De Brive-la-Gaillarde à Libreville, le parcours d’une commissaire
Charline Schmitt a intégré le commissariat de l’armée de terre en 2007 et est sortie de scolarité en 2009. Elle raconte un parcours entièrement tourné vers le soutien des forces : deux ans au 126e régiment d’infanterie de Brive-la-Gaillarde, puis le groupement de soutien de la base de défense de Mourmelon au moment de la création de ces groupements, un premier séjour en Guyane à la direction du commissariat d’outre-mer comme chef du bureau des marchés, le groupement de soutien de la base de défense de Rennes comme chef du service achats-finances, et enfin une expérience d’état-major à l’Inspection des armées, à la division audit. « Petite précision, la Guyane c’est la France », corrige-t-elle : le Gabon, où elle arrive à l’été 2022, est son premier véritable séjour à l’étranger.
Elle y débarque avec une inquiétude précise : être la seule femme d’un réseau de coopérants qui n’en comptait alors aucune. Le 17 août, fête de l’indépendance gabonaise, elle représente l’attaché de défense en tribune officielle et voit défiler environ 6 000 militaires, dont des carrés entiers de féminines. « Je serai peut-être la seule blonde de l’armée gabonaise, mais je ne serai pas la seule femme. »
Une école née de couloirs vides
L’École d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL) est une école nationale à vocation régionale, une ENVR : une école implantée dans un pays partenaire, sous l’égide de la Direction de la coopération de sécurité et de défense, qui accueille sur concours des stagiaires venus de plusieurs nations. C’est la troisième du Gabon, aux côtés de l’école d’état-major de Libreville et de l’école d’application du service de santé militaire de Libreville, et de loin la plus jeune : un an et demi d’existence au moment de l’entretien. Elle est aussi, précise Charline Schmitt, la seule ENVR du continent africain à dispenser des formations en administration militaire, héritière de l’école d’administration militaire de Koulikoro, fermée en 2019 pour raisons sécuritaires. Sept pays étrangers y sont représentés — Togo, Cameroun, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Bénin, Guinée Conakry et Côte d’Ivoire — auxquels s’ajoute le Gabon. La formation dure seize semaines pour les sous-officiers, neuf mois pour les officiers.
« Quand je suis arrivée, les couloirs de l’école étaient complètement vides, il n’y avait même pas les tables et les chaises pour les cours », se souvient-elle. Elle en parle comme d’un enfant : « C’est un petit peu mon bébé. » La troisième promotion était en cours au moment de l’entretien, et les candidatures affluent assez pour que la sélection devienne exigeante.
« Maman la blanche » et la nuit du 29 août
Le parcours de formation part d’objectifs de niveau, déclinés en volumes horaires par matière. Les enseignants ne sont pas affectés à l’école — à l’exception des informaticiens qui assurent les cours de bureautique : ils sont recrutés parmi les forces de défense gabonaises et les éléments français au Gabon, complétés par des projets de jumelage, notamment avec l’École des commissaires des armées de Salon-de-Provence, et par des missions d’expertise organisées par la DCSD, dont une prochainement sur le contrôle interne. Charline Schmitt marche et chante avec les stagiaires lors de la marche d’intégration qui clôt leur première semaine, aux côtés des anciens de la promotion précédente venus témoigner. « On le sait, dans nos armées, ce qui fonctionne, c’est un chef qui est debout », dit-elle de cette exemplarité revendiquée. Ses élèves l’ont surnommée « Maman la blanche », un surnom qu’elle assume pleinement : « Ce sont mes enfants. » Sa secrétaire a prénommé sa fille Charline — « le plus beau cadeau qu’on a pu me faire ».
La nuit du 29 au 30 août 2023, le lendemain de son anniversaire, elle est réveillée par des coups de feu : c’est le coup d’État gabonais. Sa première pensée va au projet, pas à sa sécurité. Elle regarde ses deux uniformes, le français et le gabonais, sans savoir lequel porter. Dès le lendemain, retour au camp Baraka en uniforme gabonais ; quatre jours plus tard, l’école accueillait une nouvelle promotion.
Pour aller plus loin
- La page Facebook de l’EAFDL
- La page Facebook de la DCSD
- Les actualités de la DCSD sur LinkedIn
- Le commissariat des armées
Les références de l’épisode
- École d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL) — école nationale à vocation régionale placée sous l’égide de la DCSD, dont Charline Schmitt est chef de projet et directrice des études.
- École d’état-major de Libreville et école d’application du service de santé militaire de Libreville — les deux autres ENVR implantées au Gabon.
- École d’administration militaire de Koulikoro — fermée en 2019 pour raisons sécuritaires, l’EAFDL en est l’héritière.
