La cohérence de l’écriture
Interrogé sur ses multiples casquettes de journaliste, auteur et réalisateur, Harry Roselmack explique que le fil conducteur de toutes ses activités est l’écriture. Loin de chercher à multiplier les projets pour le plaisir, il suit simplement le cours de ses envies et de ses inspirations. Pour lui, la création n’est pas une question de courage mais de nécessité. Il raconte que s’il n’avait pas écrit son livre « Novilu » ou réalisé son film « Fractures », il ne se serait pas senti bien. Il estime qu’on sous-évalue souvent le champ des possibles, et que la lucidité consiste à identifier ce qu’on a vraiment envie de faire et à ne pas se laisser empêcher de le réaliser.
« On ne fait les choses bien que quand on a vraiment envie de les faire », confie-t-il.
Du journalisme à la fiction
Le projet de son film, « Fractures », est né de son expérience de journaliste. Pendant cinq ans, pour son émission « En immersion », il a exploré de nombreuses facettes de la société française, des salafistes aux soldats en Afghanistan, en passant par les paysans et les prisonniers. Son fantasme était de pouvoir rassembler toutes ces personnes dans une même émission, ce qui était journalistiquement impossible. La fiction lui a offert cette possibilité : créer une histoire qui met en scène des archétypes de la France d’aujourd’hui et explore leurs interactions. Il a donc écrit le scénario, puis s’est lancé dans la réalisation, une expérience qu’il a trouvée naturelle car il portait la vision du film en lui.
Le processus créatif, pour lui, est très spontané. Il n’a pas de discipline d’écriture stricte mais fonctionne par phases d’absorption d’informations, suivies d’une maturation inconsciente qui débouche sur une écriture intense et parfois désordonnée, souvent nocturne.
Un parcours guidé par la radio
Harry Roselmack se décrit comme un enfant sage et travailleur, mais pas premier de la classe. Il a su très tôt, vers 13 ou 14 ans, qu’il voulait devenir journaliste, d’abord avec l’idée d’être critique de cinéma. Ce goût pour l’écriture lui vient notamment de la correspondance qu’il entretenait avec sa sœur aînée, qui a grandi en Martinique. Le judo, pratiqué à bon niveau, a également joué un rôle important dans sa construction. Mais c’est surtout la radio qui a nourri sa vocation. Plus que la télévision, ce sont les grandes voix de RTL, Europe 1 ou France Inter qui l’ont fasciné et inspiré dans sa jeunesse.
Cette passion s’est concrétisée très tôt, puisqu’il a fait ses premières armes au lycée, en présentant les informations dans l’émission de radio en créole que son père animait à Tours.
La responsabilité du journaliste
Après ses études, il travaille pour plusieurs radios avant de rejoindre les grands médias nationaux. Il explique que si le métier reste le même, la responsabilité change radicalement lorsqu’on s’adresse à des millions de personnes. Une erreur ou une approximation a des conséquences bien plus lourdes, ce qui impose une grande rigueur. Il partage une anecdote marquante de sa carrière à « 7 à 8 » : lors d’une grave maladie de Nelson Mandela, la rédaction avait préparé un sujet rétrospectif, une sorte de nécrologie anticipée. Harry Roselmack s’est fermement opposé à sa diffusion tant que l’homme était en vie, considérant que c’était une question de principe.
Sa décision a provoqué un vif débat, mais il a tenu bon. Nelson Mandela s’est finalement remis de cet épisode et n’est décédé que six mois plus tard, moment où le sujet a pu être diffusé avec pertinence.
L’art de faire des choix
Le fil rouge de l’entretien est la thématique du choix. La décision la plus spectaculaire de sa carrière fut d’arrêter d’être le présentateur joker du journal télévisé de TF1 en 2013. Alors que beaucoup n’ont pas compris ce choix, il explique qu’il était devenu nécessaire pour son équilibre personnel et familial, et pour se consacrer pleinement à d’autres projets qui lui tenaient à cœur, comme ses documentaires. Il insiste sur l’importance de s’écouter soi-même plutôt que de suivre les attentes des autres. Pour lui, on ne fait bien que les choses qu’on a vraiment envie de faire.
Cette philosophie s’applique aussi à son film « Fractures », un projet improbable qu’il a dû financer et produire lui-même après avoir fait face au refus des institutions cinématographiques. Un choix audacieux qui illustre sa détermination à mener ses envies jusqu’au bout.
Harry Roselmack nous recommande…
- « La vie devant soi » — Romain Gary, un classique qu’il offre volontiers.
- Les œuvres d’Hubert Selby Jr. — Auteur américain à l’écriture très forte, avec des titres comme « Last Exit to Brooklyn » ou « Requiem for a Dream ».
- Les œuvres de James Baldwin — Un autre auteur qu’il apprécie beaucoup.
- Les œuvres de Dany Laferrière — Auteur haïtien, membre de l’Académie française.
