Du guichet consulaire au Quai d’Orsay
François Millard n’est pas entré dans la diplomatie par la grande porte. Il raconte s’être rapproché d’un consulat dès les années 2000, alors qu’il vivait déjà à l’étranger, et y avoir travaillé comme agent de droit local — un statut qui permet à une ambassade ou à un consulat de recruter quelqu’un sur place, sur des fonctions de support. Ces agents sont nombreux et précieux, explique-t-il : ils restent des années au même endroit et connaissent le milieu, quand les agents du Quai d’Orsay changent de poste tous les trois ou quatre ans. Ses fonctions d’alors relevaient de la coopération culturelle. En 2008, il passe le concours qui l’intègre pour de bon au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, puis enchaîne les métiers consulaires : l’état civil, qu’il résume comme « tout ce que vous avez en mairie habituellement », mariages et décès compris ; les affaires sociales, c’est-à-dire l’ensemble des problématiques des Français à l’étranger — hospitalisés, emprisonnés, bourses scolaires, assistance au quotidien des personnes âgées ; puis adjoint de consul. Seize ans en Asie, quatre ans en Afrique, au Togo.
De ces années, il retient surtout les rapatriements sanitaires. « On n’est pas forcément formés par rapport à ce genre de choses, puisque c’est très médical à la base », dit-il : il faut accompagner un Français en détresse, alerter l’administration centrale, savoir quel hôpital contacter, et aller vite, parce que les conséquences peuvent être lourdes. La partie la plus difficile de son métier, ajoute-t-il, mais aussi la plus intéressante. Il évoque également la préparation des évacuations de ressortissants, organisée au niveau consulaire en coordination avec l’ambassade, avec un découpage qui recense les Français présents et des référents sur place.
Mille quatre cents stagiaires par an, et la logistique qui va avec
Lauréat de concours en 2023, passé de la catégorie C à la catégorie B, François Millard se voit proposer une liste de postes — dont la DCSD, la Direction de la coopération de sécurité et de défense, parce qu’il avait déjà géré des stagiaires et des étudiants étrangers partant vers la France. Il y est rédacteur au bureau formation et stagiaires, un intitulé qu’il décrit comme volontairement large : d’un côté la gestion et le contrôle du budget, sur des crédits centralisés comme décentralisés ; de l’autre l’accompagnement des stagiaires étrangers qui arrivent en France. « On est vraiment stricto sensu dans la logistique », résume-t-il — billets d’avion, trajets en train, hôtellerie, hébergement. Le volume est considérable : environ 1 400 stagiaires par an, chiffre avancé pendant l’entretien, pour des formations très variées, militaires, de gendarmerie, de police ou de langues. En amont, des officiers géographiques établissent des priorités au moment de la programmation budgétaire, croisent les demandes des postes et un catalogue des formations proposées par les armées ; certains pays sont pris en charge intégralement, d’autres financent eux-mêmes les séjours. La langue conditionne tout le reste : titulaire d’une formation en français langue étrangère, il rappelle que la DCSD envoie des lecteurs former de futurs stagiaires dans leur pays d’origine, ce qui permet ensuite une meilleure sélection, et qu’elle forme aussi des formateurs qui exerceront chez eux. En Asie, dit-il, l’anglais est omniprésent, mais la francophonie reste « toujours vaillante », au Vietnam, au Cambodge ou en Thaïlande.
Ce qui l’a séduit dans cette direction interministérielle, où se croisent les ministères des Armées, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, c’est l’empreinte militaire et un langage qu’il trouve plus direct que celui du Quai d’Orsay : de la diplomatie, dit-il, mais enrobée du vocabulaire d’une arme. La rencontre tombe bien, car il se passionne depuis longtemps pour l’histoire militaire française et les conflits du XXe siècle, et il est aussi collectionneur. Il se souvient d’être arrivé au Togo au début du mois de septembre et d’avoir retrouvé dès la première semaine coopérants et militaires pour Bazeilles, la fête des troupes de marine. Sa conclusion est sans détour : il fera ses quatre années à la DCSD.
Pour aller plus loin
- La page LinkedIn de la Direction de la coopération de sécurité et de défense
- La chaîne YouTube de la DCSD
Les références de l’épisode
- La Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), direction du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui met en œuvre la coopération structurelle de la France en matière de défense, de sécurité intérieure et de protection civile.
- Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, dit le Quai d’Orsay, que François Millard a rejoint par concours en 2008.
- Le Consulat général de France à Hô Chi Minh-Ville, où il a travaillé au service consulaire sur l’apprentissage des langues et l’orientation des étudiants étrangers vers la France.
