expérimente des habitats plus proches des conditions naturelles de l’abeille, comme les ruches en vannerie ou les ruches-troncs. Le principe de ces « ruches de biodiversité » est simple : ne pas prélever le miel et laisser les abeilles tranquilles, pour leur donner une chance de s’adapter et de retrouver leur vigueur.

Sauver la biodiversité, un maillon à la fois

La disparition des abeilles est un phénomène multifactoriel. Les pesticides, déversés massivement sur les cultures, sont en première ligne. Mais il pointe aussi la chimie utilisée par les apiculteurs eux-mêmes pour lutter contre le Varroa, la destruction des habitats naturels et l’appauvrissement dramatique des ressources alimentaires. « Au moins 5 sources de pollen différentes pour les abeilles par jour, si on veut qu’on ait des abeilles en bonne santé », insiste-t-il. Aujourd’hui, son temps est largement consacré aux conférences pour alerter et transmettre, même s’il aspire à retrouver le contact avec la terre.

À l’échelle de sa vie, il est un témoin direct de l’érosion de la biodiversité, constatant une diminution du chant des oiseaux autour de chez lui, dans les Pyrénées pourtant préservées. Face à ce constat, son message est un appel à la reconnexion : « Il faut qu’ils aillent dans la nature un peu plus souvent. » Car c’est en comprenant les cycles et en acceptant le caractère incontrôlable du vivant que l’on peut espérer retrouver un équilibre.

Les références de l’épisode

  • Le plan Marshall
  • La FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles)
  • Le Crédit Agricole
  • Le Varroa, parasite de l’abeille
  • La ruche Dadant
  • Le festival « Les tambours de Gaïa »
  • L’association Cocopéli
  • La Charente-Maritime
  • Le marais de Rochefort
  • La région Aquitaine
  • Les Pyrénées

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Bernard Bertrand : fils d’agriculteur redevenu paysan.
  • Son choix de la paysannerie, initialement pour suivre sa compagne.
  • Son rejet précoce de l’agriculture intensive, motivé par son amour des oiseaux et la destruction des haies.
  • Sa définition du « paysan » qui enrichit son pays, par opposition à l’« exploitant agricole » qui le détruit.
  • L’histoire de la transition de la paysannerie à l’agriculture industrielle après la Seconde Guerre mondiale.
  • Le rôle du plan Marshall et du syndicat FNSEA, dominé par les céréaliers, dans cette orientation.
  • L’émergence d’un contre-modèle avec les micro-fermes, comme celle qu’il a créée sur deux hectares.
  • La difficulté de l’accès au foncier pour les jeunes qui souhaitent s’installer.
  • Le dialogue quasi inexistant entre les deux modèles d’agriculture.
  • Le rôle des scandales sanitaires et écologiques (vache folle, disparition des abeilles) dans la prise de conscience collective.
  • Son parcours en apiculture, débuté en 1977.
  • L’impact de l’arrivée du parasite Varroa sur ses ruches.
  • Sa critique de l’apiculture moderne, industrialisée bien avant le reste de l’agriculture avec la ruche à cadres.
  • Son expérimentation avec des habitats plus naturels pour les abeilles : ruches en vannerie et ruches-troncs.
  • Le concept de « ruche de biodiversité », où l’on ne prélève pas le miel pour laisser l’abeille s’adapter.
  • Les causes multiples de la disparition des abeilles : pesticides, chimie dans les ruches, perte d’habitat et appauvrissement alimentaire.
  • Son activité actuelle de conférencier et son désir de se recentrer sur le travail de la terre.
  • Son conseil pour les apiculteurs amateurs : viser une apiculture respectueuse plutôt que productiviste.
  • Sa réflexion sur la célèbre phrase attribuée à Einstein concernant la disparition des abeilles.
  • Son constat personnel de l’érosion de la biodiversité, illustré par la diminution du chant des oiseaux.
  • Son message aux citadins : se reconnecter à la nature pour en prendre conscience et changer ses modes de consommation.
  • La peur de l’être humain face au caractère incontrôlable de la nature comme source du désir de la dominer.

FAQ

Qui est Bernard Bertrand ?

Bernard Bertrand est un écrivain, éditeur, conférencier et jardinier français. Fils d’agriculteur, il a fait le choix de devenir paysan en développant une petite ferme en polyculture-élevage basée sur l’autonomie. Il est particulièrement connu pour son engagement en faveur d’une agriculture respectueuse du vivant et pour sa critique du modèle agricole industriel. Il s’investit également dans la défense des abeilles, en promouvant une apiculture non productiviste.

Quelle différence fait-il entre un paysan et un exploitant agricole ?

Selon Bernard Bertrand, la différence est fondamentale. Le paysan entretient une relation d’équilibre avec son environnement : il l’enrichit, préserve le paysage et les ressources, et a pour objectif de transmettre une terre fertile. L’exploitant agricole, en revanche, considère la terre comme un simple outil de production à rentabiliser. Cette logique le pousse à utiliser des méthodes qui peuvent détruire son propre outil de travail, comme les sols et la biodiversité.

Pourquoi l’apiculture moderne est-elle un problème selon lui ?

Bernard Bertrand estime que l’apiculture moderne, née avec l’invention de la ruche à cadres au 19e siècle, a transformé l’abeille en une « usine à produire ». Cette approche productiviste impose un stress constant aux colonies (déplacements, remplacement des reines, traitements chimiques) et les a surexploitées. Cette fragilisation a rendu les abeilles beaucoup plus vulnérables aux maladies, aux parasites comme le Varroa, et aux agressions environnementales comme les pesticides.

Qu’est-ce qu’une ruche de biodiversité ?

Une ruche de biodiversité, ou ruche de conservation, est un habitat conçu pour le bien-être de l’abeille plutôt que pour la production de miel. Bernard Bertrand en fabrique notamment en vannerie ou à partir de troncs d’arbres, pour se rapprocher des conditions naturelles. Le principe est de ne pas prélever le miel et de limiter au maximum les interventions. L’objectif est de laisser les abeilles tranquilles pour leur permettre de s’adapter aux changements et de retrouver leur vitalité naturelle.

Comment agir pour aider les abeilles et la biodiversité selon Bernard Bertrand ?

Pour Bernard Bertrand, l’action commence par une prise de conscience. Il encourage les citoyens, et notamment les urbains, à se reconnecter à la nature pour comprendre son importance. Cette prise de conscience doit ensuite se traduire par des choix de consommation différents, en soutenant les initiatives qui maintiennent les équilibres naturels. Il appelle à une apiculture plus respectueuse, à petite échelle, et à cesser de considérer les abeilles et la nature comme de simples ressources à exploiter.

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