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Charles Xelot – le nord et le grand froid, l’aventure au travers des plaines & sur les mers de glace

<p>Le photographe Charles Xelot est allé chercher ses images tout au nord, dans l'immensité glacée de l'Arctique russe. Il raconte ces voyages au long cours le long de la route maritime du Nord, entre brise-glaces nucléaires, grands froids et rencontres avec les éleveurs de rennes.</p><p>Au-delà de l'aventure, il évoque la solitude créative de ces espaces blancs et ce qu'elle fait au regard. Un épisode qui donne envie de partir, mais aussi de comprendre comment ces plaines et ces mers de glace nourrissent une œuvre photographique.</p>

Charles Xelot : photographier les grands espaces arctiques et la route maritime du Nord

Comment fait-on de la photographie de l’Arctique russe sa pratique de toute une vie ? Charles Xelot revient sur quinze ans passés à photographier le grand froid, des éleveurs de rennes aux brise-glaces nucléaires. Il y raconte sa quête de solitude créative, son rapport aux gens qu’il croise et les questions que posent ces paysages.

Charles Xelot : photographier les grands espaces arctiques et la route maritime du Nord

Le photographe Charles Xelot a longtemps vu dans la photographie « une excuse pour voyager », un moyen d’atteindre des lieux où il ne serait jamais allé en simple touriste. Nourri par l’imaginaire des grands reportages de National Geographic — qui a d’ailleurs publié sur son site son travail sur une usine à gaz du Grand Nord —, il rêvait de tribus reculées et de territoires extrêmes. Avec le recul, il constate dans ce dialogue avoir réalisé presque exactement ce qu’il projetait quinze ans plus tôt : photographier des coins incroyables, essentiellement en Russie, l’un des rares pays selon lui à offrir des espaces aussi vastes et inhabités.

Son attirance n’est pas tant celle du Nord que celle du froid, née d’une année passée en Finlande à huit ans, puis d’une vie d’alpinisme et de ski dans les Alpes. Il voyage dans ces régions arctiques depuis 2010 environ.

L’esthétique du vide et la solitude créative

Xelot revendique une esthétique minimaliste : la toundra et ses immenses étendues blanches forment pour lui « une grande scène de théâtre vide » où jouer avec la lumière et la couleur, parsemée de villages, d’installations ou d’industries. Cette pratique exige la solitude. Incapable de photographier en ville ou dans la foule — il se dit inapte à la street photo, le cerveau « comme un écran qui grésille » —, il a besoin d’espace et de temps pour atteindre un état de tranquillité intérieure. Il évoque un souvenir marquant : seul à deux heures du matin par moins 35 degrés en Iakoutie, à 150 kilomètres du premier village, éclairant des rochers sous les étoiles et les aurores boréales, pendant que dormaient les neuf autres photographes de l’expédition. Une solitude qu’il qualifie de presque physique, sans aller jusqu’au mot « spirituel », mais qu’il reconnaît profondément méditative.

Refuser la glorification de l’aventurier

Fait notable pour un photographe d’aventure : Xelot refuse de mettre en scène ses propres exploits. Pas de chaîne YouTube, pas de récit de tempêtes, aucune valorisation de l’engagement physique, logistique et temporel pourtant considérable de ses images. Il dit assumer que c’est « une erreur d’un point de vue marketing », mais rejette « la glorification du personnage » à la mode. Son seul objectif quand quelqu’un regarde une de ses photos : déclencher quelque chose — une émotion, une réflexion, un questionnement. Il se définit comme un artiste qui pose des questions plutôt qu’il n’apporte de réponses, convaincu qu’une image purement émotionnelle est « vide » et qu’une image purement intellectuelle est « pédante ».

Ces questions, il les formule surtout face aux scènes industrielles : un brise-glace nucléaire ou une usine à gaz posés dans un paysage blanc immaculé qu’on associe encore à l’idée de pureté naturelle. La fascination pour la puissance technique de l’homme, la peur qu’elle engendre, les responsabilités qui en découlent — autant de grandes interrogations sur notre civilisation qu’il préfère laisser ouvertes, chacun étant libre de se forger son idée.

Le rapport humain comme condition de la photo

Quand il photographie des gens, Xelot a besoin d’un vrai contact. Il passe une semaine entière avec une famille d’éleveurs de rennes, plusieurs semaines avec des chasseurs de baleines ou des équipages de navires : seul ce temps long fait tomber la barrière et permet la photographie dans l’intimité. Il observe que ces personnes, qui ne sont jamais photographiées et que personne ne remarque, sont heureuses qu’on s’intéresse vraiment à elles. Sur les bateaux, où les équipages mènent une vie monotone à « remplir des papiers », il apporte une forme de divertissement en sortant son matériel de studio — flashs, parapluies — pour réaliser des portraits dans les cabines.

