Une enfance sous le signe de l’injustice
Gérard Bassalé se présente comme un pur produit du métissage culturel et religieux du Bénin : né à Porto-Novo d’une mère musulmane qu’il n’a pas connue et d’un père chrétien, il porte en lui trois baptêmes et trois noms. Son enfance est pourtant marquée par le déracinement et la solitude, entre le Congo et un internat au Togo. Il grandit dans l’ombre d’un père polygame et souvent absent, et ressent très tôt une profonde injustice en se voyant traité différemment de ses demi-frères et sœurs. Pour lui, l’école devient le seul salut possible. « J’avais vraiment envie d’aller à l’école parce que je me disais que c’était le seul salut qui se présentait à moi », confie-t-il.
Cette quête d’éducation le pousse à s’accrocher, malgré le manque de moyens et de soutien familial, et forge en lui une détermination sans faille.
L’engagement et le refus du compromis
Ses années universitaires sont une épreuve, l’obligeant à multiplier les petits boulots, comme chauffeur de taxi, pour financer ses études d’histoire de l’art. C’est aussi à cette période que son caractère de leader s’affirme. Délégué de son lycée puis responsable syndical sur le campus, il se bat pour améliorer les conditions de vie des étudiants, organisant des grèves pour dénoncer le manque de logements ou les retards de bourses. Son engagement est total, au point de refuser les offres du pouvoir politique qui tente de le corrompre avec des promesses de bourses d’études à l’étranger. « J’ai été élu par des camarades étudiants, je ne peux pas lâcher le mouvement de façon lâche », explique-t-il.
Cette loyauté envers ses convictions et ses camarades lui vaut une crédibilité et un respect qui le suivent encore aujourd’hui.
La découverte du vaudou
Alors qu’il a grandi dans la crainte du vaudou, nourrie par une éducation catholique qui le présentait comme diabolique, ses études d’histoire de l’art provoquent un déclic. Curieux, il décide de consacrer ses recherches aux places vaudou de Porto-Novo, ces espaces sacrés menacés par l’urbanisation. Sa rencontre avec des chercheurs français et béninois lui donne les outils pour cartographier ce patrimoine et en comprendre la richesse. Il découvre une spiritualité en harmonie avec la nature, un culte des ancêtres et une philosophie de vie basée sur les énergies. « Je découvre des gens qui sont en harmonie avec l’environnement, des gens qui soignent avec les plantes. Je ne vois pas des gens qui invoquent des démons », raconte-t-il.
Cette immersion lui révèle que le vaudou est avant tout une manière de préserver le lien entre les vivants, les ancêtres et la terre.
Acteur du changement au Bénin
Après ses études, Gérard Bassalé quitte l’enseignement pour devenir guide touristique, une activité qui lui permet de mieux gagner sa vie tout en partageant sa passion pour la culture béninoise. Sa rencontre avec son épouse française le mène à un nouveau projet : créer un lieu pour les artistes à Porto-Novo. C’est ainsi que naît le centre culturel de Ouadada, devenu un pôle majeur de la création contemporaine dans la capitale. Le centre accueille des artistes en résidence, organise des expositions et des formations, et s’investit dans la rénovation des places vaudou de la ville. Aujourd’hui, Gérard Bassalé rêve d’un monde plus juste, où les richesses seraient mieux réparties et où l’humanité vivrait en paix avec l’environnement.
Son parcours est celui d’un homme qui, parti de rien, a su transformer les épreuves en force pour devenir un véritable bâtisseur d’avenir pour son pays.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Jean-Claude Barbier, Dorier-Lapril.
- Lieux : Bénin, Porto-Novo, Congo, Pointe-Noire, Togo, Palimé, Lomé, Calavi, Abomé, Nigeria, Oyo.
- Institutions : Centre culturel de Ouadada, No MAD Festival, Centre Béninois de Recherche Scientifique et technique (CBRST), CNRS, Lycée Behanzin.
- Concepts et divinités : Vaudou (Vodon), Fa (oracle), Ogu, Sakpata, Shango, Legba, Orishas, Aïdo Hwedo (l’arc-en-ciel).
