Graver la mémoire
Artistes plasticiens, Cléa Cloudsi et Eric Herbin expliquent que la photographie n’est qu’un des outils de leur pratique. Pour leurs séries « Les soupirants » et « Chemins sur feuille d’être », présentées au Quadrilatère de Beauvais, ils ont développé une technique unique : la gravure au laser sur des feuilles d’arbre. Ce projet est né d’une résidence à l’Historial de la Grande Guerre, où ils ont découvert des feuilles piquées par des soldats. Pour faire écho à cette histoire, ils ont choisi de graver des portraits et des extraits de correspondances de Poilus, des textes tournés vers l’avenir et l’espérance du retour à la vie normale.
Le duo raconte le dialogue entre la technologie de pointe du laser et la matière vivante et imprévisible de la feuille. Ce procédé, qui brûle le végétal, laisse une trace qui évoque à la fois l’absence et la présence, une matérialisation de la fragilité. « C’est fragile. Mais ça maintient vie », résument-ils. La feuille devient alors un fragment de paysage et de mémoire, un support pour un espoir qui a traversé le temps.
Les références de l’épisode
- Œuvres : « Les soupirants » (série), « Chemins sur feuille d’être » (série)
- Lieux et institutions : Historial de la Grande Guerre, Le Quadrilatère de Beauvais, la Somme
- Événement : Les Photaumnales
- Personne : Pascal Therme
Au fil de l’épisode
- Présentation du duo d’artistes et de leur démarche, qui va au-delà de la photographie.
- L’origine du projet : une résidence à l’Historial de la Grande Guerre et la découverte de feuilles gravées par des soldats.
- La description des deux séries : l’une de portraits, l’autre de textes issus de correspondances de Poilus.
- Le choix des textes, axés sur l’espoir et la projection dans l’après-guerre.
- La technique de la gravure au laser sur une matière vivante et la part de hasard qu’elle engendre.
- La symbolique de la brûlure : une trace fragile qui évoque l’absence, la présence et l’espoir.
- La feuille comme morceau de paysage et support de mémoire, en lien avec les terres de la Somme.
FAQ
Qui sont Cléa Cloudsi et Eric Herbin ?
Cléa Cloudsi et Eric Herbin forment un duo d’artistes plasticiens. Ils expliquent dans cet épisode qu’ils utilisent la photographie parmi d’autres médiums, sans se définir exclusivement comme photographes. Leur travail, présenté ici dans le cadre des Photaumnales de Beauvais, se distingue par une approche poétique et technique, notamment par la gravure au laser sur des supports organiques comme des feuilles d’arbre.
En quoi consiste leur travail sur feuilles d’arbre ?
Leur projet se compose de deux séries, « Les soupirants » et « Chemins sur feuille d’être », où des feuilles d’arbre sont gravées ou « tatouées » au laser. L’une des séries présente des portraits, tandis que l’autre reproduit des extraits de lettres de soldats de la Première Guerre mondiale. Cette technique confronte une technologie de haute précision à une matière vivante et imprévisible, créant des œuvres uniques et fragiles.
Quelle est l’origine de ce projet artistique ?
Ce travail est né d’une résidence effectuée par les artistes à l’Historial de la Grande Guerre. Ils y ont été inspirés par des objets historiques, notamment des feuilles sur lesquelles des soldats avaient inscrit des mots. Leur démarche vise à créer un dialogue entre cette mémoire du passé et une interrogation sur le présent, en se demandant quelle projection contemporaine en faire.
Pourquoi utiliser des feuilles d’arbre comme support ?
La feuille d’arbre est choisie pour sa nature vivante, qui réagit de manière imprévisible au laser et crée des « accidents » dans l’œuvre. Elle symbolise la fragilité, à l’image de l’espoir des soldats. Pour les artistes, la feuille est aussi un « morceau de paysage », un lien direct avec la mémoire des terres de la Somme, profondément marquées par la guerre.
