L’étude et la loi au cœur du judaïsme
Au commencement de l’échange, Daniel Torgmant insiste sur la place centrale de l’étude dans la tradition juive, une valeur qu’il juge prioritaire, même sur la prière. Loin d’être réservée à une élite, elle est destinée à tous et vise à cultiver un esprit d’analyse et de remise en question permanent, à l’image des débats qui animent le Talmud. Pour illustrer ce droit talmudique qui cherche à « ordonner la vie des hommes », il prend l’exemple de la responsabilité civile : si un piéton trébuche sur un objet, c’est celui qui l’a laissé qui est coupable, car la nature humaine est d’être préoccupé, et non d’avoir les yeux constamment rivés au sol.
Cette approche concrète du droit s’applique à tous les aspects de la vie, de la propriété privée, reconnue comme un droit absolu, aux mécanismes de solidarité comme l’année sabbatique ou le repos du Shabbat, qui viennent corriger les inégalités et abolir temporairement les hiérarchies sociales.
La dignité de la différence
Comment faire cohabiter des identités diverses au sein d’une même société ? Daniel Torgmant s’appuie sur la pensée du rabbin Jonathan Sacks pour défendre « la dignité de la différence ». Selon lui, le judaïsme enseigne qu’il ne faut pas viser une uniformité monolithique, mais plutôt permettre à chaque composante de la société d’apporter sa spécificité. Pour que cela fonctionne, il est essentiel de s’appuyer sur un « socle commun » de valeurs, une culture et une histoire partagées qui unissent tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances.
Il voit en Monaco un exemple remarquable de cet équilibre. La communauté juive y vit dans des conditions de sécurité et de respect uniques, en reconnaissant et en valorisant l’identité catholique de la Principauté. Cet attachement aux institutions et à la famille princière crée un environnement de confiance où la liberté de culte est une réalité tangible.
Transmettre pour ne pas disparaître
Face à un monde où les civilisations sont mortelles, Daniel Torgmant rappelle que si une armée défend un pays, seule l’éducation peut défendre une civilisation. La transmission des valeurs et de l’histoire est donc vitale. Il prend l’exemple du repas de Pâques, le Seder, conçu comme une conversation intergénérationnelle pour raconter la sortie d’Égypte et maintenir le lien vivant. Ce devoir de mémoire résonne avec sa propre histoire familiale, marquée par la guerre et la Shoah, où la tradition a dû être reconstruite après avoir été presque anéantie.
Évoquant les défis actuels, comme la hausse de l’antisémitisme depuis les événements du 7 octobre, il reconnaît la peur et la déception d’une partie de la jeunesse. Si la réalité est parfois sombre, il refuse toute fatalité et appelle à l’espoir, soulignant l’importance de la solidarité et de la protection offerte par des États comme Monaco. Pour lui, le projet de société reste de permettre aux hommes de « être différents et vivre ensemble ».
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Lord Jonathan Sacks, Paul Valéry, Emmanuel Levinas, Moïse, Abraham, Sarah, Isaac, Ishmael, Jacob, Samson Raphaël Hirsch, Jean-Jacques Goldman, Léon Askenazi Manitou.
- Textes et concepts : le Talmud, la Bible, la Torah, le livre de l’Exode, la Gada de Pâques, Mitzvah, Shabbat, Seder, Ashkénaze, Séfarade, Alia.
- Lieux et organisations : Synagogue Edmond J. Safra, les Restos du Cœur, Monaco, France, Grande-Bretagne, Israël, Jérusalem, Marseille, Pologne, Danemark.
Au fil de l’épisode
- Le rôle central de l’étude et de l’enseignement dans le judaïsme.
- L’esprit critique et l’analyse au cœur du Talmud.
- Un exemple de droit talmudique : la responsabilité en cas d’accident dans l’espace public.
- La vision juive de la propriété, équilibrée par des correctifs sociaux comme le Shabbat.
