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Carine Buzaud : former les acteurs de la sécurité maritime pour l’océan Indien #15

Administrateur principal des affaires maritimes, Carine Buzaud a quitté un poste à La Réunion pour Colombo, où elle est directrice des études du Centre régional d'études maritimes, inauguré la veille de cet entretien. Né d'un accord signé le 4 septembre 2024 entre la France et le Sri Lanka, le CREM forme les administrations des États riverains de l'océan Indien à la sécurité maritime, à la sûreté maritime et à la protection de l'environnement marin. Elle raconte le montage du projet, ses années en centre de sauvetage en mer, et pourquoi réunir des agents de plusieurs pays dans la même salle est déjà de la coopération.

Carine Buzaud, former les administrations de l'océan Indien à la sécurité maritime

Du CROSS de La Réunion au bureau de Colombo

Carine Buzaud est administrateur principal des affaires maritimes : elle vient du ministère chargé de la mer et a été formée pendant deux ans, après un bac+5, à l’école des administrateurs des affaires maritimes. Son parcours l’a menée en direction départementale des territoires et de la mer, puis dans les CROSS, les centres opérationnels de surveillance et de sauvetage en mer qui coordonnent les secours sur une zone maritime donnée. Elle y a travaillé sur l’environnement marin, sur les polices en mer et sur la recherche et le sauvetage, et y a occupé un poste de chef de service formation. C’est en poste à La Réunion qu’elle est envoyée à deux reprises au Sri Lanka pour dispenser des formations au sauvetage en mer. L’une de ces missions coïncide avec un déplacement de la DCSD venu examiner sur place la faisabilité d’un centre de formation à la sécurité maritime, entre l’université de défense de Colombo et l’académie navale sri-lankaise. La proposition lui est faite directement, raconte-t-elle : « On est en train de monter ce projet-là à Sri Lanka. Si jamais ça se faisait, on aurait besoin d’un coopérant sur place. Est-ce que ça pourrait t’intéresser ? » Elle dit avoir été « pile dans la cible » : intérêt pour la sécurité et la sûreté maritimes, goût de la formation, attachement à l’océan Indien.

De ses années en centre de sauvetage, elle retient un métier de gestion de crise permanente, où l’on doit traiter la détresse d’autrui sans se laisser embarquer par son stress. Une opération l’a durablement marquée : la collision, au nord du Cap Corse, entre le roulier tunisien Ulysse et le porte-conteneurs CSL Virginia, à l’origine d’une pollution importante. Elle se souvient du coup de fil reçu un dimanche matin, croissant à la main, et de sa première réaction — « C’est une blague ? » —, puis d’un commandant qui répétait à la radio que ce n’était pas lui qui avait heurté l’autre navire, alors que le centre voulait seulement savoir s’il y avait des blessés à bord. L’opération a duré des jours, le temps de désencastrer les deux navires, et a eu des suites juridiques : elle a révélé l’existence d’une zone de haute mer dans ce secteur.

Le CREM, un centre de formation pour tout l’océan Indien

Le Centre régional d’études maritimes (CREM) a été inauguré à Colombo la veille de cet entretien. Il répond, explique Carine Buzaud, aux enjeux maritimes de l’océan Indien : criminalité transnationale, trafics de drogue et de personnes, piraterie — moins présente dans cette partie du bassin qu’à l’ouest — et pêche illicite. Le Sri Lanka a été retenu pour son positionnement sur une route maritime stratégique reliant l’Asie à l’Europe et pour sa centralité dans le bassin est, où la France, à la différence du bassin ouest avec La Réunion et Mayotte, ne dispose d’aucun territoire. Né d’une réflexion de la DCSD engagée au cours de l’année 2023 et précédé d’actions de formation proposées aux Sri Lankais, le projet a abouti à un accord signé le 4 septembre 2024 entre la France et le Sri Lanka. Le centre est sri-lankais : organiquement rattaché à l’université de défense de Colombo, il est dirigé par un directeur sri-lankais, épaulé par deux directeurs des études, l’un sri-lankais, l’autre français — Carine Buzaud elle-même. Son objectif est le développement des compétences en sécurité maritime, en sûreté maritime et en environnement marin, avec des thématiques plus transverses comme la gestion de crise ou l’apport des outils satellitaires et de l’intelligence artificielle. Le public visé n’est ni les marins de la marine marchande ni les étudiants, mais les agents civils et militaires des administrations des États de l’océan Indien, justice comprise, parce que les poursuites judiciaires font partie de la chaîne ; un second cercle, à sensibiliser plutôt qu’à former, réunit élus, sphère publique et acteurs privés.

