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Bruno Mantovani

Compositeur et chef d'orchestre de renommée internationale, Bruno Mantovani est le Directeur Artistique du Printemps des Arts de Monaco. Au micro de Geneviève Berti, il se livre sur son rapport intime à la musique, qu'il décrit comme une "nécessité vitale". Il dévoile les secrets du processus de création, de l'écoute intérieure qui précède la partition à la collaboration avec les musiciens. L'entretien explore également ses multiples facettes : le pédagogue, l'amateur de gastronomie, et l'artiste qui a trouvé en Principauté une "oasis" de liberté créative, loin des contraintes du système culturel français.

compositeur, chef d'orchestre et directeur artistique du Printemps des Arts

Une nécessité vitale

Pour Bruno Mantovani, la musique n’est pas un simple plaisir ou une profession, mais une composante essentielle de son identité, « comme un bras ou une jambe ». Il décrit le besoin physique de composer, le contact avec le crayon et le papier, comme un acte vital qui le définit. Ce processus créatif commence bien avant la partition : il repose sur une écoute intérieure, une capacité à entendre mentalement tous les instruments d’un orchestre. C’est cette faculté, explique-t-il, qui permettait à un compositeur comme Beethoven de continuer à écrire même après être devenu sourd. Le sens le plus important pour un compositeur, selon lui, n’est pas l’ouïe mais la vue, indispensable pour coucher les notes sur le papier.

« L’écriture, c’est une réduction de la pensée », confie-t-il. Le défi consiste à transmettre suffisamment d’informations aux interprètes pour qu’ils comprennent l’intention, sans pour autant brider leur propre sensibilité.

Le jeu de construction

Directeur artistique du Printemps des Arts, Bruno Mantovani aborde la programmation d’un festival comme une composition. Il met en relation des œuvres, des époques et des disciplines pour créer un ensemble cohérent et stimulant. Il avoue avoir appris à composer en jouant aux Legos, une pratique qu’il poursuit encore aujourd’hui. Cette métaphore illustre sa méthode : partir de petites pièces pour bâtir des édifices complexes où chaque élément est crucial à l’équilibre de l’ensemble. Pour le festival, il conçoit des cycles thématiques sur plusieurs années, comme celui consacré à l’évolution du langage des compositeurs, de leurs premières œuvres à leur maturité.

Cette approche structurée n’exclut pas l’inattendu, mais vise à offrir un cadre rassurant pour explorer des territoires musicaux parfois exigeants, toujours guidé par une quête de plaisir partagé.

L’éloge de l’effort

Ancien directeur du Conservatoire de Paris, Bruno Mantovani porte un regard lucide sur la transmission musicale. Il insiste sur la notion de plaisir, mais un plaisir qui naît du dépassement et de l’effort. La musique, comme le sport de haut niveau, est un art exigeant qui demande un travail régulier et une résistance à l’ingratitude de l’apprentissage. Il observe avec une certaine inquiétude une société où la notion d’effort est devenue « louche », biaisée par l’illusion de la réussite instantanée véhiculée par les télé-crochets ou les réseaux sociaux. Pour lui, l’excellence n’est pas excluante mais admirable, et il milite pour qu’on ait en musique la même admiration pour le travail d’un grand interprète que pour les prouesses d’un athlète.

En tant que chef d’orchestre, il applique cette philosophie en cherchant à donner à chaque musicien les moyens de donner le meilleur de lui-même, favorisant l’encouragement plutôt que la sanction.

Monaco, une oasis créative

Au-delà de ses multiples activités, Bruno Mantovani révèle une autre passion : la gastronomie. Il voit un parallèle direct entre le travail d’un cuisinier, d’un vigneron et le sien : celui de façonner la matière pour en extraire la quintessence. Cette convivialité, il la retrouve au sein du Club des Cent, mais surtout dans son rapport à la Principauté de Monaco. Il décrit un attachement profond, non seulement pour la richesse de l’écosystème culturel, mais aussi pour la liberté qui y est accordée aux artistes. Il oppose le temps long et la vision de la Principauté à un système culturel français qu’il juge focalisé sur l’affichage et les quotas.