- École des commissaires des armées, à Salon-de-Provence — partenaire d’un projet de jumelage pédagogique.
- 126e régiment d’infanterie, à Brive-la-Gaillarde — sa première affectation, de 2009 à 2011.
- Inspection des armées, division audit — son expérience d’état-major avant le départ au Gabon.
- Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) — la direction du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui produit le podcast et emploie les coopérants.
- Camp Baraka, à Libreville — le camp où est implantée l’école.
- Pierre de Mbigou — pierre gabonaise dans laquelle est sculpté l’insigne de l’école, qu’elle ramènera en France.
Au fil de l’épisode
- 00:03:57 — Présentation et parcours : le commissariat de l’armée de terre, Brive-la-Gaillarde, Mourmelon, la Guyane, Rennes, l’Inspection des armées.
- 00:05:44 — Ce qu’est une école nationale à vocation régionale, et les trois ENVR du Gabon.
- 00:07:32 — La seule ENVR d’Afrique à former à l’administration militaire, héritière de Koulikoro.
- 00:09:04 — Les questions que l’on se pose avant de partir, et celle d’être la seule femme coopérante.
- 00:12:03 — Les attentes des stagiaires : diplôme, savoir-faire, découverte d’un pays.
- 00:15:35 — La marche d’intégration : cohésion, rusticité, repérage des caractères.
- 00:18:26 — « Maman la blanche » : le surnom donné par les élèves.
- 00:21:15 — La petite fille de sa secrétaire prénommée Charline.
- 00:21:35 — Comment se construit le parcours de formation : professeurs recrutés sur place, jumelages, missions d’expertise.
- 00:23:38 — Le succès de l’école et le rôle des réseaux sociaux.
- 00:25:53 — Les perspectives : hébergement, ouverture aux forces de sécurité, échanges avec la France.
- 00:29:20 — Endosser l’uniforme gabonais, cousu sur mesure avec des boutons de l’armée togolaise.
- 00:31:07 — La nuit du coup d’État et le retour au travail le lendemain.
- 00:35:05 — Ce qu’est une coopérante, entre expertise apportée et adaptation au contexte.
- 00:36:36 — Ce qui va lui manquer, et ce qu’elle ramènera du Gabon.
FAQ
Qui est la commissaire Charline Schmitt ?
Charline Schmitt est commissaire-commandant de l’armée française. Entrée au commissariat de l’armée de terre en 2007, elle a servi au 126e régiment d’infanterie, en Guyane, à Rennes et à l’Inspection des armées. De l’été 2022 à l’été 2024, elle a été coopérante au Gabon, chef de projet et directrice des études de l’École d’administration des forces de défense de Libreville.
Qu’est-ce qu’une école nationale à vocation régionale (ENVR) ?
Une ENVR est une école de formation implantée dans un pays partenaire et soutenue par la Direction de la coopération de sécurité et de défense. Sa particularité : elle accueille, sur concours, des stagiaires de plusieurs nationalités réunis autour d’une même formation. Le Gabon en compte trois, dont l’École d’administration des forces de défense de Libreville.
Que fait un commissaire des armées ?
Le commissaire assure le soutien administratif et logistique des forces armées : approvisionnement en matériel, vivres et équipements, transport des troupes, mais aussi gestion des carrières et des dossiers du personnel, administration des budgets et contrôle des dépenses. C’est la spécialité administrative de ce métier que Charline Schmitt enseigne à Libreville.
Pourquoi l’École d’administration des forces de défense de Libreville est-elle unique ?
Elle est la seule école nationale à vocation régionale du continent africain à dispenser des formations en administration militaire. Créée un an et demi avant l’entretien, elle succède à l’école d’administration militaire de Koulikoro, fermée en 2019 pour raisons sécuritaires. Elle forme des sous-officiers en seize semaines et des officiers en neuf mois.
Comment Charline Schmitt a-t-elle vécu le coup d’État gabonais ?
Réveillée par des coups de feu dans la nuit du 29 au 30 août 2023, elle dit avoir immédiatement pensé au devenir de l’école plutôt qu’à sa propre sécurité. Rassurée dès le lendemain par ses collègues gabonais sur la poursuite de la coopération, elle a repris son poste en uniforme gabonais, et l’école a accueilli une promotion quatre jours plus tard.
Qu’est-ce qu’un coopérant de la DCSD ?
Selon Charline Schmitt, un coopérant est « multi-casquette » : son rôle n’est pas limité à un poste et repose largement sur les relations humaines, avec les collègues du pays partenaire, la hiérarchie locale, les professeurs et les fournisseurs. Il apporte son expertise, mais doit la replacer dans un contexte local qu’il ne peut pas transposer à l’identique.
