Un chemin sinueux
Florent raconte une enfance marquée par des valeurs familiales fortes, tournées vers l’écologie et le social, entre un père animateur et une mère issue de la terre. Il grandit avec un frère jumeau qui, contrairement à lui, emprunte une voie plus conventionnelle. Florent, lui, se sent rapidement en décalage avec le système scolaire et peine à trouver sa place. Attiré par le dessin et l’art, il se heurte aux injonctions sociales qui prônent la sécurité d’un travail stable. Ce décalage le pousse très tôt vers des chemins alternatifs, loin du moule que la société et sa famille attendaient pour lui.
Ce parcours, plus tortueux que celui de son frère, sera source de remous familiaux mais aussi le début d’une longue quête personnelle.
Les années free party
Adolescent, Florent plonge dans l’univers des free parties, un mouvement underground alors en pleine émergence. Il y découvre une culture de l’autogestion, de la responsabilité et de la transgression des cadres établis. Loin de l’image sombre souvent véhiculée, il y trouve un espace de liberté, de solidarité et une grande richesse artistique, des décorations psychédéliques à la musique électronique. Pour lui, ces rassemblements sont une porte d’entrée vers des états de conscience modifiés, parfois via des substances comme le LSD, mais aussi par la puissance des basses qui agissent comme un « tambour chamanique ».
« C’était une clé de liberté dans un espace un peu confus dans le quotidien où je ne me retrouvais pas. »
La quête de normalité
Après plusieurs années dans ce milieu, une blessure le force à prendre ses distances et à renouer avec un mode de vie plus conventionnel. Il tente de s’insérer dans le monde du travail, notamment dans la vente de téléphonie mobile. Bien qu’il réussisse dans ce domaine, un profond malaise s’installe. Il prend conscience de l’impact écologique et social désastreux de la surconsommation qu’il encourage. Vendre des produits issus de l’exploitation humaine et de la pollution des écosystèmes entre en conflit direct avec ses valeurs.
Deux braquages subis sur son lieu de travail achèvent de le convaincre : il n’est plus à sa place dans ce système.
Le déclic sur le chemin
Suite à une rupture sentimentale et à ces événements traumatisants, Florent plaque tout. Il met quelques cartons dans sa voiture et part, avec l’envie de se guérir de l’humain et de se reconnecter à la nature. C’est en marchant sur une partie du chemin de Compostelle qu’il entame sa véritable transformation. Le voyage à pied, en autonomie, lui apprend le minimalisme et la sobriété. Les rencontres, comme celle avec Patricia qui l’accueille avec une hospitalité désarmante, ou la découverte du film documentaire « Trash » sur la gestion des déchets, changent profondément son regard sur le monde et la société.
Cette expérience de dépouillement volontaire devient le fondement de sa nouvelle vie.
Plongée dans la permaculture
Une blessure au pied le contraint à interrompre sa marche. Cet obstacle se transforme en opportunité : il entre en contact avec le réseau des écolieux et de la permaculture. Il se lance dans le volontariat, notamment au « Jardin des Merveilles », un lieu dont il suivait les vidéos depuis des années. Il y découvre une application concrète de ses idéaux : une agriculture qui régénère les sols, mais aussi et surtout une « permaculture humaine ». Il apprend l’intelligence collective, le vivre-ensemble, et la résolution des conflits au sein d’une communauté.
Ce passage d’un écolieu à l’autre confirme son aspiration à une vie plus simple, plus résiliente et plus solidaire.
La famille Rainbow
Plus récemment, son chemin de nomade l’a mené jusqu’aux rassemblements Rainbow. Il y retrouve l’esprit d’autogestion des free parties, mais dans un cadre axé sur la paix, la spiritualité et la bienveillance. Ces campements en pleine nature, fonctionnant sans argent ou presque, sans alcool et sans appareils électroniques, sont pour lui une révélation. Il y expérimente une vie communautaire radicale, basée sur le partage, le consensus et le soin mutuel. La pratique de la nudité, loin de la perversion, y est vécue comme un moyen de faire tomber les masques et de se reconnecter à l’essentiel.
« J’ai jamais été aussi riche que depuis que je suis pauvre », confie-t-il.
Vivre en nomade
Aujourd’hui, Florent se définit par cette phrase : « J’habite là où je suis ». Son nomadisme n’est pas une fuite, mais une manière d’être pleinement présent au monde, aux autres et à lui-même. En se dépouillant du superflu, il a trouvé une richesse intérieure et une liberté profonde. Son parcours est un chemin de guérison, de réparation vis-à-vis de la planète, des autres et de lui-même. L’art, notamment le dessin, est redevenu central dans sa vie, un moyen de transmettre et de vibrer.
Son témoignage est une invitation à questionner nos besoins, à sortir de nos zones de confort et à créer notre propre réalité, plus juste et plus vivante.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram d’Alexandre Sattler
- Le site de Gaia Images
- Le site de l’association Regard’Ailleurs
Les références de l’épisode
- Sainte-Camel, écolieu en Ariège
- Les free parties
- Mazatec, sound system
- Les frères Bogdanov
- AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne)
- La permaculture
- Stéphane Hessel, auteur de « Indignez-vous ! »
- Alternatiba, mouvement pour le climat
- Jean-Marc Jancovici, expert sur les questions énergétiques
- Le chemin de Compostelle
- « Trash », film documentaire
- Le Jardin des Merveilles, écolieu à Vaour
- Colline Forger et Rémi Cuellic
- Univerter, écolieu
- Les ânes d’Otan
- Brian de l’archipel
- Ferme d’Avenir
- Biocohérence et Nature & Progrès, labels d’agriculture biologique
- Le mouvement Colibri
- Les Alvéoles, école pépinière en agroforesterie
- Antoine Talin et François Goldin
- Mantra Fest
- Rainbow Gathering (rassemblement Rainbow)
- La prophétie Hopi
- Paul Watson, militant écologiste
Au fil de l’épisode
- Rencontre avec Florent dans son camion, au sein de l’écolieu de Sainte-Camel en Ariège.
