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Commandant Christophe Baumann, coopérant Sécurité civile en Mongolie #3

Commandant de sapeurs-pompiers, Christophe Baumann a passé trente-cinq ans dans les services d'incendie et de secours avant de poser ses valises à Oulan-Bator. Il y est le coopérant de la Direction de la coopération de sécurité et de défense pour la protection civile mongole. Il accompagne deux projets français : 42 véhicules d'incendie adaptés à des températures allant de -50 à +50 degrés, et la création d'une base aérienne d'hélicoptères de secours partie de zéro. Il raconte les chiffres, les vies sauvées, et surtout ce qui ne s'écrit dans aucun contrat : la confiance.

Christophe Baumann, coopérant sécurité civile en Mongolie, hélicoptères et véhicules de secours

Trente-cinq ans de terrain, du tunnel sous la Manche à Oulan-Bator

Christophe Baumann est officier de sapeurs-pompiers, et il qualifie lui-même son parcours d’atypique. Il raconte un engagement à 17 ans comme sapeur-pompier volontaire — au centre de secours de Brumath, précise la présentation de l’épisode —, un service national accompli dans les formations militaires de la sécurité civile, puis le passage au professionnalisme. Sa première affectation le conduit au tunnel sous la Manche, dont il fait partie des cinquante premiers sapeurs-pompiers, au moment même de la création de l’unité. Suivent deux ans au service départemental d’incendie et de secours du Bas-Rhin, puis une quinzaine d’années dans les Alpes-Maritimes, un département où il découvre, dit-il, d’autres mentalités et d’autres manières de travailler, ainsi que des spécialités comme le secours en montagne et le secours spéléologique.

Vient ensuite la Nouvelle-Calédonie, où il arrive comme officier aux opérations. Il y participe pendant cinq ans au transfert de la compétence sécurité civile de la France vers le gouvernement calédonien, et à la création de l’unité d’intervention de la sécurité civile locale. Trente-cinq années dans les services d’incendie et de secours, résume-t-il, avant de devenir coopérant.

Deux projets français pour la sécurité civile mongole

Détaché auprès de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), qui met en œuvre la coopération structurelle française au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Christophe Baumann est affecté à Oulan-Bator depuis sept mois au moment de l’entretien, pour une période d’au moins deux ans. Il connaît pourtant le pays de plus longue date : recruté à trois reprises comme expert formateur de sauveteurs spécialisés héliportés et de sauveteurs dédiés au risque inondation, il accompagne ces projets depuis deux ans et demi. Deux chantiers structurent sa mission auprès de la National Emergency Management Agency (NEMA), la sécurité civile mongole. Le premier porte sur la lutte contre les incendies : 42 véhicules de secours livrés et répartis sur le territoire, modifiés pour résister à des températures qui vont, selon lui, de -50 °C l’hiver à +50 °C l’été. Le second, plus ambitieux, consiste à créer de toutes pièces une base aérienne de sécurité civile — un univers que la Mongolie découvrait, sa sécurité civile ne disposant jusque-là d’aucun hélicoptère.

Le financement est français, sous la forme d’un prêt que la Mongolie s’engage à rembourser, ce qui réserve les contrats à des entreprises françaises retenues sur appel d’offres il y a trois ans ; la DCSD et la direction générale du Trésor en assurent le suivi. Le volet aéronautique est porté par Héli-Union : trois hélicoptères EC145, un hélicoptère école de type Cabri, un simulateur de vol et la base elle-même, avec pour objectif de former douze pilotes et douze techniciens aéronautiques mongols. Christophe Baumann insiste sur l’écart de complexité entre les deux projets : « On ne change pas une pièce d’un hélicoptère comme on peut changer la pièce d’un camion. »

Les résultats, il les chiffre, en s’appuyant sur ce que lui dit la NEMA. Sur les deux dernières années, la Mongolie a compté 8 000 interventions, dont 2 000 réalisées par les véhicules français ; à la caserne numéro dix, la plus ancienne et la plus importante du centre d’Oulan-Bator, l’un des engins livrés a dépassé à lui seul 350 interventions. Les hélicoptères, opérationnels avec leurs équipages depuis avril 2022, ont permis le secours de 120 personnes, dont beaucoup d’enfants. Il cite une petite fille tombée de cheval et traînée sur près d’un kilomètre, secourue par un appareil dérouté alors qu’il rentrait de mission, et une personne récupérée au pied de sa yourte lors des inondations qui ont touché la capitale. Une seconde phase se dessine déjà : quinze échelles aériennes — dix de 32 mètres, cinq de 42 mètres — et des véhicules de lutte contre les feux d’hydrocarbures.

La confiance ne se gagne pas sur le papier

C’est le fil rouge de l’entretien. « Cette confiance, ça se gagne pas sur papier », dit-il : ce n’est pas le nombre de bases aériennes ou de casernes déployées en France qui l’établit, mais l’exemplarité au quotidien et la capacité à démontrer ce que l’on sait faire. Il décrit un premier contact rude, à l’image d’un peuple qu’il rappelle nomade et guerrier : lors de sa première rencontre avec le colonel en charge de la base aérienne, il est resté une heure assis en face de lui sans qu’un mot lui soit adressé. Deux ans et demi plus tard, raconte-t-il, ce même colonel « estime que je suis son frère ». Il évoque aussi Teddy, un commandant de 36 ans désigné deux ans plus tôt à la tête des sauveteurs spécialisés héliportés de l’unité 111, devenu un interlocuteur privilégié. Et il souligne le sérieux des jeunes pilotes mongols, sélectionnés parmi de nombreux candidats, partis de zéro heure de vol, engagés pour dix ans et obligés de se mettre à l’anglais.

