Deux métiers, un même geste : faire du bien
Au micro de Geneviève Berti, pour Monaco Info – Le Podcast, Hassan de Monaco commence par tordre le cou à une idée reçue : entre l’infirmier anesthésiste qu’il est au Centre Hospitalier Princesse Grace et l’humoriste qui monte sur scène, il n’y a aucun grand écart. Les deux métiers, dit-il, « font du bien aux gens » et reposent sur des relations « courtes et intenses » : le patient qu’on endort puis qu’on réveille, la salle qu’on tient le temps d’un spectacle, « un one shot » où l’on ne reprend jamais l’acquis de la veille. Il insiste d’ailleurs sur l’ordre des choses : la santé d’abord, l’humour ensuite.
Il travaille à mi-temps à l’hôpital, par choix. C’est là, explique-t-il, qu’il apprend ce qu’est le vrai stress — une hémorragie, un trouble du rythme, un problème respiratoire au bloc —, quand l’anesthésie, « basée sur l’aéronautique », se joue en arbres décisionnels et en anticipation. Face à cela, l’appréhension de la scène se relativise : « au pire on n’est qu’une soirée dans la vie des gens ».
Un enfant de Monaco aux racines berbères
Hassan de Monaco est un nom de scène : c’est la presse régionale, raconte-t-il, qui a accolé « de Monaco » à son nom, et c’est resté. D’origine marocaine et berbère, né dans un village de montagne, il est arrivé en Principauté à quatre mois et y a grandi, de l’école Saint-Charles au collège Charles III. Il décrit une intégration totale et affirme n’y avoir jamais rencontré de racisme, qu’il attribue au cosmopolitisme du lieu : « il y a quand même 140 nationalités sur 2 km² ». L’image qui lui reste est celle des sorties en voile et en aviron de l’école, des enfants de toutes origines alignés sur les bateaux, « il n’y a que des enfants qui s’amusent ».
Il rend un hommage appuyé à ses parents, première génération d’immigrés qui « se sont beaucoup oubliés » pour la réussite de leurs trois enfants ; son père a choisi Monaco pour la sécurité et l’école. Aujourd’hui, il retourne au Maroc une à deux fois par an et veut faire vivre le berbère, sa langue maternelle, « en train de disparaître ». Le prénom de sa mère, souligne-t-il, signifie « destin ».
Dealer de chocolat : l’écriture d’un humour bienveillant
Sur le fond, il assume un humour tout public et sans messages, contre l’avis de son frère médecin qui le trouve « pas assez porteur de messages ». Sa réponse est devenue une formule : « Moi, je suis un dealer de chocolat. Je suis un vendeur de plaisir. […] Le message, c’est la noisette. » Il se définit plus comme un artisan du one-man show que du pur stand-up : un travail « rodé », des personnages, un début et une fin pensés pour « prendre les gens par la main » — tout en préservant l’illusion de la spontanéité, « sinon c’est perfectible ».
Il parle aussi, avec justesse, de son hypersensibilité, longtemps non assumée dans sa famille et travaillée en consultation. Il la compare à un piano : les hypersensibles ont « beaucoup plus de touches », d’abord déroutantes, puis capables de « faire des sons que personne n’arrive à faire ». Cet humour, il l’a rodé notamment lors de deux ans de résidence au Point-Virgule, à Paris. Parmi ses admirations, il cite Gad Elmaleh, marocain et monégasque d’adoption comme lui, dont il connaît les spectacles par cœur, et Florence Foresti.
Garder les pieds à l’hôpital
S’il pouvait vivre de la scène, Hassan de Monaco resterait quand même soignant : c’est ce qui le garde « les pieds sur terre », lui donne matière à raconter et l’aide à gérer le stress. Il avoue préférer les rires aux applaudissements « à 2000 % » — les seconds le mettent mal à l’aise depuis l’hôpital : « on ne nous applaudit plus depuis 2020 », dit-il en pensant à ses collègues de réanimation. Le rire, lui, est « plus spontané, plus sincère ».