- Religions : Catholicisme, Islam.
Au fil de l’épisode
- La rencontre d’Alexandre Sattler avec Gérard Bassalé au centre culturel de Ouadada, à Porto-Novo.
- Les origines de Gérard : une enfance entre le Bénin, le Congo et le Togo.
- Ses trois baptêmes : catholique (Gérard), musulman (Abdel Rashad) et traditionnel (Ogouyemi).
- La cohabitation harmonieuse des religions au Bénin.
- Le poids de la polygamie paternelle et de l’absence de sa mère sur son enfance.
- Le sentiment d’injustice face aux différences de traitement au sein de la fratrie.
- L’éducation comme unique voie de salut pour s’en sortir.
- Ses années d’études universitaires difficiles, financées par des petits boulots comme chauffeur de taxi.
- Une analyse de la polygamie comme un frein au développement des enfants au Bénin.
- Son parcours de leader étudiant, du lycée aux syndicats universitaires.
- Le refus d’une bourse d’études à l’étranger pour rester fidèle à ses engagements militants.
- Sa perception initiale du vaudou, empreinte de la peur inculquée par l’Église catholique.
- Le déclic de ses recherches universitaires sur les places vaudou de Porto-Novo.
- Sa collaboration avec des chercheurs français et béninois qui l’ont formé à la cartographie.
- La découverte du vaudou comme une culture de respect de la nature et de lien avec les ancêtres.
- Le conte des origines expliquant le lien sacré entre le ciel, la terre et la nature dans la cosmogonie vaudou.
- Sa reconversion d’enseignant à guide touristique, plus en phase avec sa passion.
- La création du centre culturel de Ouadada avec son épouse pour offrir un lieu aux artistes de Porto-Novo.
- Les missions du centre : résidences d’artistes, expositions, formations et projets de rénovation du patrimoine.
- Sa définition de Dieu, comprise comme l’énergie qui régit l’univers et la nature.
- Son rêve d’un monde plus juste, pacifique et respectueux de l’environnement.
FAQ
Qui est Gérard Bassalé ?
Gérard Bassalé est le fondateur et directeur du centre culturel de Ouadada à Porto-Novo, au Bénin. Historien de l’art de formation, il est une figure de l’engagement culturel dans son pays. Après une enfance difficile et un parcours de militant étudiant, il s’est consacré à l’étude et à la valorisation du patrimoine béninois, en particulier de la culture vaudou. Il œuvre aujourd’hui à la promotion des artistes locaux et à la préservation des traditions.
Qu’est-ce que le centre culturel de Ouadada ?
Le centre culturel de Ouadada est un espace artistique et culturel situé à Porto-Novo, la capitale du Bénin. Fondé par Gérard Bassalé et son épouse, il sert de lieu de résidence, d’exposition et de formation pour les artistes béninois et internationaux. C’est un pôle dynamique qui organise des événements, des ateliers et participe activement à des projets de rénovation du patrimoine urbain, comme les places vaudou de la ville.
Quelle est la vision du vaudou présentée dans l’épisode ?
Loin des clichés de sorcellerie, l’épisode présente le vaudou comme une spiritualité complexe et une philosophie de vie. Gérard Bassalé l’explique comme un système de croyances basé sur le respect de la nature, considérée comme la première des divinités. C’est une culture qui maintient le lien entre les vivants et leurs ancêtres, et qui repose sur la compréhension des énergies de l’univers. Il s’agit d’une tradition qui prône l’harmonie avec l’environnement.
Pourquoi l’enfance de Gérard Bassalé a-t-elle été difficile ?
Son enfance a été marquée par plusieurs épreuves. Né d’une mère qu’il n’a pas connue et d’un père polygame souvent absent, il a grandi dans un sentiment de solitude et d’injustice. Il raconte avoir été traité différemment de ses demi-frères et sœurs, qui bénéficiaient d’un meilleur accès à l’éducation. Cette expérience l’a contraint à se forger seul, en comptant uniquement sur sa détermination pour réussir ses études et construire son avenir.
