De la vocation à la bifurcation
Françoise Gamerdinger se définit avant tout comme une enseignante. Une vocation précoce, presque un ADN familial, qui a guidé ses premiers pas professionnels. Pourtant, malgré cette passion pour la transmission, elle raconte comment la peur de l’usure et de la répétition l’a poussée à envisager un autre chemin. Elle redoutait de « tomber dans la facilité », de refaire les mêmes cours et de perdre cette envie qui l’animait chaque matin face à ses élèves. C’est une prise de conscience personnelle, déclenchée par ses propres enfants devenus adolescents, qui a servi de catalyseur. « Quand toute la journée, on a entendu, oui madame, c’est bon, et puis que le soir, on entend, oui maman, c’est bon… », confie-t-elle. Ce besoin de se réinventer et de s’ouvrir au monde l’a conduite, à 38 ans, à prendre une décision courageuse : quitter l’Éducation Nationale.
Soutenue par son mari Didier, elle fait le choix de repartir de zéro, en bas de l’échelle administrative, pour se forger une nouvelle carrière.
Une nouvelle vie dans la culture
Après un bref passage au Centre de Presse, Françoise Gamerdinger rejoint la Direction des Affaires Culturelles. C’est une révélation. Elle y découvre un univers foisonnant, des institutions prestigieuses et des artistes passionnés. Elle qui, à 17 ans, utilisait son argent de poche pour aller seule écouter l’orchestre, se retrouve au cœur de la machine culturelle monégasque. Son ascension n’est pas un plan de carrière, mais le fruit d’un travail acharné et d’une immersion totale. Le premier à lui faire confiance est Jean-Christophe Maillot, qui l’invite au conseil d’administration des Ballets de Monte-Carlo. Elle raconte avec humour sa première rencontre et le DVD de « Casse-Noisette » qu’il lui offre, en écho à son caractère bien trempé.
Elle évoque sans détour les défis d’être une femme de convictions dans un poste à responsabilités, et l’importance du soutien de son père, qui l’a « élevée comme un garçon », et de son mari, qu’elle qualifie de « 100% féministe ».
La culture pour tous
Devenue Directrice en 2019, Françoise Gamerdinger défend une vision claire : « la culture pour tous ». Ce principe guide son action, avec une volonté de rendre les événements accessibles et de lever les barrières, souvent psychologiques, qui peuvent exister entre le public et la culture. C’est pourquoi la quasi-totalité des manifestations organisées par sa direction, comme le théâtre du Fort Antoine ou les grandes expositions, sont gratuites. Elle détaille l’étendue de ses missions, bien au-delà de l’événementiel : suivre les budgets de toutes les institutions culturelles, écrire la politique culturelle du pays, préserver le patrimoine, mais aussi représenter Monaco à l’UNESCO ou au Conseil de l’Europe.
Son rôle est aussi d’accompagner les artistes et de défendre leurs droits, comme en témoigne son implication dans la nouvelle loi sur la propriété intellectuelle, un texte jugé essentiel pour l’attractivité de la Principauté.
L’engagement citoyen
Parallèlement à sa carrière administrative, Françoise Gamerdinger s’est engagée pendant seize ans dans la vie publique en tant qu’élue au Conseil Communal. Quatre mandats durant lesquels elle a pu être à l’écoute directe de la population, une proximité qu’elle affectionne particulièrement. « On vous a choisis parce qu’on vous a missionné pour faire des choses. Alors maintenant vous allez écouter nos souhaits », explique-t-elle. Elle a notamment porté le projet de la nouvelle Médiathèque, un dossier qu’elle a suivi avec persévérance pendant des années et qui verra bientôt le jour à l’Îlot Pasteur.
Cet engagement, comme le reste de son parcours, est marqué par le goût du défi et une volonté constante de servir l’intérêt général, avec une franchise qui la caractérise.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Jacqueline Berthier, Didier Gamerdinger, Jean-Christophe Maillot, M. Bataigny, Bruno Mantovani, Axel Amalverti, Björn Dahlström.
- Institutions : Direction des Affaires Culturelles, Conseil Communal, Centre de Presse, UNESCO, Ballets de Monte-Carlo, Théâtre Princesse Grace, Printemps des Arts, Opéra de Monte-Carlo, Institut audiovisuel de Monaco, Nouveau Musée National de Monaco, Musée d’Anthropologie préhistorique, Conseil de l’Europe, SOGEDA, SACD, SACEM, Médiathèque de Monaco, Bibliothèque Caroline, Irish Library.