- « Des fleurs pour Algernon » — Daniel Keyes, un roman de science-fiction qu’il affectionne.
Les références de l’épisode
- Personnes : Patrick Poivre d’Arvor, Laurence Ferrari, Nelson Mandela, Romain Gary, Hubert Selby Jr., James Baldwin, Dany Laferrière, Daniel Keyes, Isaac Asimov, Ray Bradbury, Teddy Riner, Jacques Esnoux, Hervé Béraud, André Dumas, Bernard de la Villardière, Jean-Luc Delarue, Yves Calvi, Emmanuel Chain.
- Œuvres : le film « Fractures », le livre « Novilu » (sous le pseudonyme HJ Boungo), « La vie devant soi », « Last Exit to Brooklyn », « Requiem for a Dream », « Le Démon », « Le Saul », « Des fleurs pour Algernon ».
- Médias et entreprises : TF1, « 7 à 8 », « Harry Roselmack en immersion », le JT de TF1, RTL, Europe 1, France Inter, France Info, France Bleue, Radio Béton.
Au fil de l’épisode
- Le point commun derrière les multiples casquettes d’Harry Roselmack : l’écriture.
- La création comme une nécessité plutôt qu’un acte de courage.
- Comment son travail de journaliste pour l’émission « En immersion » a inspiré son film « Fractures ».
- Le passage de l’observation journalistique à la création d’une fiction pour rassembler les facettes de la société française.
- Son processus créatif : spontané, désordonné et souvent nocturne.
- Le moment où les personnages d’une histoire prennent le dessus sur l’auteur.
- Le choix d’un pseudonyme, HJ Boungo, pour publier son roman et signer des chansons.
- Son enfance, entre un tempérament sage, le judo et une vocation précoce pour le journalisme.
- L’importance de la radio et des grandes voix qui l’ont inspiré.
- Ses débuts à la radio, dans l’émission de son père.
- La transition vers les médias nationaux et la prise de conscience de sa responsabilité.
- L’anecdote sur son refus de diffuser un sujet sur Nelson Mandela de son vivant.
- La ligne éditoriale de « 7 à 8 » : incarner l’actualité à travers des histoires humaines.
- Son rôle de validation et d’incarnation du magazine.
- La difficulté d’organiser ses journées pour concilier tous ses projets.
- Le choix le plus marquant de sa carrière : arrêter la présentation du JT de TF1.
- Les raisons de ce choix : un besoin d’équilibre et l’envie de se consacrer à d’autres projets.
- La production indépendante de son film « Fractures » face aux refus du système.
- Le synopsis du film : la rencontre forcée d’archétypes de la société sur un bateau.
- L’importance de prendre soin de soi, physiquement et spirituellement.
- Ses recommandations de lecture, de Romain Gary à Hubert Selby Jr.
- Son message final : remettre l’humain et l’amour au cœur de tous les projets.
FAQ
Qui est Harry Roselmack ?
Harry Roselmack est un journaliste, auteur et réalisateur français. Il est principalement connu du grand public comme rédacteur en chef et présentateur des magazines « 7 à 8 » et « Harry Roselmack en immersion » sur TF1, et pour avoir été le présentateur joker du journal de 20h. Parallèlement à sa carrière télévisuelle, il a développé des projets plus personnels, comme l’écriture du roman « Novilu » et la réalisation de son premier long-métrage, « Fractures ».
Pourquoi Harry Roselmack a-t-il quitté le JT de TF1 ?
Il a décidé d’arrêter son rôle de joker du JT de TF1 en 2013 pour des raisons personnelles. Il explique que le rythme imposé par ce poste, qui l’obligeait à travailler pendant les vacances scolaires en plus de ses émissions hebdomadaires, devenait difficile à concilier avec sa vie de famille. Ce choix lui a permis de retrouver un meilleur équilibre et de se consacrer plus intensément à d’autres projets, notamment ses documentaires en immersion.
De quoi parle le film « Fractures » réalisé par Harry Roselmack ?
« Fractures » rassemble sur un bateau, le temps d’une fête, plusieurs archétypes de la société française contemporaine. Le film explore les tensions et les liens qui peuvent se nouer entre des individus que tout semble opposer. L’intrigue se concentre notamment sur la rencontre improbable entre une prostituée et un jeune homme, serveur pour l’occasion, qui prépare un attentat. Enfermés ensemble, ils sont contraints d’échanger et de confronter leurs visions du monde.
Comment Harry Roselmack aborde-t-il la création ?
Pour Harry Roselmack, la création est une nécessité, un besoin viscéral qui s’exprime à travers l’écriture, que ce soit pour le journalisme, un roman ou un scénario. Son processus n’est pas structuré par une discipline rigide ; il le décrit comme spontané et intense. Il se nourrit d’expériences et d’observations, comme ses documentaires, puis laisse les idées maturer avant de les coucher sur le papier dans un élan créatif qui peut survenir à tout moment.