La première année, le centre n’accueille que des participants sri-lankais : une approche « du petit pas », avec des modules courts d’une à deux semaines, théoriques ou de terrain — la lutte antipollution en mer et à terre, par exemple —, testés auprès d’un public pilote avant l’ouverture aux autres États riverains à partir de 2026. Carine Buzaud défend une conviction tirée de son expérience à La Réunion, où elle a formé des partenaires malgaches, comoriens et seychellois : « Quand on met les gens dans la même pièce et qu’ils se parlent entre eux, c’est déjà le début de la coopération. » Les supports, guides et procédures partagés avec les stagiaires doivent produire, à terme, une forme de standardisation des pratiques. Elle insiste enfin sur deux partis pris : le CREM ne vient pas concurrencer les programmes de formation déjà présents dans la zone mais combler les thématiques les moins traitées, et c’est le premier centre soutenu par la DCSD entièrement anglophone. À moyen terme, un cursus plus académique, éventuellement diplômant, viendrait compléter les stages courts.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Le Centre régional d’études maritimes (CREM), à Colombo, inauguré la veille de l’enregistrement
  • La Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), à l’origine du projet
  • L’université de défense de Colombo, à laquelle le CREM est organiquement rattaché
  • L’accord entre la France et le Sri Lanka, signé le 4 septembre 2024, qui établit le centre
  • Les CROSS, centres opérationnels de surveillance et de sauvetage en mer, dont le CROSS Méditerranée et celui de La Réunion
  • L’Ulysse, roulier tunisien, et le CSL Virginia, porte-conteneurs, entrés en collision au nord du Cap Corse
  • La Marine nationale, avec laquelle les affaires maritimes sont amenées à travailler
  • Les projets de développement de l’économie bleue du Sri Lanka, que l’invitée dit étudier depuis son arrivée

Au fil de l’épisode

  • 00:01:04 — Direction Colombo, capitale du Sri Lanka, à 8 500 kilomètres de Paris
  • 00:01:56 — Le parcours de Carine Buzaud, de l’école des administrateurs des affaires maritimes aux CROSS
  • 00:02:23 — Deux missions de formation au sauvetage en mer au Sri Lanka, depuis son poste à La Réunion
  • 00:03:37 — Comment la proposition de devenir coopérante lui est faite
  • 00:05:24 — Les postes marquants : environnement marin, polices en mer, recherche et sauvetage
  • 00:07:05 — La collision entre l’Ulysse et le CSL Virginia au nord du Cap Corse, et ses suites
  • 00:09:32 — Les enjeux maritimes de l’océan Indien et le choix du Sri Lanka
  • 00:12:01 — Les étapes du projet, jusqu’à l’accord du 4 septembre 2024
  • 00:14:04 — L’organigramme du centre : un directeur sri-lankais, deux directeurs des études
  • 00:14:32 — Les objectifs du CREM et les publics visés
  • 00:17:13 — Stages pratiques, stages théoriques : les formats de formation
  • 00:20:27 — Une première année réservée aux Sri Lankais, une ouverture régionale en 2026
  • 00:21:25 — Pourquoi réunir des agents de plusieurs pays produit déjà de la coopération
  • 00:23:16 — L’inscription du centre dans la stratégie française et son approche multilatérale
  • 00:25:45 — Partenariats locaux, formateurs sri-lankais et manifestations d’intérêt internationales
  • 00:28:10 — Les perspectives : démarchage des États voisins et cursus diplômant
  • 00:29:32 — Le CREM en deux phrases, et le choix de l’anglais
  • 00:30:34 — La vie de coopérante au Sri Lanka
  • 00:34:16 — « Est-ce que vous êtes une coopérante heureuse ? »

FAQ

Qu’est-ce que le CREM, le Centre régional d’études maritimes ?

Le CREM est un centre de formation installé à Colombo, au Sri Lanka, créé par un accord signé le 4 septembre 2024 entre la France et le Sri Lanka. Il forme les administrations des États de l’océan Indien à la sécurité maritime, à la sûreté maritime et à la protection de l’environnement marin, et vise à promouvoir la coopération régionale et le partage des bonnes pratiques.

Qui est Carine Buzaud ?

Carine Buzaud est administrateur principal des affaires maritimes, issue du ministère chargé de la mer. Elle a servi en direction départementale des territoires et de la mer puis dans les centres opérationnels de surveillance et de sauvetage en mer, notamment en Méditerranée et à La Réunion. Elle est aujourd’hui directrice des études française du Centre régional d’études maritimes, à Colombo.

Pourquoi le Sri Lanka a-t-il été choisi pour accueillir ce centre ?

Le Sri Lanka se trouve sur une route maritime stratégique reliant l’Asie à l’Europe, ce qui en fait un acteur incontournable de la zone. Sa position est également centrale dans le bassin est de l’océan Indien, où la France ne dispose d’aucun territoire, à la différence du bassin ouest avec La Réunion et Mayotte.

À qui s’adressent les formations du CREM ?

Le public prioritaire réunit les agents civils et militaires des administrations des États de l’océan Indien, y compris la justice, chargée de faire appliquer la réglementation et d’engager les poursuites. Un second public, plutôt sensibilisé que formé, rassemble les autorités politiques, les élus locaux, la sphère publique élargie et certains acteurs privés.

Quels enjeux maritimes concernent l’océan Indien ?

Carine Buzaud cite la criminalité transnationale sous ses différentes formes, les trafics de drogue et de personnes, la piraterie — davantage présente dans l’ouest du bassin — et la pêche illicite. Ces enjeux sont largement communs aux États riverains, ce qui justifie une montée en compétence collective sur la surveillance et le contrôle des espaces maritimes.

Qu’est-ce qu’un CROSS ?

Les CROSS sont les centres opérationnels de surveillance et de sauvetage en mer. Ils coordonnent les opérations de recherche et de sauvetage sur une zone maritime donnée et traitent aussi la surveillance de la navigation et les pollutions. Carine Buzaud y a exercé, notamment en Méditerranée et à La Réunion, où elle a également dirigé un service formation.

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