Le poids de l’héritage
Caroline Poissonnier raconte ses débuts au sein de l’entreprise fondée par son grand-père, le Groupe Baudelet. Aînée de la famille, elle a longtemps été guidée par un besoin de reconnaissance et le « syndrome de la bonne élève », cherchant à prouver sa légitimité. Elle rejoint l’entreprise en même temps que son frère, Jean-Baptiste, pour gravir les échelons. Elle explique que cet héritage familial, s’il est une chance, représente aussi un poids considérable, nourri par la pression sociale d’une petite ville de province où sa famille est très connue.
« Plus je travaillais, plus je réussissais, plus j’avais des signes extérieurs de reconnaissance. C’est presque devenu une drogue. »
La perte de la joie
Pendant des années, elle trouve un équilibre avec son frère en co-direction : lui gère l’opérationnel au quotidien, elle s’occupe de la stratégie, de la vision et de la communication. Mais cette répartition des rôles finit par créer un désalignement. Alors qu’elle donne une envergure nationale au groupe par ses prises de parole, son frère souhaite conserver une dimension régionale et familiale. Il lui demande de revenir à des tâches plus opérationnelles, ce qui l’enthousiasme peu. C’est le début d’une lente descente.
« Progressivement, j’ai perdu la joie et j’ai perdu le sens de mon action. Je me suis éteinte tout doucement. »
L’accident comme électrochoc
Cette perte de sens au travail contamine sa vie personnelle. Elle devient plus irritable, son mariage bat de l’aile et finit en divorce. Elle entre dans une spirale négative, jusqu’au jour où elle perd le contrôle de sa voiture sur l’autoroute, avec ses enfants à bord. Miraculeusement, tout le monde est indemne. Cet événement agit comme un révélateur brutal. À 35 ans, elle prend conscience qu’elle n’aime plus sa vie et qu’elle ne peut pas continuer ainsi. Elle décide alors d’entamer une thérapie et annonce à sa famille son intention de quitter l’entreprise.
« Le mot qui m’est sorti dans la tête c’est la chance, la chance, la chance. Cette prise de conscience de dire, putain, j’ai 35 ans, en fait je n’aime plus ma vie et si elle s’arrêtait aujourd’hui, non, elle ne peut pas s’arrêter comme ça. »
Se réinventer pour se retrouver
S’ensuit un long processus de quatre ans, durant lequel elle se fait accompagner par des psychologues et des coachs pour comprendre ce qui l’anime vraiment. En parallèle, la famille travaille avec des médiateurs pour réinventer le projet d’entreprise. Cette démarche aboutit à une diversification du groupe, qui passe de deux à quatre branches d’activité. Caroline Poissonnier crée notamment une branche dédiée au bien-être, axée sur l’équilibre et le plaisir au travail comme leviers de performance.
« On a décidé de réinventer, de diversifier le groupe Baudelet, de changer de nom. On a créé cette branche bien-être, sur comment est-ce qu’on remet le plaisir au centre de la performance. »
Apprendre à s’écouter
Caroline Poissonnier détaille les signaux faibles qui annoncent un burn-out : les insomnies récurrentes, l’irritabilité, la perte de patience, le brouillard mental. Selon elle, beaucoup de personnes ambitieuses s’épuisent parce qu’elles ignorent ces alertes, prisonnières d’une culture du « surhomme » où la fatigue est perçue comme une faiblesse. La société moderne, avec son hyperconnexion et sa surcharge informationnelle, ne laisse plus de place à la déconnexion, créant un sentiment de culpabilité à l’idée de ne rien faire.
« On s’épuise parce qu’on ne s’écoute pas, on ne s’arrête jamais. »
Oser demander de l’aide
Pour sortir de cette spirale, la première étape, et la plus cruciale, est de lever la main et d’accepter de se faire aider par un professionnel neutre, comme un psychologue ou un coach. Elle raconte avoir elle-même dû surmonter la honte et le tabou associés à la santé mentale, particulièrement forts dans le monde de l’entreprise. Elle explique la différence entre le psychologue, qui l’a aidée sur des sujets personnels comme son divorce et sa culpabilité, et le coach, qui l’a accompagnée pour définir sa mission de vie professionnelle.
« Accepter de se faire aider, c’est vraiment un premier pas. »
Prendre soin de soi pour durer
Le deuxième conseil de Caroline Poissonnier est de s’accorder du temps pour soi, un temps « inutile » qui permet de se recharger. Il ne s’agit pas d’une pause contrainte, mais d’un moment choisi pour une activité qui procure du plaisir. Elle insiste sur le fait que ce n’est pas de l’égoïsme, mais une nécessité pour rester disponible et performant pour les autres sur le long terme. C’est une responsabilité, notamment pour un dirigeant, de maintenir son niveau d’énergie pour pouvoir inspirer et soutenir ses équipes.
