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Conversation avec Elsa & Johanna : Tres Estrellas

Le duo de photographes et réalisatrices Elsa & Johanna est à l'honneur pour évoquer leur film de 42 minutes, « Tres Estrellas ». Tourné en huis clos sur l'île aride de Fuerteventura, le film explore l'histoire d'une mère et de ses deux filles, observées à distance par deux adolescents. La conversation plonge dans leur processus créatif singulier, où les personnages et le récit se construisent au fil du tournage. Elles abordent les thèmes du désir, du fantasme et de la sensualité pudique, vus à travers le regard candide de la jeunesse. L'échange explore aussi le lien entre ce projet cinématographique et leur pratique photographique, notamment l'exposition « Rosarium ».

la création d'un cinéma photographique entre l'Espagne et le Canada

Un huis clos sous le soleil des Canaries

Pour leur film « Tres Estrellas », Elsa & Johanna racontent avoir travaillé « à l’envers ». L’idée de départ était simple : incarner elles-mêmes plusieurs personnages, deux sœurs et deux jeunes hommes, dans une histoire de regards croisés. Pour donner vie à ce projet, elles sont parties dix jours sur l’île de Fuerteventura, aux Canaries. Le tournage s’est déroulé en huis clos dans une maison typique des années 50, sous une chaleur écrasante et dans un village isolé. Cette atmosphère aride et pesante a fortement nourri la création, les personnages et les scènes naissant au fur et à mesure, sans scénario préétabli. La mère de Johanna s’est jointe au projet, jouant son propre rôle de mère à l’écran.

« On s’est laissé aller à créer des personnages et quand ils sont nés, au fur et à mesure du séjour on décidait de jouer des scènes. »

Le désir à travers le fantasme

La structure narrative du film s’est construite au retour en France. Le récit est porté par trois voix off : celle de la mère et celles des deux jeunes hommes, qui donnent corps à l’histoire. Le texte, dense et poétique, a été rédigé par la mère de l’une des artistes, puis retravaillé et découpé pour s’ajuster aux images. Cette approche place le film sous le signe du désir et du fantasme. La sensualité des deux femmes est perçue uniquement à travers le regard des adolescents, qui ne les rencontrent jamais. C’est une sensualité pudique, distante, qui se nourrit de l’imagination et de la projection, évoquant une forme de candeur propre à l’adolescence.

« On parle de désir et d’image et de fantasme aussi. Parce qu’à travers les bribes de vie de ces femmes que les jeunes hommes aperçoivent, ils se projettent. »

D’une réalité à l’autre

Si le film « Tres Estrellas » semble éloigné de leur exposition « Rosarium », dont le titre est pourtant tiré, Elsa & Johanna y voient un fil conducteur essentiel de leur pratique. Leurs photographies, comme la série « Beyond the Shadows » réalisée au Canada, partagent avec le film cette volonté de créer une « seconde réalité ». Qu’elles soient en Espagne ou dans des intérieurs nord-américains, elles explorent des univers hors du temps, où le rapport au lieu et à la lumière est primordial. Leur travail est un voyage constant vers des réalités alternatives, où elles se mettent en scène pour interroger l’identité et la perception.

Leur démarche artistique, qu’elle soit photographique ou cinématographique, repose sur cette immersion dans des lieux qui deviennent les catalyseurs de leurs récits visuels.

Les références de l’épisode

  • « Tres Estrellas » : film de 42 minutes réalisé par Elsa & Johanna.
  • « Rosarium, C’est le soleil qui finira par nous perdre » : exposition d’Elsa & Johanna à Saint-Ouen.
  • « Beyond the Shadows » : série photographique d’Elsa & Johanna réalisée au Canada.
  • Fuerteventura : île des Canaries, lieu de tournage du film.
  • Pasolini : cinéaste évoqué comme référence esthétique.
  • Georges Bataille : auteur évoqué en référence au thème du désir.

Au fil de l’épisode

  • La genèse du film « Tres Estrellas » : l’envie de jouer plusieurs rôles.
  • Le choix du lieu de tournage : l’île de Fuerteventura aux Canaries.
  • Le huis clos dans une maison typique des années 50 et l’atmosphère aride du tournage.
  • Un processus de création inversé : le tournage précède l’écriture du scénario.
  • La construction du récit à travers trois voix off : la mère et deux jeunes hommes.
  • Le rôle de la mère de Johanna, qui joue son propre rôle à l’écran.
  • L’écriture du texte par la mère de l’une des artistes après le tournage.
  • La sensualité du film, perçue à travers le regard distant et candide des adolescents.
  • Les thèmes du désir, du fantasme et de la fascination.
  • Les références esthétiques et thématiques à Pasolini et Bataille.
  • Le lien entre le film et l’exposition « Rosarium ».
  • L’exploration d’une « seconde réalité » comme fil conducteur de leur œuvre.

FAQ

Qui sont Elsa & Johanna ?

Elsa & Johanna est un duo de jeunes photographes et réalisatrices. Dans cet épisode, elles discutent de leur processus créatif, qui implique souvent de se mettre en scène dans des univers qu’elles construisent. Elles voyagent pour leurs projets, comme au Canada pour leur série « Beyond the Shadows » ou aux îles Canaries pour leur film « Tres Estrellas », afin de s’immerger dans des lieux et de créer des récits visuels singuliers.

De quoi parle le film « Tres Estrellas » ?

« Tres Estrellas » est un film de 42 minutes qui se déroule sur l’île de Fuerteventura. Il raconte l’histoire d’une mère et de ses deux filles, observées à distance par deux jeunes hommes adolescents. Le film explore les thèmes du désir, du fantasme et d’une sensualité pudique, à travers les regards croisés des personnages et une narration portée par trois voix off, sans véritable dialogue direct entre eux.

Comment Elsa & Johanna ont-elles créé ce film ?

Leur méthode de création était inversée. Elles sont parties aux Canaries sans scénario défini, avec l’idée de jouer plusieurs rôles. Les personnages et les scènes sont nés de l’improvisation sur place, dans un huis clos. C’est seulement après le tournage que le texte a été écrit par la mère de l’une des artistes, puis monté pour donner une structure narrative au film à travers les voix des personnages.

Quel est le lien entre le film et leur exposition « Rosarium » ?

Bien que les lieux et les ambiances soient différents, le lien réside dans leur démarche artistique globale. Le titre de l’exposition, « Rosarium, C’est le soleil qui finira par nous perdre », est d’ailleurs issu du film. Pour Elsa & Johanna, chaque projet est une manière de voyager et de construire une « seconde réalité », un univers décalé et intemporel où elles explorent différentes identités.

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