Comment se construit une collection d’art contemporain ? Le radiologue Benoît Doche de Laquintane dévoile pour la première fois la sienne à la Friche la Belle de Mai, à Marseille. Il y raconte un parcours fait de hasards, de rencontres avec des galeristes et de découvertes faites à la foire Art-o-rama, plutôt qu’une stratégie d’acquisition.
Le parcours du collectionneur Benoît Doche de Laquintane et l’exposition « Au Hasard Balthazar » à la Friche la Belle de Mai
À l’invitation de Véronique Collard Bovy et Jérôme Pantalacci, à la tête de Fræme et de la foire Art-o-rama, le collectionneur Benoît Doche de Laquintane révèle publiquement sa collection pour la première fois, à la Friche la Belle de Mai. L’exposition, dont le commissariat est assuré par Thomas Boutoux, s’intitule « Au Hasard Balthazar » en hommage au film de Robert Bresson. Le titre dit déjà l’intention : refuser le simple portrait d’un homme et de ses acquisitions pour montrer ce qui se joue autour de lui.
Le collectionneur y insiste en préambule : l’exposition n’existe que parce qu’il n’est qu’un maillon d’une chaîne. Le commissaire Thomas Boutoux n’aurait d’ailleurs pas accepté un projet qui se serait contenté d’aligner la collection pour la montrer. L’enjeu était de dépasser quelque chose de trop centré sur une seule personne.
Une collection comme chaîne d’acteurs, pas comme geste solitaire
Le fil de l’entretien tient dans une idée que Thomas Boutoux a nommée la fabrique du goût. Une collection ne se constitue pas par la seule volonté éclairée de son propriétaire : elle se fait à travers des galeristes, des curateurs, des espaces d’exposition et des foires d’art contemporain. Certains choix se sont faits par hasard, parfois de façon arbitraire, au gré de suggestions et de rencontres. Les galeristes, au départ, ont compté plus que les autres collectionneurs — Benoît Doche de Laquintane confie n’en avoir rencontré que peu au début de son parcours, mais avoir noué très tôt avec des galeristes des relations d’amitié et de confiance, qui l’ont mené vers des œuvres auxquelles il n’aurait pas pensé seul.
La foire Art-o-rama occupe une place centrale dans ce dispositif. Même si c’est un espace commercial, le collectionneur la décrit aussi comme un espace de médiation culturelle, où des galeristes situés en amont de la scène établie défendent des choix et présentent de jeunes artistes. Art-o-rama est ainsi à l’origine de plusieurs découvertes présentes dans la collection, ainsi que de quelques achats réalisés via le prix d’acquisition qu’il y décerne.
Le déclic : André Malraux et le « musée imaginaire »
Le point de départ remonte à ses années d’études de médecine. Entre la première année et l’internat, dans l’aridité des révisions, Benoît Doche de Laquintane cherchait à s’évader. Il tombe alors par hasard à la télévision sur la série « Voyage autour du monde » avec André Malraux, qui reprend ses trois tomes sur l’art. La vision très subjective de Malraux, loin de la rigueur universitaire, le marque profondément, en particulier le concept du musée imaginaire. De là germe l’idée d’avoir un jour son propre espace de collection.
Il raconte aussi une intuition naïve de départ : croire que l’art contemporain serait plus accessible que l’art ancien — ce qui, reconnaît-il, ne veut rien dire. Mais c’est par ce biais qu’il commence, avant de découvrir le plaisir de fabriquer son propre goût, sans dépendre de quelqu’un pour lui dire ce qui est bien ou non.
De Bordeaux à Art-o-rama : les rencontres fondatrices
Les premières années de collectionneur se jouent à Bordeaux, dans une situation purement locale, à une époque où il ne connaît rien des foires ni des galeries. La rencontre déterminante se fait avec la galerie bordelaise Cortex Athletico, tenue par le galeriste Thomas Bernard (depuis installé à Paris), qui débute alors avec un jeune artiste destiné à devenir une figure importante de la scène française. Sans pouvoir préjuger de cette carrière à venir, le collectionneur acquiert son œuvre — là encore, une histoire de hasard où il n’a pas participé à la « fabrique » de l’artiste.