C’est là qu’il défend le numérique dans sa pratique du portrait : montrer immédiatement la photo sur l’écran de l’appareil détend des sujets non-modèles, d’abord tendus, qui se découvrent soudain « couverture de magazine » sous une belle lumière de flash et un clair-obscur un peu hollywoodien. Il leur envoie ensuite cinq ou six clichés qu’ils utilisent fièrement sur WhatsApp ou Facebook. Conscient qu’il gagne sa vie avec ces images sans rémunérer ses modèles, il insiste sur l’équité du moment partagé : le rapport humain, ici, n’est pas annexe mais primordial.

La route maritime arctique, projet d’une année

Xelot venait, au moment de l’enregistrement, d’achever son grand projet sur la route maritime arctique russe, qui longe la côte de la Scandinavie jusqu’au détroit de Béring. Pendant près d’un an, et uniquement en hiver — car il faut de la glace —, il a embarqué sur quatre navires (brise-glace nucléaire, pétrolier, tanker de gaz, cargo) et photographié dans environ six ports. Le projet doit donner naissance à un livre, conçu avec un designer et envoyé au festival d’Arles, ainsi qu’à des expositions, dont une envisagée à Genève, avec des idées de mise en forme conceptuelle plutôt qu’un simple alignement de photos. Il reconnaît que parler de la Russie en pleine guerre en Ukraine n’est pas le moment idéal, mais se dit patient. Pour saisir l’engagement et les anecdotes derrière ces images, l’écoute du dialogue complet en dit bien plus que les seules photographies.

Foire aux questions

Où Charles Xelot réalise-t-il ses photographies ?

Charles Xelot photographie essentiellement en Russie, dans les régions arctiques du Grand Nord. Il y voit l’un des rares pays offrant des espaces vastes et inhabités, comme la toundra de Iakoutie. Il voyage dans ces contrées froides depuis environ 2010, attiré non par le Nord en soi mais par le froid.

Quel est le projet de Charles Xelot sur la route maritime arctique ?

La route maritime arctique est un projet d’environ un an que Charles Xelot a consacré à la route qui longe la côte russe de la Scandinavie au détroit de Béring. Il a embarqué sur quatre navires — brise-glace nucléaire, pétrolier, tanker de gaz et cargo — et photographié dans environ six ports, uniquement en hiver pour bénéficier de la glace.

Pourquoi Charles Xelot ne filme-t-il pas ses aventures comme un youtubeur ?

Charles Xelot refuse volontairement de mettre en scène ses expéditions parce qu’il rejette « la glorification du personnage » à la mode. Il ne montre que les photos, sans valoriser l’engagement physique et logistique derrière elles, estimant que ce n’est pas le côté important — quitte à concéder que c’est une erreur d’un point de vue marketing.

Pourquoi Charles Xelot préfère-t-il photographier dans la solitude ?

Charles Xelot a besoin de solitude et d’espace pour atteindre un état de tranquillité intérieure propice à la création. Il se dit incapable de photographier en ville ou dans la foule, son cerveau étant alors « comme un écran qui grésille ». Cette solitude, dans les espaces vides de l’Arctique, devient pour lui profondément méditative.

Quel rôle joue le matériel numérique dans ses portraits ?

Le numérique est essentiel à la pratique du portrait de Charles Xelot car il photographie des personnes qui ne sont jamais modèles et d’abord tendues. Leur montrer immédiatement le résultat sur l’écran de l’appareil, avec une belle lumière de flash et un effet clair-obscur, les détend et les rend heureuses de leurs images, qu’il leur envoie ensuite.

Que cherche Charles Xelot à transmettre à travers ses images industrielles dans l’Arctique ?

Charles Xelot cherche à déclencher un questionnement plutôt qu’à imposer une réponse. En montrant un brise-glace nucléaire ou une usine à gaz dans un paysage blanc associé à la pureté naturelle, il interroge notre fascination pour la puissance technique humaine, la peur qu’elle suscite et notre rapport à la planète, laissant chacun libre de se forger son idée.

Les chiffres de l’épisode

  • 2010 : année à partir de laquelle Charles Xelot voyage dans les régions arctiques.
  • Moins 35 °C : température lors de sa séance de nuit en Iakoutie.
  • 150 km : distance au village le plus proche lors de cette expédition d’une dizaine de photographes.
  • 1 an environ : durée du projet sur la route maritime arctique.
  • 4 navires et 6 ports couverts pour ce projet.
  • 8 ans : âge auquel il a passé une année en Finlande, à l’origine de son attrait pour le froid.

Références

  • Charles Xelot
  • National Geographic
  • Finlande
  • Russie
  • Iakoutie
  • Détroit de Béring
  • Arles
  • Genève

Les liens de l’épisode

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