Des bancs du lycée à YouTube
Henry Tran raconte son enfance, marquée par des origines vietnamiennes et chinoises. Ses parents, arrivés en France pour fuir les tensions politiques dans leurs pays respectifs, lui ont offert une vie confortable. Il grandit en région parisienne avec son frère aîné, Kevin, avec qui il noue une relation fusionnelle, leurs parents étant souvent absents. Au lycée, il n’est pas un élève modèle, préférant les jeux vidéo comme League of Legends aux devoirs. C’est la classe préparatoire qui marque un tournant : contraint de travailler, il se découvre un potentiel et prend goût aux études, jusqu’à intégrer la prestigieuse école de commerce de l’ESSEC.
En parallèle, dès 2012, les deux frères lancent la chaîne YouTube Le Rire Jaune. Leur motivation est claire : briser les stéréotypes sur les personnes d’origine asiatique dans les médias français. « Parce qu’un Asiat’ qui n’utilise pas l’accent peut quand même vous faire rire », clame leur slogan.
Un processus créatif exigeant
Le succès de la chaîne ne doit rien au hasard. Si les débuts sont progressifs, certaines vidéos thématiques, touchant des communautés spécifiques comme les fans de mangas, de basketball ou les fratries, font exploser leur audience. Henry Tran détaille un processus de création extrêmement rigoureux. L’écriture est l’étape la plus cruciale, pouvant s’étaler sur plusieurs semaines, voire une année, pour un seul script. Le but est de trouver le bon format, d’être exhaustif et de ciseler chaque blague. Le texte est ensuite testé auprès de novices comme d’experts du sujet traité pour s’assurer qu’il est à la fois accessible et précis.
Le tournage ne dure que quelques jours, mais il est suivi d’un travail de montage colossal, qui peut prendre entre 80 et 100 heures. Ce perfectionnisme est la marque de fabrique du Rire Jaune, qui cherche à la fois à faire rire et à transmettre, en démocratisant des sujets parfois complexes comme les échecs ou la classe préparatoire.
De YouTubeur à entrepreneur
Avec le temps, le métier de youtubeur a évolué. Henry Tran explique que les créateurs de contenu sont aujourd’hui des entrepreneurs aux multiples facettes. Lui-même, en dehors de la chaîne, a développé une activité de conférencier. Il intervient dans des écoles de commerce et des entreprises pour partager son expertise sur l’influence marketing, les codes spécifiques de YouTube et les enjeux de la création de contenu en ligne. Il insiste sur la nécessité pour les entreprises de comprendre cet écosystème, qui a ses propres défis économiques, juridiques et éthiques.
Cette diversification des activités, commune à de nombreux créateurs, l’a poussé, avec son frère, à apprendre à déléguer. Une étape difficile pour ces perfectionnistes, mais nécessaire pour continuer à produire du contenu de qualité tout en menant d’autres projets. Pour lui, la clé est de bien communiquer et de travailler avec des personnes de confiance, souvent des amis.
La sagesse du recul
Malgré un succès hors norme, Henry Tran garde les pieds sur terre. Il attribue une grande partie de sa discipline et de sa force mentale à la pratique du taekwondo. Ce sport, qu’il a commencé pour son esthétique, lui a inculqué des valeurs fondamentales : le respect, la persévérance et la combativité. Il y voit un exutoire essentiel, un moment pour se déconnecter et voir du monde, loin de la solitude que peut parfois engendrer le métier d’entrepreneur et de créateur.
Conscient de l’impact qu’il peut avoir, il met en garde contre la comparaison sur les réseaux sociaux. Il rappelle que son succès à 23 ans est le fruit d’un travail acharné débuté à 16 ans. « On ne compare pas son chapitre 1 au chapitre 9 d’une autre personne », conclut-il, invitant chacun à se concentrer sur son propre épanouissement, loin de la course à la réussite.
Henry Tran nous recommande…
- « A Year in the Merde » — Stephen Clarke. Le parcours d’un Anglais en France, qui décrit avec un humour british sa découverte de la culture française, des relations au bureau à la manière de séduire.
