Une voix pour la Principauté
Gabriel Revel, Ambassadeur et représentant permanent de Monaco auprès du Conseil de l’Europe, explique que son rôle est avant tout de porter la voix du gouvernement princier et du Prince Souverain à Strasbourg. Une mission qui implique une part importante de pédagogie pour dépasser les stéréotypes persistants sur la Principauté, souvent réduite au casino ou à une image de « papier glacé ». Il raconte comment des aspects aussi simples que la taille du pays peuvent être un défi à faire comprendre à ses 45 homologues. L’adhésion de Monaco en 2004, après un processus de six ans, a été un tournant majeur. Elle a nécessité des réformes constitutionnelles et la révision des traités bilatéraux avec la France, notamment celui de 2002, renforçant considérablement la souveraineté monégasque. « L’adhésion au Conseil de l’Europe a permis une évolution dans ce domaine, qui est assez aussi conséquente au niveau de notre souveraineté », souligne-t-il.
Cette adhésion a eu des impacts concrets, comme la fin de l’obligation de nommer des ressortissants français à certains hauts postes de l’État, ou l’adoption de lois comme celle sur la motivation des actes administratifs.
Au cœur des mécanismes européens
Le Conseil de l’Europe, créé en 1949, se distingue de l’Union européenne par ses trois piliers d’action : les droits de l’homme, l’État de droit et la démocratie. Gabriel Revel insiste sur la plus-value de l’organisation : ses nombreux comités de suivi thématiques qui effectuent des visites sur le terrain pour vérifier l’application des normes. Parmi les plus connus à Monaco, il cite Moneval, pour la lutte contre le blanchiment, et le Greco, pour la lutte contre la corruption. Ces mécanismes, parfois perçus comme lointains, s’inscrivent selon lui dans la ligne de transparence et de modernité voulue par le Prince Souverain. Il évoque également la capacité du Conseil à prendre des décisions fortes, comme l’expulsion de la Fédération de Russie en mars 2022 suite à la guerre d’agression contre l’Ukraine, une décision prise à la majorité, contrairement à d’autres organisations internationales.
L’ambassadeur détaille aussi le fonctionnement de la Cour européenne des droits de l’homme, où chaque État membre dispose d’un juge, et les défis posés par le nombre d’affaires en attente.
Une présidence historique en préparation
L’un des grands enjeux pour Monaco est sa future présidence du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, qui débutera en mai 2026 pour une durée de six mois. Un rendez-vous qui ne se représentera pas avant 23 ans. Malgré une équipe resserrée de quatre personnes à Strasbourg, la mission monégasque prépare activement cet événement. Les priorités de la présidence s’articuleront autour de thèmes chers à la Principauté : les droits des enfants, la lutte contre les violences faites aux femmes, et la lutte contre la criminalité organisée, notamment la cybercriminalité. « C’est une occasion unique pour Monaco de montrer une autre facette », explique Gabriel Revel.
Plusieurs événements majeurs se tiendront en Principauté, dont une réunion des 46 ambassadeurs, la conférence des ministres de la Justice et celle des ministres des Sports, qui aura lieu au Grimaldi Forum. Ces rendez-vous seront l’occasion de faire découvrir la réalité monégasque et de renforcer son image sur la scène internationale.
Les références de l’épisode
- Personnes : Winston Churchill, Sébastien Bianchieri.
- Organisations et institutions : Conseil de l’Europe, Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Union européenne (UE), Nations Unies (ONU), Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Groupe d’action financière (GAFI), Conseil national (Monaco), Grimaldi Forum.
- Comités et mécanismes : Moneval, Greco (Groupe d’États contre la corruption), Grévio (Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes), ECRI (Commission européenne contre le racisme et l’intolérance).
- Conventions et traités : Convention européenne des droits de l’homme, Convention de Lanzarote (sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels), Convention de Saint-Denis (sur la violence des spectateurs dans les stades).
- Lieux : Strasbourg, Nicosie.
- Événements : Vol MH17.
Au fil de l’épisode
- La présidence tournante du Comité des ministres du Conseil de l’Europe et la future présidence de Monaco en mai 2026.
- Le rôle d’un ambassadeur représentant permanent : porter la voix de son pays.
- La lutte contre les stéréotypes sur Monaco auprès des interlocuteurs internationaux.
- L’adhésion de la Principauté au Conseil de l’Europe en 2004, un processus de six ans.
- L’impact de l’adhésion sur la souveraineté monégasque, notamment via la révision du traité avec la France.