- L’objectif de la loi : ordonner la vie des hommes pour leur apprendre à vivre ensemble.
- Le concept de « la dignité de la différence » emprunté au rabbin Jonathan Sacks.
- La nécessité d’un « socle commun » de valeurs pour unir les citoyens d’une nation.
- Monaco, un modèle de respect, de sécurité et d’intégration des communautés.
- L’éducation comme rempart pour la survie d’une civilisation.
- Le repas de Pâques (Seder), un moment clé de la transmission intergénérationnelle.
- Le parcours personnel de Daniel Torgmant et son histoire familiale marquée par la guerre.
- Son cheminement vers le rabbinat et ses études à Jérusalem.
- La renaissance de la langue hébraïque et son importance pour l’accès aux textes.
- La diversité culturelle au sein de la communauté juive de Monaco.
- L’importance de la convivialité pour renforcer les liens communautaires.
- L’idée que toutes les vocations professionnelles peuvent être une sanctification.
- La confiance unique des résidents de Monaco envers leurs institutions.
- La nécessité de trouver un équilibre entre les droits et les devoirs du citoyen.
- La montée de l’antisémitisme en Europe après les événements du 7 octobre.
- Le phénomène de l’« alia » (émigration en Israël) en réponse à l’insécurité.
- La vision d’Israël comme un projet de rassemblement des différentes diasporas.
- Réflexion finale sur les défis de l’identité et de l’unité en Europe.
FAQ
Qui est Daniel Torgmant ?
Daniel Torgmant est le rabbin de la communauté juive de Monaco, officiant à la synagogue Edmond J. Safra. Dans cet épisode, il se présente comme un guide spirituel dont la mission est d’accompagner, d’enseigner et de transmettre les valeurs du judaïsme. Il partage sa vision d’une foi incarnée dans le quotidien, qui favorise le dialogue et la réflexion pour aider chacun à trouver sa place dans la communauté et la société.
Quelle est la place de l’étude dans le judaïsme selon Daniel Torgmant ?
Selon lui, l’étude est la valeur la plus importante du judaïsme, primant même sur la prière. Elle n’est pas réservée à une élite mais s’adresse à tous, du plus humble au plus savant. Son but est de développer un esprit critique et une capacité d’analyse, comme l’illustrent les débats du Talmud. Cette démarche intellectuelle est essentielle pour comprendre le monde et appliquer les principes éthiques de la tradition à la vie de tous les jours.
Comment le judaïsme conçoit-il la vie en société ?
Le judaïsme cherche à « ordonner la vie des hommes » en proposant un cadre éthique et légal pour le vivre-ensemble. Il défend des droits comme la propriété, mais les tempère par des devoirs de solidarité (le repos de la terre, l’aide aux pauvres). Surtout, il promeut « la dignité de la différence », c’est-à-dire le respect des identités particulières au sein d’un « socle commun » de valeurs qui unit l’ensemble des citoyens d’un pays.
Pourquoi la transmission est-elle si importante pour Daniel Torgmant ?
Pour Daniel Torgmant, la transmission est la condition de survie d’une culture et de ses valeurs. Il explique que si une armée protège un pays, seule l’éducation peut défendre une civilisation. Il prend l’exemple du repas de Pâques, un rituel entièrement tourné vers le dialogue entre les générations pour raconter l’histoire fondatrice de la sortie d’Égypte. C’est en transmettant ce patrimoine que l’on donne aux jeunes un socle solide pour se construire.
Quelle est sa vision de la vie à Monaco ?
Il décrit Monaco comme un lieu unique qui offre des conditions exceptionnelles de sécurité, de protection et de respect mutuel. Il considère la Principauté comme un modèle de coexistence harmonieuse entre différentes communautés. Selon lui, ce succès repose sur un attachement partagé aux institutions, à la famille princière, et sur une conscience collective du privilège et de la responsabilité de vivre dans un tel environnement.
