Derrière l’effet de mode
Face à la vague de contenus sur la multipotentialité, Élodie Crépel invite à prendre du recul. Elle explique que tout sujet de société traverse plusieurs phases : la découverte scientifique, la vulgarisation, la saturation médiatique — cet « effet de mode » — puis la normalisation et enfin l’acceptation. Loin d’être un simple phénomène passager, cette visibilité est donc pour elle un signe positif que le sujet infuse dans la sphère publique. Elle rappelle toutefois de se méfier des biais d’algorithmes qui, en nous montrant ce que nous avons déjà consulté, peuvent créer l’illusion que tout le monde est concerné.
« Finalement, cet effet de mode, c’est bon signe. Ça veut dire qu’enfin, on parle de ce sujet et ça, c’est plutôt chouette. »
De la passion au potentiel
Élodie Crépel redéfinit la multipotentialité, loin de l’image de la personne qui « touche à tout ». Elle insiste sur la notion d’expertise : un multipotentiel n’est pas un généraliste par opposition à un spécialiste, mais bien un spécialiste de plusieurs domaines. Elle retrace l’origine du concept, lié au haut potentiel intellectuel (HPI) dans les années 70, et le distingue de la « multipassion ». On peut être passionné par de nombreux sujets sans pour autant les amener à un niveau d’excellence. Le passage à la multipotentialité se fait, selon elle, lorsqu’on « potentialise » ses passions.
« La multipotentialité, c’est être expert et spécialiste de plusieurs sujets. Ce n’est pas juste “je touche à tout, je picore”. »
L’étiquette, entre refuge et prétexte
L’épisode explore pourquoi tant d’entrepreneurs se reconnaissent dans ce profil. Si l’entrepreneuriat peut satisfaire un besoin de polyvalence, l’étiquette « multipotentiel » peut aussi devenir un prétexte. Élodie Crépel met en garde contre son utilisation pour justifier la procrastination, l’éparpillement ou la peur de se nicher. Elle évoque le « complexe de la tortue » : se protéger derrière une carapace si lourde qu’elle empêche d’avancer. Il s’agit de ne pas se cacher derrière un diagnostic pour éviter de travailler sur un manque de confiance en soi ou une peur de l’échec.
« Ce n’est pas parce que tu es multipotentielle ou multipassionnée qu’il se passe ça. Ça, c’est faux. Et c’est même dangereux de penser ça. »
Élodie Crépel nous recommande…
- « L’alchimie des tubes » — D’Avenine Autompe, un livre qui l’a fascinée récemment.
Pour aller plus loin
- Le podcast “Potentiel” d’Élodie Crépel
- Le compte Instagram d’Élodie Crépel
- Timetree, l’application d’organisation familiale
Les références de l’épisode
- Livres : Femme hyper-passionnée (Élodie Crépel), La théorie de la désintégration positive (Dabrowski), L’alchimie des tubes (D’Avenine Autompe)
- Personnes citées : Hélène Aron, Marie Blige, Reina Subotnik, Camilla Benwond, Fredrickson, Barma Recher, Émilie Wapnick, Dabrowski
- Concepts : Neuroatypie, HPI (Haut Potentiel Intellectuel), HPS (Haut Potentiel Sensible), TDAH, TSA, troubles dys, slasheur, complexe de la tortue, syndrome du colibri, désintégration positive
- Outils : Timetree (application)
- Podcast : Potentiel
Au fil de l’épisode
- Le portrait chinois d’Élodie Crépel.
- 01:51 — Présentation d’Élodie Crépel, experte en neuroatypies.
- 05:48 — Multipotentialité : simple effet de mode ou réalité bien définie ?
- Les différentes étapes d’acceptation d’un sujet de société, de la découverte scientifique à la normalisation.
- 13:51 — Comment savoir si l’on est multipotentiel ?
- La multipotentialité comme une capacité à atteindre un niveau d’expertise dans plusieurs domaines.
- 17:12 — Différences entre hyperpassion, HPI et hypersensibilité.
- Les cinq neuroatypies reconnues aujourd’hui : HPI, hypersensibilité, TDAH, TSA et les troubles dys.
- La distinction entre un trouble et une caractéristique de personnalité.
- 22:47 — Les entrepreneurs sont-ils majoritairement multipotentiels ?
- Le « complexe de la tortue » : quand l’étiquette devient une excuse qui empêche d’avancer.
- L’éparpillement comme symptôme d’un manque de confiance plutôt que de la multipotentialité.
- 33:27 — Astuces pour gérer son quotidien quand on a une atypie.
- L’importance de se connaître pour identifier ses vrais besoins.
- La théorie de la désintégration positive de Dabrowski et les crises existentielles comme signe de bonne santé mentale.
- La différence entre la douleur (un signal) et la souffrance (une blessure à soigner).
- Le syndrome du « même pas mal » et le risque de burn-out.
- Le syndrome du colibri et le triangle de Karpman (sauveur, victime, bourreau).
- 45:12 — Présentation du livre Femme hyper-passionnée d’Élodie Crépel.
- 47:35 — Conclusion de l’épisode.
FAQ
Qui est Élodie Crépel ?
Élodie Crépel est psychanalyste, autrice et créatrice de contenu, spécialisée dans les neuroatypies. Elle accompagne des personnes concernées par le haut potentiel intellectuel (HPI), l’hypersensibilité ou la multipotentialité. Autrice de dix livres sur ces sujets, elle anime également le podcast « Potentiel » et forme des professionnels à la compréhension de ces profils.
Qu’est-ce que la multipotentialité selon Élodie Crépel ?
Selon Élodie Crépel, la multipotentialité n’est pas le simple fait d’avoir de nombreuses passions. C’est la capacité à atteindre un niveau d’expertise et d’excellence dans plusieurs domaines distincts. Elle insiste sur le fait que ce n’est pas une opposition au statut de spécialiste, mais plutôt une multi-spécialisation, qui demande une grande capacité de compréhension et d’investigation.
Quelle est la différence entre multipotentialité et multipassion ?
La multipassion est le fait d’être curieux et de s’intéresser à de nombreux sujets, ce qui est une caractéristique humaine commune. La multipotentialité, en revanche, implique de pousser ces passions jusqu’à un niveau d’expertise. On peut être multipassionné sans être multipotentiel. Élodie Crépel explique qu’on peut passer de l’hyper-passion à la multipotentialité en « potentialisant » ses passions.
Quelles sont les 5 neuroatypies reconnues ?
Dans l’épisode, Élodie Crépel liste les cinq neuroatypies reconnues par la science en 2024 : le haut potentiel intellectuel (HPI), l’hypersensibilité (ou haut potentiel sensible), le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), le trouble du spectre de l’autisme (TSA) et les troubles dys (dyslexie, dyscalculie, etc.).
Pourquoi le label « multipotentiel » peut-il être un piège pour les entrepreneurs ?
Élodie Crépel explique que certains entrepreneurs utilisent l’étiquette de « multipotentiel » comme une excuse pour justifier leur éparpillement, leur procrastination ou leur refus de se spécialiser. Cela peut cacher une peur de l’échec ou un manque de confiance. Se cacher derrière ce label peut alors devenir un frein au développement de leur activité en les empêchant d’affronter les vrais blocages.