- Les évolutions législatives concrètes à Monaco (motivation des actes administratifs, droit civil).
- Le renforcement du réseau diplomatique monégasque et l’accueil d’ambassades en Principauté.
- La distinction entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne : 46 membres et trois piliers (droits de l’homme, État de droit, démocratie).
- L’expulsion de la Fédération de Russie du Conseil de l’Europe en 2022.
- Le fonctionnement des comités de suivi thématiques comme Moneval (blanchiment) et Greco (corruption).
- Le processus d’évaluation de Monaco par Moneval et le suivi par le GAFI.
- La préparation du prochain cycle d’évaluation, prévu pour Monaco vers 2030.
- La taille de la représentation permanente de Monaco à Strasbourg (quatre personnes).
- Les responsabilités de la présidence : diriger les réunions et organiser les travaux du Comité des ministres.
- Le fonctionnement de la Cour européenne des droits de l’homme et le processus d’élection des juges.
- Les trois grandes priorités de la future présidence monégasque : droits des enfants, violences faites aux femmes et lutte contre la criminalité organisée.
- Le défi de l’exécution des arrêts de la Cour, illustré par l’affaire Chypre contre Turquie.
- La coopération internationale en matière de lutte contre la cybercriminalité.
- L’adaptation constante du droit face aux nouvelles menaces comme l’intelligence artificielle.
- L’organisation de plusieurs événements majeurs à Monaco durant la présidence (réunion des ambassadeurs, conférences ministérielles de la Justice et des Sports).
- L’opportunité pour Monaco de donner une meilleure image de la Principauté sur la scène internationale.
FAQ
Qui est Gabriel Revel ?
Gabriel Revel est un diplomate monégasque. Il occupe la fonction d’Ambassadeur et de représentant permanent de la Principauté de Monaco auprès du Conseil de l’Europe, basé à Strasbourg. Sa mission consiste à porter la voix des autorités monégasques au sein de cette organisation internationale, à défendre ses intérêts et à participer aux travaux sur des sujets clés comme les droits de l’homme, l’État de droit et la démocratie. Il est également en charge de préparer la présidence monégasque du Comité des Ministres prévue pour 2026.
Pourquoi l’adhésion de Monaco au Conseil de l’Europe en 2004 a-t-elle été importante ?
L’adhésion de Monaco au Conseil de l’Europe a été un événement majeur pour le renforcement de sa souveraineté. Elle a été conditionnée par la révision de traités bilatéraux avec la France, ce qui a permis à la Principauté de ne plus être tenue de nommer des ressortissants français à certains hauts postes. Cette adhésion a aussi entraîné des modernisations législatives importantes, comme l’obligation pour l’administration de motiver ses décisions ou des réformes du droit civil, alignant ainsi le cadre juridique monégasque sur les standards européens.
Qu’est-ce que le Conseil de l’Europe ?
Le Conseil de l’Europe est une organisation internationale créée en 1949, bien avant l’Union européenne avec laquelle il ne faut pas le confondre. Il rassemble 46 États membres, dont les 27 de l’UE. Son action repose sur trois piliers fondamentaux : la protection des droits de l’homme, la promotion de la démocratie et la primauté de l’État de droit. Son organe judiciaire est la Cour européenne des droits de l’homme. Il élabore des conventions et supervise leur application par les États membres via des comités de suivi.
En quoi consistera la présidence monégasque du Comité des Ministres en 2026 ?
De mai à novembre 2026, Monaco assurera la présidence du Comité des Ministres, l’organe de décision du Conseil de l’Europe. Durant ces six mois, la Principauté sera chargée de diriger les réunions, de fixer les priorités et de donner une impulsion aux travaux de l’organisation. Les thèmes mis en avant par Monaco seront les droits des enfants, la lutte contre les violences faites aux femmes et la lutte contre la criminalité organisée. Plusieurs conférences ministérielles se tiendront à Monaco, offrant une visibilité internationale unique à la Principauté.
Qu’est-ce que Moneval ?
Moneval est le nom du comité d’experts du Conseil de l’Europe chargé de l’évaluation des mesures de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Sa mission est de vérifier que les États membres respectent les normes internationales en la matière. Pour cela, ses experts réalisent des évaluations régulières, qui incluent des visites sur le terrain, et formulent des recommandations pour que les pays améliorent leur dispositif législatif et réglementaire. Monaco, comme tous les membres, est soumis à ces cycles d’évaluation.