Le métier de coopérant, prévient-il, n’est pas celui de sapeur-pompier : on change de ministère, on entre dans les codes de la diplomatie, on devient à son échelle un ambassadeur du savoir-faire français — l’ambassadeur de France, lui, « est unique en Mongolie ». Il met en garde contre la tentation d’arriver « comme des conquérants » et rappelle les contraintes du poste, à commencer par l’éloignement : il a fait avec sa famille le choix d’un célibat géographique. À un collègue tenté par sa succession, il promet malgré tout « du bonheur ». Sa conclusion tient en une phrase : « un coopérant qui s’ennuie, ce serait inquiétant ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • La Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), qui met en œuvre la coopération structurelle française au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
  • La National Emergency Management Agency (NEMA), la sécurité civile mongole
  • L’unité 111 de la NEMA, qui regroupe les sauveteurs spécialisés héliportés
  • L’ambassade de France en Mongolie
  • La direction générale du Trésor, associée au suivi financier des projets
  • Héli-Union, l’entreprise française chargée du volet aéronautique
  • Le tunnel sous la Manche, première affectation professionnelle de Christophe Baumann
  • Le service départemental d’incendie et de secours du Bas-Rhin, et le centre de secours de Brumath où il s’est engagé
  • L’unité d’intervention de la sécurité civile de la Nouvelle-Calédonie
  • La caserne numéro dix d’Oulan-Bator, la plus ancienne et la plus importante du centre-ville

Au fil de l’épisode

  • 00:01:53 — Christophe Baumann se présente : officier de sapeurs-pompiers, coopérant protection civile à Oulan-Bator
  • 00:02:23 — Un parcours atypique : engagement à 17 ans, tunnel sous la Manche, Bas-Rhin, Alpes-Maritimes
  • 00:03:31 — La Nouvelle-Calédonie et le transfert de la compétence sécurité civile
  • 00:04:03 — Les deux projets dont il a la charge en Mongolie
  • 00:04:52 — La genèse du projet, les accords franco-mongols et la lettre d’intention
  • 00:05:43 — Les acteurs de la coopération, du ministère au citoyen mongol
  • 00:07:39 — Teddy, chef des sauveteurs héliportés de l’unité 111
  • 00:09:45 — Comment se gagne la confiance dans un pays que l’on découvre
  • 00:11:27 — Une première réunion d’une heure sans un mot échangé
  • 00:12:31 — Le rôle des entreprises françaises, au-delà de la livraison de matériel
  • 00:14:15 — Des véhicules conçus pour tenir de -50 °C à +50 °C
  • 00:15:12 — Le volet aéronautique : hélicoptères, simulateur, pilotes et techniciens à former
  • 00:20:37 — Les secondes phases : échelles aériennes et autonomie opérationnelle
  • 00:23:32 — Les résultats opérationnels et l’image de la France
  • 00:25:32 — La petite fille tombée de cheval, les inondations d’Oulan-Bator
  • 00:26:46 — Comparer la Mongolie, la Nouvelle-Calédonie et la France
  • 00:29:12 — Du ministère de l’Intérieur au ministère des Affaires étrangères
  • 00:34:33 — Ce qu’il dirait à un collègue tenté par le poste
  • 00:38:31 — « Comment ne pas être heureux ? »

FAQ

Qui est Christophe Baumann ?

Christophe Baumann est un officier de sapeurs-pompiers français, détaché auprès de la Direction de la coopération de sécurité et de défense comme coopérant pour la protection civile en Mongolie, où il est basé à Oulan-Bator. Avant cette affectation, il a passé trente-cinq années dans les services d’incendie et de secours, du tunnel sous la Manche aux Alpes-Maritimes et à la Nouvelle-Calédonie.

Qu’est-ce qu’un coopérant de la DCSD ?

C’est un expert mis à disposition d’une administration partenaire par la Direction de la coopération de sécurité et de défense, au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Christophe Baumann le décrit comme le premier contact du pays hôte : il conseille, forme, fait le lien avec l’ambassade et mobilise au besoin le réseau d’experts français.

Quels projets français soutiennent la sécurité civile mongole ?

Deux projets, menés au profit de la NEMA. Le premier a livré 42 véhicules d’incendie et de secours répartis sur le territoire mongol. Le second a créé une base aérienne de sécurité civile, avec trois hélicoptères EC145, un hélicoptère école de type Cabri, un simulateur de vol, et la formation de douze pilotes et douze techniciens aéronautiques.

Pourquoi les véhicules d’incendie doivent-ils être adaptés à la Mongolie ?

Parce que le pays connaît des conditions extrêmes : jusqu’à -50 °C l’hiver et +50 °C l’été, indique Christophe Baumann. Les engins ont donc été modifiés avant leur livraison. Il insiste aussi sur le service après-vente assuré par l’industriel français, une difficulté que la sécurité civile mongole avait rencontrée lors d’expériences précédentes.

Combien de vies ces moyens ont-ils permis de sauver ?

Christophe Baumann reprend les chiffres communiqués par la sécurité civile mongole : sur les deux dernières années, 2 000 des 8 000 interventions recensées dans le pays ont été réalisées par les véhicules français. Les hélicoptères, opérationnels depuis avril 2022, ont permis le secours de 120 personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants.

Comment devient-on coopérant pour la DCSD ?

Il existe plusieurs voies, explique-t-il : postuler et attendre qu’un poste se libère, ou se faire connaître par des missions d’expertise. Lui-même a été recruté à trois reprises comme formateur en Mongolie avant de candidater au poste de coopérant. Il insiste sur l’adaptabilité exigée et sur les contraintes, notamment familiales et géographiques.

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