Un officier du génie au cœur des casques bleus cambodgiens
Le chef de bataillon Cyprien sert au Cambodge comme coopérant de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), inséré au NPMEC, le centre cambodgien de déminage, de gestion des déchets de guerre et de formation au maintien de la paix, dont l’état-major se trouve à Phnom Penh. Il raconte un parcours d’officier semi-direct : il commence dans le train à La Rochelle, choisit l’arme de la logistique à Saint-Maixent, sert au 121e régiment du train, intègre l’École militaire interarmes puis opte pour le génie, avant plusieurs unités et un passage en état-major à Paris. Il découvre la DCSD en 2018, à la faveur d’une mission d’expertise d’un mois au Cambodge : son camarade doit rentrer en France dès le lendemain de leur arrivée pour des raisons familiales, et il reste seul, « complètement immergé dans la culture khmère ». C’est cette mission qui lui donne l’envie de postuler ; il place ce poste en premier vœu et l’obtient. Arrivé en famille, il est sur place depuis un an et demi, sur un mandat de deux ans qu’il a fait prolonger d’un an. Son travail tient en trois casquettes, dit-il : la formation et la préparation opérationnelle des casques bleus cambodgiens, avec cinq à sept stages par an, les uns au gabarit ONU, les autres taillés sur mesure pour le partenaire, comme un stage police militaire animé par des instructeurs de la gendarmerie ; le conseil au général qui dirige le NPMEC depuis sa création en 2009, sur l’organisation interne, les matériels ou les effectifs d’instructeurs ; enfin la formation en français, pour entretenir un vivier francophone capable de fournir des chefs de détachement sur les théâtres francophones. Il travaille aussi à faire certifier ces stages par les Nations unies, afin que le centre rayonne davantage dans la sous-région, et porte, avec le chef de la mission de coopération au Cambodge et l’attaché de défense au Vietnam, un projet de FOB d’entraînement lancé en 2016 et resté en suspens faute de financement.
Le reste, dit-il, est affaire d’hommes : « Les Cambodgiens sont des gens accueillants, souriants, pragmatiques », mais la confiance se garde par le travail et par les résultats. Seul Français présent chaque jour à l’état-major, il pèse ses mots parce qu’il agit au nom de la France, et retient de l’expérience trois qualités indispensables : l’autonomie, le sens du relationnel et l’humilité.
Les références de l’épisode
- NPMEC — centre cambodgien de déminage, de gestion des déchets de guerre et de formation au maintien de la paix, créé en 2009 sur les fondations d’une ancienne structure de déminage, état-major à Phnom Penh et deux centres de formation en province.
- DCSD — Direction de la coopération de sécurité et de défense, au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
- Organisation des Nations unies — opérations de maintien de la paix, gabarit et certification des stages.
- École militaire interarmes — école d’officiers par laquelle est passé l’invité.
- 121e régiment du train — l’une de ses affectations en France.
- Gendarmerie nationale — fournit les instructeurs du stage police militaire organisé au profit du NPMEC.
- Soudan — destination du premier contingent cambodgien de casques bleus, projeté en avril 2006.
Au fil de l’épisode
- 00:01:04 — Présentation : chef de bataillon Cyprien, coopérant au NPMEC à Phnom Penh.
- 00:01:36 — Un parcours d’officier semi-direct, du train au génie.
- 00:03:03 — La découverte de la DCSD lors d’une mission d’expertise d’un mois au Cambodge.
- 00:03:54 — Postuler : le poste demandé en premier vœu.
- 00:04:33 — Un an et demi sur place, un mandat de deux ans prolongé d’un an.
- 00:04:53 — Les trois casquettes du poste : formation, conseil, français.
- 00:07:32 — Ce qu’est le NPMEC : création, tutelles, centres de formation.
- 00:09:18 — Travailler aux normes de l’ONU et viser la certification des stages.
- 00:10:28 — Les projets portés sur place, dont la FOB d’entraînement.
- 00:12:14 — La place particulière de la France au sein du NPMEC.
- 00:13:24 — S’adapter à la culture cambodgienne, au travail comme au quotidien.
- 00:14:33 — Gagner puis garder la confiance de ses interlocuteurs.
- 00:15:17 — Compétences et relations humaines, à parts égales.
- 00:17:26 — Agir au nom de la France : le poids des mots.
- 00:18:15 — Le portrait robot du coopérant : autonomie, relationnel, humilité.
- 00:19:18 — Ce qu’il rapportera de cette expérience.
- 00:19:50 — Le conseil à un camarade qui voudrait prendre la relève.
- 00:21:22 — « Est-ce que vous êtes un coopérant heureux ? »
FAQ
Qu’est-ce que le NPMEC au Cambodge ?
Le NPMEC est le centre cambodgien de déminage, de gestion des déchets de guerre et de formation au maintien de la paix. Créé en 2009 sur les fondations d’une ancienne structure de déminage, il prépare les troupes cambodgiennes aux opérations de l’ONU. Son état-major se trouve à Phnom Penh, avec deux centres de formation en province, à 40 kilomètres au nord et 60 kilomètres à l’ouest.
Que fait un coopérant français au sein du NPMEC ?
Le chef de bataillon Cyprien décrit trois missions : organiser cinq à sept stages par an pour la préparation opérationnelle des casques bleus cambodgiens, conseiller le directeur du centre sur son organisation, ses matériels et ses effectifs d’instructeurs, et animer des stages de français destinés à entretenir un vivier francophone projetable sur les théâtres francophones.
Qu’est-ce que la DCSD ?
La Direction de la coopération de sécurité et de défense met en œuvre, au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la coopération structurelle de la France dans les domaines de la défense, de la sécurité intérieure et de la protection civile. Elle coordonne un réseau d’experts et de coopérants mis à disposition d’administrations partenaires à l’étranger.
Comment devient-on coopérant de la DCSD ?
Cyprien a découvert la DCSD en 2018, lors d’une mission d’expertise d’un mois au Cambodge. Il a ensuite postulé dans le cadre des mutations classiques, en plaçant ce poste en premier vœu ; la direction des ressources humaines a tranché en liaison avec le ministère des Affaires étrangères. Son passage en unités, en école de formation puis en état-major a pesé.
Quelles qualités demande un poste de coopérant isolé ?
Trois, selon lui. L’autonomie d’abord, parce qu’il est soutenu mais seul à planifier et à conduire ses projets. Le sens des relations humaines ensuite, indispensable pour aller vers ses interlocuteurs et franchir la barrière de la langue. L’humilité enfin, face à une armée partenaire qui dispose de moins de moyens et qui a aussi des choses à enseigner.
Combien de temps dure une affectation de coopérant au Cambodge ?
Le mandat initial est de deux ans. Le chef de bataillon Cyprien, arrivé en famille un an et demi avant l’enregistrement, a demandé une prolongation d’un an, ce qui portera son séjour à trois ans. Il conseille de vérifier, avant de postuler, les compétences attendues sur place et de bien mesurer l’isolement, y compris pour la famille.