Autre galerie marquante : Cha Lévy, qu’il apprécie pour son attention aux artistes émergents. C’est par elle qu’il découvre l’artiste Chelyse Namani, repérée par les galeristes lors des rendus de fin de diplôme des Beaux-Arts de Paris — un travail de prospection que le collectionneur, faute de temps et de compétences, dit ne pas pouvoir faire lui-même. Présentée à Art-o-rama, l’œuvre l’intrigue, et c’est l’année où il instaure son prix d’acquisition, une manière concrète de soutenir la foire, d’en assurer la continuité et de signaler aux galeries qu’il y aura des achats.
L’exposition s’ouvre enfin sur des photographies de deux artistes qui résonnent particulièrement avec son métier de radiologue : Johanne Lampert et l’œuvre intitulée Plein Levé. Tous deux sont d’abord biologistes de formation, ce qui crée selon lui un rapport plus personnel et plus naturaliste à l’observation — des relations sous-jacentes qui lui sont plus faciles à appréhender. L’entretien complet, à écouter, donne à entendre la voix d’un collectionneur qui assume le hasard comme principe et la rencontre comme méthode.
Foire aux questions
Qu’est-ce que l’exposition « Au Hasard Balthazar » à la Friche la Belle de Mai ?
« Au Hasard Balthazar » est la première révélation publique de la collection d’art contemporain de Benoît Doche de Laquintane, présentée à la Friche la Belle de Mai à Marseille. Son commissariat est assuré par Thomas Boutoux et son titre rend hommage au film de Robert Bresson, en écho au rôle du hasard dans la constitution de la collection.
Qui est Benoît Doche de Laquintane ?
Benoît Doche de Laquintane est un collectionneur d’art contemporain et radiologue de métier. Il a commencé sa collection à Bordeaux et la révèle pour la première fois en public à la Friche la Belle de Mai, à l’invitation de Véronique Collard Bovy et Jérôme Pantalacci de Fræme et Art-o-rama.
Qu’est-ce que la « fabrique du goût » selon cette exposition ?
La « fabrique du goût », expression du commissaire Thomas Boutoux, désigne l’idée qu’une collection ne se constitue pas par le seul collectionneur, mais à travers une chaîne d’acteurs : galeristes, curateurs, espaces d’exposition et foires. Le collectionneur s’y présente comme un simple maillon, et non comme un décideur isolé.
Quel rôle joue la foire Art-o-rama dans la collection ?
La foire Art-o-rama est un espace central pour Benoît Doche de Laquintane : à la fois lieu commercial et lieu de médiation culturelle où de jeunes artistes sont défendus par des galeristes. Elle est à l’origine de plusieurs découvertes de sa collection et de quelques achats réalisés via le prix d’acquisition qu’il y décerne chaque année.
Comment Benoît Doche de Laquintane est-il devenu collectionneur ?
Le déclic vient de ses années de médecine : il découvre par hasard à la télévision la série « Voyage autour du monde » d’André Malraux et son concept de « musée imaginaire ». De là naît le désir d’avoir un jour son propre espace de collection, qu’il commence à constituer à Bordeaux par des rencontres avec des galeristes.
Pourquoi le collectionneur a-t-il créé un prix d’acquisition à Art-o-rama ?
Benoît Doche de Laquintane a instauré son prix d’acquisition comme une manière concrète de soutenir la foire Art-o-rama et d’en assurer la continuité d’une année sur l’autre. C’est aussi un signal envoyé aux galeries qu’il y aura des achats, ce qui encourage la présentation d’artistes émergents.
Références
- Benoît Doche de Laquintane
- Véronique Collard Bovy
- Jérôme Pantalacci
- Fræme
- Art-o-rama
- Friche la Belle de Mai
- Thomas Boutoux
- Robert Bresson
- André Malraux
- Galerie Cortex Athletico
- Thomas Bernard
- Galerie Cha Lévy