- Lieux et événements : Journée européenne du patrimoine, Théâtre du Fort Antoine, Exposition « Le Prince Bâtisseur », Auditorium Rainier III, Îlot Pasteur.
- Œuvres : Le ballet « Casse-Noisette ».
Au fil de l’épisode
- Sa vocation première pour le métier d’enseignante, inspirée par sa mère.
- L’importance de la transmission et de la formation du jugement personnel.
- Sa crainte de la routine et de l’usure professionnelle, qui l’a poussée à vouloir changer de voie.
- Le rôle de ses enfants adolescents dans sa prise de conscience.
- La décision de changer de carrière à 38 ans, soutenue par son mari Didier.
- Son arrivée dans l’administration monégasque, en commençant au bas de l’échelle.
- Son entrée à la Direction des Affaires Culturelles, une véritable révélation.
- Sa collaboration avec les grandes institutions culturelles, et sa première rencontre avec Jean-Christophe Maillot.
- Les défis et les préjugés rencontrés en tant que femme à un poste de direction.
- L’influence de son père et de son mari, tous deux féministes.
- Sa passion pour la culture, née dès l’adolescence.
- Sa vision d’une « culture pour tous », fondée sur la gratuité et l’accessibilité.
- L’étendue des missions de la Direction des Affaires Culturelles, du local à l’international.
- Le soutien à la création et aux artistes, notamment via la loi sur les droits d’auteur.
- Son engagement politique durant 16 ans au Conseil Communal.
- Le projet de la nouvelle Médiathèque, qu’elle a porté en tant qu’élue.
- L’importance d’être à l’écoute des citoyens et de la critique.
- Ses passions personnelles : sa famille, le jardinage et le golf.
- Ses projets pour une « autre vie » après sa carrière actuelle.
FAQ
Qui est Françoise Gamerdinger ?
Françoise Gamerdinger est la Directrice des Affaires Culturelles de la Principauté de Monaco depuis 2019. Ancienne professeure de lettres, elle a changé de carrière à 38 ans pour rejoindre l’administration monégasque. Elle a également été élue au Conseil Communal pendant seize ans. Son parcours est marqué par une passion pour la transmission et un engagement fort en faveur d’une culture accessible à tous.
Pourquoi a-t-elle quitté l’enseignement ?
Malgré sa vocation pour l’enseignement, Françoise Gamerdinger a décidé de changer de métier par crainte de la routine et de l’usure professionnelle. Elle ne voulait pas perdre sa motivation et souhaitait s’ouvrir à de nouveaux défis. Une prise de conscience personnelle, liée à sa vie de famille et à son désir de créativité, l’a convaincue de se réinventer et de commencer une nouvelle carrière dans le secteur public.
Quel est le rôle de la Direction des Affaires Culturelles à Monaco ?
La Direction des Affaires Culturelles (DAC) a des missions très larges. Elle organise des événements gratuits pour le public, comme le théâtre du Fort Antoine. Elle assure la tutelle et le suivi des grandes institutions culturelles (orchestres, ballets, musées). Elle est aussi chargée de définir la politique culturelle du pays, de préserver le patrimoine, de soutenir les artistes et de représenter Monaco dans des instances internationales comme l’UNESCO.
Quelle est la vision culturelle défendue par Françoise Gamerdinger ?
Sa vision se résume par le slogan « la culture pour tous ». Elle est convaincue que la culture doit être accessible au plus grand nombre, sans barrières financières ou sociales. C’est pourquoi la plupart des événements qu’elle organise sont gratuits. Son objectif est de démystifier la culture, de donner au public les clés pour se forger sa propre opinion et de faire en sorte que chacun se sente légitime à participer à la vie culturelle.
Quel a été son parcours en politique ?
Françoise Gamerdinger a été élue au Conseil Communal de Monaco pendant quatre mandats consécutifs, soit seize ans. Cet engagement lui a permis d’être en contact direct avec la population et de travailler sur des projets concrets pour la vie de la cité. Elle a notamment porté avec persévérance le dossier de la nouvelle Médiathèque, un projet majeur pour les habitants de la Principauté.