« Pour moi, Monaco c’est un refuge », déclare-t-il, une bulle d’oxygène où l’on peut défendre une utopie artistique sans avoir à se justifier en permanence. Un lieu où le « luxe de la pensée » prime sur tout le reste.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Sébastien Salgado, Ludwig van Beethoven, Wolfgang Amadeus Mozart, Edgar Varèse, Pierre Boulez, Robert Schumann, Gustav Mahler, Camille Saint-Saëns, Jean-Philippe Rameau, Jean-Féry Rebel, Laurence Equilbey, Henri Demarquette, Quatuor Modigliani, Usain Bolt, Claudio Abbado, Herbert von Karajan, Alexandre Pouchkine, Antonio Salieri, Pierre Gervasoni, Elon Musk, Jean-Christophe Maillot, Franz Schubert, Yannick Alléno, Giacomo Meyerbeer, Fromental Halévy.
  • Institutions et lieux : Printemps des Arts de Monaco, Direction des Affaires Culturelles de Monaco, Conservatoire de Paris, France Musique, Perpignan, Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Étienne, Le Monde (journal), Club des Cent.
  • Œuvres citées : Le Chant de la Terre (Gustav Mahler), Le Carnaval des Animaux (Camille Saint-Saëns), Amadeus (film de Miloš Forman).
  • Marques et concepts : Lego.

Au fil de l’épisode

  • Le Printemps des Arts, un festival de musique créant des passerelles avec d’autres disciplines comme la photographie ou la gastronomie.
  • La composition musicale comme une nécessité vitale, un besoin presque physique.
  • L’écoute intérieure : comment un compositeur entend un orchestre entier dans sa tête.
  • Le double rôle de compositeur et de chef d’orchestre, et la différence entre diriger ses propres œuvres et celles des autres.
  • La définition de la musique contemporaine et la continuité de l’histoire de la musique.
  • Concevoir la programmation d’un festival comme un jeu de construction, à la manière des Legos.
  • La thématique de l’évolution stylistique des compositeurs, illustrée par la première symphonie de Mozart, écrite à 8 ans.
  • Son rapport au temps et au travail : une aversion pour les vacances et un besoin de remplir chaque instant.
  • Ses débuts musicaux, de la percussion au jazz, et l’importance des infrastructures culturelles locales.
  • Sa vision de l’enseignement musical : l’importance du plaisir né de l’effort et du dépassement.
  • Le management d’un orchestre : encourager le collectif plutôt que de pointer les failles individuelles.
  • La communication non verbale du chef d’orchestre : le geste et le regard comme principaux outils.
  • La réalité économique du métier de musicien et l’impact, parfois démesuré, de la critique.
  • Sa passion pour la gastronomie et le vin, vue comme une autre forme de travail de la matière.
  • Son attachement profond à Monaco, considérée comme un « refuge » et une « oasis » de liberté créative.
  • Comment évaluer la réussite d’un concert : l’émotion palpable du public à la sortie.
  • Ses rituels pour se ressourcer : le travail, et un moment inattendu, celui de faire la vaisselle.
  • Son souhait pour l’avenir : une revalorisation de l’excellence et de l’exigence dans le monde de la culture.

FAQ

Qui est Bruno Mantovani ?

Bruno Mantovani est un compositeur et chef d’orchestre français de renommée internationale. Figure influente de la musique contemporaine, il a dirigé le Conservatoire de Paris et est actuellement le Directeur Artistique du festival le Printemps des Arts de Monaco. Dans l’épisode, il se décrit comme un créateur pour qui la musique est une nécessité vitale, et partage sa vision de la programmation, de la direction d’orchestre et de la transmission.

Comment un compositeur écrit-il de la musique ?

Selon Bruno Mantovani, le processus de composition commence par une « écoute intérieure ». Le compositeur entend mentalement les instruments, les couleurs et les textures sonores avant même d’écrire une seule note. La partition est ensuite une « réduction de la pensée », un code visant à transmettre cette vision à l’interprète. Il insiste sur l’aspect physique de l’écriture, le contact avec le crayon et le papier, qu’il juge essentiel à son processus créatif.

Qu’est-ce que le Printemps des Arts de Monaco ?

Le Printemps des Arts est un festival prestigieux de la Principauté de Monaco, dont Bruno Mantovani est le Directeur Artistique. Historiquement pluridisciplinaire, il est aujourd’hui principalement centré sur la musique, mais son directeur s’attache à créer des passerelles avec d’autres arts comme la photographie, la littérature ou la gastronomie. La programmation est conçue comme un grand cycle cohérent, avec des thématiques qui se déploient parfois sur plusieurs éditions.

Pourquoi Bruno Mantovani est-il si attaché à la Principauté de Monaco ?

Bruno Mantovani considère Monaco comme un « refuge » et une « oasis » pour la création artistique. Il loue la liberté et la confiance accordées aux directeurs d’institutions culturelles, ce qui permet de défendre des projets audacieux. Il oppose cette vision à long terme au système culturel français, qu’il juge trop soumis aux changements politiques et à une logique de quotas. Pour lui, la Principauté est un lieu où le « luxe de la pensée » est encore possible.

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