- Son enfance et les valeurs écologiques et sociales transmises par ses parents.
- Le parcours de son frère jumeau, plus conventionnel, en contraste avec le sien.
- Ses difficultés scolaires et son attirance précoce pour les chemins alternatifs.
- La découverte de l’univers des free parties : autogestion, liberté et transgression.
- L’importance de l’art, de la musique et des états de conscience modifiés dans ce milieu.
- Comment une blessure physique l’a poussé à quitter le monde des free parties.
- Une période d’immersion dans les jeux vidéo et les jeux de rôle.
- La tentative de se conformer à un mode de vie « normal » en travaillant dans la vente.
- Le conflit intérieur grandissant entre son travail et ses valeurs écologiques.
- La prise de conscience de l’impact de la surconsommation sur la planète et les humains.
- Les deux braquages qui ont agi comme un électrochoc et l’ont décidé à tout quitter.
- Le début de son voyage nomade, en laissant derrière lui sa vie matérielle.
- La marche sur le chemin de Compostelle comme un processus de guérison.
- L’apprentissage du minimalisme et de la sobriété à travers le trekking.
- Une anecdote avec la police après avoir trouvé refuge dans un cabanon.
- La découverte de l’hospitalité et de la bienveillance sur le chemin.
- L’impact du documentaire « Trash » sur sa perception des déchets et de la consommation.
- Une blessure au pied qui l’oblige à s’arrêter et le connecte au monde de la permaculture.
- Sa première expérience de volontariat (woofing) au « Jardin des Merveilles ».
- La découverte de la « permaculture humaine » : l’intelligence collective et le vivre-ensemble.
- Son périple d’écolieu en écolieu, tissant un réseau de rencontres alternatives.
- Sa transition vers le végétarisme, une conséquence de sa quête de légèreté en voyage.
- Son engagement dans le militantisme écologiste à Lyon.
- L’expérience de « compagnonnage » long aux Alvéoles, une école de permaculture.
- La redécouverte de sa légitimité artistique et le plaisir de transmettre ses savoirs.
- Sa première participation à un « Healing », un rassemblement cousin des Rainbow Gatherings.
- Les principes des Rainbow : partage, vie en communauté, absence d’électronique et d’alcool.
- Le fonctionnement économique basé sur la donation volontaire via le « Magic Hat ».
- La pratique de la nudité comme un moyen de faire tomber les masques sociaux.
- La dimension spirituelle des Rainbow, inspirée de prophéties amérindiennes.
- Sa philosophie de vie actuelle : « J’habite là où je suis ».
- La richesse trouvée dans le dépouillement et la pauvreté choisie.
- La signification de son nom de famille, « Vivet », comme une invitation à vivre sa propre vie.
- Sa vision de l’argent comme une énergie à faire circuler pour soutenir des projets qui ont du sens.
FAQ
Qui est Florent ?
Florent est un voyageur nomade qui a choisi de vivre en marge du système consumériste. Après des expériences dans des milieux alternatifs comme les free parties et une tentative de vie conventionnelle, il a tout quitté pour un mode de vie minimaliste sur les routes. Il explore les solutions durables en passant du temps dans des écolieux, des fermes en permaculture et des rassemblements comme les Rainbow Gatherings, en quête de cohérence, de simplicité et de lien.
Qu’est-ce qu’un « Rainbow Gathering » ?
D’après le témoignage de Florent, un Rainbow Gathering est un rassemblement temporaire en pleine nature, basé sur des idéaux de paix, d’harmonie et de vie en communauté. Les participants, qui se considèrent comme une « famille », y vivent de manière autogérée, souvent sans argent, sans alcool ni appareils électroniques. Le partage, la bienveillance, la spiritualité non dogmatique et une connexion profonde avec la nature y sont des valeurs centrales.
Pourquoi Florent a-t-il quitté son travail dans la vente ?
Florent a quitté son poste de vendeur en téléphonie mobile car il était en profond décalage avec ses valeurs. Il a pris conscience qu’il participait à un système de surconsommation ayant des impacts écologiques et sociaux désastreux, comme l’exploitation de ressources et de main-d’œuvre dans des conditions terribles. Ce conflit intérieur, aggravé par deux braquages traumatisants, l’a poussé à chercher un mode de vie plus cohérent et aligné avec ses convictions.
Qu’est-ce que la permaculture pour Florent ?
Pour Florent, la permaculture va bien au-delà du jardinage. Si elle est une méthode pour cultiver en harmonie avec la nature, il l’a surtout découverte comme une philosophie de vie. Il parle de « permaculture humaine » pour désigner les principes d’intelligence collective, de coopération et de soin appliqués aux relations humaines. C’est un modèle pour créer des communautés résilientes où le vivre-ensemble et la solidarité sont au cœur du projet.
Comment le voyage a-t-il transformé Florent ?
Le voyage, et plus particulièrement la marche et la vie nomade, a été un puissant outil de transformation pour Florent. Ce mode de vie basé sur le dépouillement lui a permis de se défaire de ses peurs et des conditionnements sociaux. Il y a trouvé une forme de guérison, une meilleure estime de lui-même et une profonde richesse dans les rencontres et la simplicité. Le nomadisme lui a offert la liberté de se réinventer et de construire une existence qui a du sens pour lui.