- Le Togo, où il a passé quatre années et côtoyé les coopérants de la DCSD.
- Bazeilles, la fête des troupes de marine, qu’il évoque comme un grand souvenir de son arrivée en poste.
- Le français langue étrangère (FLE), discipline dans laquelle il est formé et qui structure la préparation linguistique des stagiaires.
Au fil de l’épisode
- 00:01:45 — Présentation : secrétaire de chancellerie, entré au ministère des Affaires étrangères en 2008.
- 00:02:42 — Ce que recouvrent l’état civil et les affaires sociales dans un consulat.
- 00:03:08 — Le statut d’agent de droit local et son utilité pour les postes diplomatiques.
- 00:04:11 — La diplomatie, un monde à part : mobilité régulière et départ en famille.
- 00:06:11 — Seize ans en Asie, quatre ans en Afrique.
- 00:06:39 — Les rapatriements sanitaires, l’expérience la plus marquante.
- 00:07:24 — La préparation des évacuations de ressortissants au niveau consulaire.
- 00:08:19 — Comment il rejoint la DCSD après avoir été lauréat de concours en 2023.
- 00:10:15 — Son poste : gestion et contrôle du budget, accompagnement des stagiaires étrangers.
- 00:11:08 — La logistique des séjours : billets d’avion, train, hébergement.
- 00:12:12 — Environ 1 400 stagiaires par an et le rôle des officiers géographiques.
- 00:13:19 — Son regard sur le caractère interministériel de la DCSD.
- 00:14:50 — L’empreinte militaire de la direction et son langage plus direct.
- 00:15:44 — Sa passion pour l’histoire militaire et les conflits du XXe siècle.
- 00:16:29 — Le Togo, les coopérants sur place et la fête des troupes de marine à Bazeilles.
- 00:17:28 — L’apprentissage du français : lectorat à l’étranger et formation des formateurs.
- 00:19:05 — La place du français en Asie face à l’anglais.
- 00:19:33 — Comment son regard sur la DCSD a changé depuis qu’il y travaille.
- 00:22:25 — Comment expliquer la DCSD et la coopération autour d’un dîner.
- 00:23:46 — Est-il heureux d’être à la DCSD ?
FAQ
Qui est François Millard ?
François Millard est secrétaire de chancellerie au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Entré au ministère par concours en 2008, après avoir été agent de droit local dans un consulat au début des années 2000, il a exercé des fonctions consulaires en Asie et en Afrique avant de rejoindre la Direction de la coopération de sécurité et de défense, où il est rédacteur au bureau formation et stagiaires.
Qu’est-ce qu’un secrétaire de chancellerie ?
C’est un corps de fonctionnaires du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, accessible par concours. François Millard explique être passé de la catégorie C à la catégorie B en devenant secrétaire de chancellerie en 2023. Ces agents occupent des fonctions consulaires et administratives en poste à l’étranger comme en administration centrale, et changent d’affectation tous les trois ou quatre ans.
Qu’est-ce qu’un agent de droit local dans un consulat ?
C’est un agent recruté sur place par une ambassade ou un consulat, en général sur des fonctions de support. Selon François Millard, ces agents sont nombreux dans le réseau diplomatique français et jouent un rôle clé : ils restent des années au même poste et apportent une connaissance fine du pays aux agents titulaires, qui eux changent d’affectation régulièrement.
Combien de stagiaires étrangers la DCSD fait-elle former en France chaque année ?
Environ 1 400 par an, selon le chiffre avancé au cours de l’entretien. Ces stagiaires suivent des formations très variées — militaires, de gendarmerie, de police ou de langues — sélectionnées à partir d’un catalogue des formations proposées par les armées françaises. Certains pays partenaires sont pris en charge intégralement, d’autres financent eux-mêmes ces séjours.
Pourquoi l’apprentissage du français est-il important dans la coopération de sécurité et de défense ?
Parce que le niveau de langue conditionne la compréhension et l’intégration des stagiaires dans leurs formations en France. François Millard, formé en français langue étrangère, explique que la DCSD envoie des lecteurs former de futurs stagiaires dans leur pays d’origine, ce qui améliore ensuite la sélection, et qu’elle forme également des formateurs appelés à enseigner chez eux.
Qu’est-ce qu’un rapatriement sanitaire consulaire ?
C’est la prise en charge du retour en France d’un ressortissant en détresse médicale à l’étranger. François Millard la décrit comme relevant des affaires sociales d’un consulat : il faut accompagner la personne, alerter l’administration centrale et identifier les hôpitaux à contacter. Une organisation très réactive, qu’il présente comme la mission la plus difficile et la plus formatrice de son parcours.