Ambassadeur pour les droits des femmes à Monaco, il puise cet engagement dans le modèle de ses parents, un couple d’« équité parfaite » où « à la maison, c’est la femme qui gère ». Il cite une phrase qui l’a marqué : « c’est bien prétentieux d’apprendre la vie à celle qui la donne. » Il termine sur son actualité : un nouveau spectacle qu’il espère aboutir pour janvier 2026, alors que l’un de ses spectacles figure parmi les sélectionnés pour les 50 ans du Point-Virgule.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Centre Hospitalier Princesse Grace — l’hôpital de Monaco où il exerce comme infirmier anesthésiste.
- Le Point-Virgule — salle parisienne où il a été en résidence deux ans, et qui fête ses 50 ans.
- Collège Charles III et école Saint-Charles — les établissements monégasques où il a grandi.
- Gad Elmaleh — humoriste franco-marocain qu’il cite comme modèle.
- Florence Foresti — humoriste qu’il admire.
- Le Marrakech du Rire — festival marocain qu’il a un temps visé.
- Le Printemps des Arts de Monte-Carlo — évoqué au fil de l’échange.
- Top Chef — la seule émission qu’il regarde, lui qui voit dans la gastronomie un art proche du sien.
Au fil de l’épisode
- Pourquoi « Hassan de Monaco » est un nom de scène né dans la presse régionale.
- Soigner et faire rire : deux métiers qui « font du bien » et se jouent dans l’instant.
- Le vrai stress du bloc opératoire face à l’appréhension de la scène.
- Grandir à Monaco, l’intégration et « 140 nationalités sur 2 km² ».
- Ses parents, l’immigration marocaine et le choix de la Principauté.
- Racines berbères et volonté de faire vivre une langue menacée.
- « Dealer de chocolat » : un humour bienveillant, tout public, sans messages imposés.
- One-man show contre stand-up et l’écriture d’un spectacle rodé.
- L’hypersensibilité comparée aux touches d’un piano.
- Deux ans de résidence au Point-Virgule et l’admiration pour Gad Elmaleh.
- Rires plutôt qu’applaudissements, et le souvenir de l’hôpital depuis 2020.
- Son engagement pour les droits des femmes, hérité de ses parents.
- Le nouveau spectacle attendu pour janvier 2026.
FAQ
Qui est Hassan de Monaco ?
Hassan de Monaco est un humoriste monégasque d’origine marocaine qui mène une double vie : il est infirmier anesthésiste à mi-temps au Centre Hospitalier Princesse Grace et se produit sur scène en one-man show. Arrivé à Monaco à quatre mois, il défend un humour « made in Monaco », chaleureux et tout public.
Quel est le vrai nom de Hassan de Monaco ?
Son vrai nom est Hassan Moukfi. « Hassan de Monaco » est un nom de scène né, selon lui, d’une indication de lieu ajoutée par la presse régionale, qui est ensuite restée. Son spectacle avait d’abord porté son patronyme avant d’adopter ce nom d’artiste.
Pourquoi Hassan de Monaco est-il à la fois infirmier et humoriste ?
Il refuse d’opposer les deux métiers : soigner et faire rire reviennent, selon lui, à « faire du bien aux gens » dans des relations courtes et intenses. Rester infirmier anesthésiste le garde « les pieds sur terre », lui donne matière à raconter et l’aide à relativiser le trac de la scène.
Quelles sont les origines de Hassan de Monaco ?
Il est d’origine marocaine et berbère, né dans un village de montagne, et arrivé à Monaco à l’âge de quatre mois. Enfant d’immigrés, il parle berbère, retourne au Maroc une à deux fois par an et souhaite faire vivre cette langue qu’il décrit comme menacée de disparition.
Où Hassan de Monaco a-t-il joué son spectacle ?
Il a notamment été en résidence deux ans au Point-Virgule, à Paris, en jonglant avec ses gardes à l’hôpital, et a terminé sa tournée à Monaco. L’un de ses spectacles figure parmi les sélectionnés pour les 50 ans du Point-Virgule.
Quand sort le nouveau spectacle de Hassan de Monaco ?
Au moment de l’entretien, Hassan de Monaco écrit un nouveau spectacle qu’il espère aboutir pour janvier 2026. Il conclut d’ailleurs l’épisode en donnant « rendez-vous en janvier 2026 ».