« C’est de notre responsabilité de rester en énergie haute, parce que quand tu restes en énergie haute, tu peux emmener les autres. »
Caroline Poissonnier nous recommande…
- « L’effet cumulé – Décuplez votre réussite ! » — Darren Hardy, un livre sur le pouvoir des petites habitudes tenues dans la durée pour atteindre ses objectifs.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram de Caroline Poissonnier
- Le profil LinkedIn de Caroline Poissonnier
- Le site officiel de LeaderKiff
- Le compte Instagram de LeaderKiff
- La page LinkedIn de LeaderKiff
Les références de l’épisode
- Groupe Baudelet
- LeaderKiff
- Jean-Baptiste Poissonnier
- Jean Baudelet
- Elon Musk
- Martin Seligman
- Étude Choiseul
- Darren Hardy
- Pierre-Alexis Geoffroy
- Miracle Morning
Au fil de l’épisode
- [01:34] — La Caroline d’avant : le besoin de reconnaissance et le poids de l’héritage familial.
- Le dilemme de rejoindre l’entreprise familiale, le Groupe Baudelet.
- La répartition des rôles avec son frère Jean-Baptiste : lui à l’opérationnel, elle à la stratégie.
- Le désalignement stratégique avec son frère qui la pousse à revenir dans l’opérationnel et à perdre le sens de son action.
- [13:20] — La reconstruction après un accident de voiture, véritable électrochoc qui change sa perspective sur la vie.
- La décision d’annoncer à sa famille son intention de quitter l’entreprise.
- Le processus de quatre ans pour se réinventer et diversifier le groupe.
- [19:17] — Les signaux d’alerte du burn-out : irritabilité, insomnies, perte de joie.
- Pourquoi les personnes ambitieuses s’épuisent : le syndrome de Superman et la culpabilité de ne rien faire.
- [24:02] — L’équilibre n’est pas l’ennemi de l’ambition, mais la condition de sa durabilité.
- Oser demander de l’aide : le premier pas vers la guérison et le rôle crucial d’un psychologue ou d’un coach.
- La différence entre un psychologue (pour le personnel) et un coach (pour le professionnel).
- Se libérer de la culpabilité, notamment celle de la « mauvaise mère ».
- [37:41] — L’importance de prendre du temps pour soi pour se ressourcer.
- Comment intégrer ces moments dans un agenda de dirigeant.
- Le rôle du manager pour accompagner une équipe et créer une culture d’entreprise saine.
- [52:28] — Le crible du Podcast : ses échecs, ses fiertés et ce qui la touche.
- Sa vision de la sieste en entreprise comme outil de productivité.
- [1:01:49] — Le livre qui l’a marquée : « L’effet cumulé » de Darren Hardy et le pouvoir des petits pas.
FAQ
Qui est Caroline Poissonnier ?
Caroline Poissonnier est la directrice générale du Groupe Baudelet, une entreprise familiale du nord de la France. Après avoir vécu une période d’épuisement professionnel, elle a réorienté sa vision du leadership pour allier performance et bien-être. Elle est également l’autrice du livre « LeaderKiff », dans lequel elle partage son expérience et ses conseils pour réconcilier ambition et équilibre.
Qu’est-ce que le Groupe Baudelet ?
Le Groupe Baudelet est une entreprise de taille intermédiaire (ETI) familiale basée dans le nord de la France, qui compte 950 collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros. Historiquement spécialisée dans le traitement et la valorisation des déchets, l’entreprise s’est diversifiée sous l’impulsion de Caroline Poissonnier et de son frère pour inclure des activités liées à l’énergie et au bien-être en entreprise.
Pourquoi Caroline Poissonnier a-t-elle failli faire un burn-out ?
Elle a frôlé le burn-out après avoir perdu la joie et le sens de son travail. Un désaccord stratégique avec son frère l’a contrainte à abandonner les missions qui l’animaient pour revenir à un rôle plus opérationnel. Cette situation, couplée à une forte pression et à un besoin constant de reconnaissance, l’a progressivement vidée de son énergie et a eu des répercussions sur sa vie personnelle.
Quel événement a provoqué sa prise de conscience ?
Sa prise de conscience a été déclenchée par un grave accident de voiture sur l’autoroute, alors qu’elle était avec ses enfants. En sortant indemne de cet événement qui aurait pu être fatal, elle a réalisé qu’elle n’aimait plus sa vie et qu’un changement radical était nécessaire. Cet électrochoc a été le point de départ de sa démarche de reconstruction personnelle et professionnelle.
Quelle est la philosophie de « Leaderkiff » ?
« Leaderkiff » est une philosophie qui défend l’idée qu’il est possible d’être ambitieux, performant et exigeant sans se sacrifier. Elle repose sur la conviction que l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle n’est pas un frein à l’ambition, mais au contraire le moteur qui permet de la faire durer. Il s’agit de remettre la joie et le plaisir au centre de son action pour soi-même et pour ses équipes.