- « Herding Cats » — Une dessinatrice de Brooklyn y croque sa vie quotidienne d’artiste. Une BD drôle qui aborde aussi les difficultés du métier de créatif, la solitude et le rapport entre passion et travail.
- Les mangas « Dragon Ball » et « One Piece » — Deux œuvres qui ont marqué son enfance et continuent de l’inspirer.
Les références de l’épisode
- Personnes : Kevin Tran, Jean Lassalle, Norman, Mr V, Loïc Prigent.
- Chaînes YouTube : Le Rire Jaune, NigaHiga, JustKiddingFilms, KevJumba, Smosh.
- Établissements : ESSEC, Télécom Sud Paris, Lycée Louis-le-Grand, Lycée Saint-Louis, prépa Intégrale.
- Jeux vidéo : League of Legends, Dofus, Assassin’s Creed, Fortnite, Dragon Ball FighterZ, Super Smash Bros. Ultimate, Tekken 5.
- Mangas et animes : Naruto, Dragon Ball, One Piece.
- Marques et plateformes : Ankama Games, Ubisoft, Riot Games, Nintendo, Twitch, Netflix, Instagram, Google Drive, Chromebook.
- Concepts : Taekwondo, classe préparatoire, Article 13 de la directive sur les droits d’auteur.
Au fil de l’épisode
- Les origines familiales d’Henry Tran, entre le Vietnam et la Chine.
- Son enfance et sa relation fusionnelle avec son frère Kevin.
- Son parcours scolaire : un élève peu studieux au lycée, passionné de jeux vidéo.
- Le « comeback » en classe préparatoire et son entrée à l’ESSEC.
- La naissance de la chaîne Le Rire Jaune en 2012 pour lutter contre les clichés.
- Les vidéos thématiques qui ont fait décoller la chaîne : mangas, basketball, relations fraternelles.
- La double mission du Rire Jaune : faire rire et démocratiser des sujets complexes.
- Le processus de création d’une vidéo : une écriture qui peut prendre jusqu’à un an.
- L’importance du montage : 80 à 100 heures de travail par vidéo.
- L’évolution du métier de youtubeur vers celui de créatif et d’entrepreneur.
- Son projet de conférences pour les écoles et les entreprises.
- La nécessité d’apprendre à déléguer pour gérer plusieurs projets.
- Les défis de l’écosystème YouTube : concurrence, législation et éthique.
- Sa vision de la gestion d’image et de la pression sur les réseaux sociaux.
- Son organisation au quotidien : une liberté sans horaire fixe, mais une grande discipline.
- L’importance du taekwondo comme exutoire et source de valeurs.
- Comment il gère sa communauté et répond personnellement aux messages.
- Les livres et mangas qui l’ont marqué.
- Son message final : ne pas comparer son parcours à celui des autres.
FAQ
Qui est Henry Tran ?
Henry Tran est un créateur de contenu, humoriste et entrepreneur français. Il est principalement connu pour être le co-fondateur, avec son frère Kevin, de la chaîne YouTube à succès Le Rire Jaune, lancée en 2012. En parallèle de ses activités sur YouTube, il est étudiant à l’école de commerce ESSEC et donne des conférences sur le marketing d’influence et la création de contenu.
Pourquoi Henry Tran et son frère ont-ils créé Le Rire Jaune ?
Ils ont créé la chaîne Le Rire Jaune avec l’objectif de combattre les clichés sur les personnes d’origine asiatique dans les médias français. Frustrés de ne voir que des rôles stéréotypés, ils ont voulu montrer qu’ils pouvaient faire rire comme n’importe qui, sans utiliser d’accent caricatural. Leur slogan résume cette ambition : « Parce qu’un Asiat’ qui n’utilise pas l’accent peut quand même vous faire rire ».
Comment sont créées les vidéos du Rire Jaune ?
La création d’une vidéo est un processus long et méticuleux. L’étape la plus importante est l’écriture, qui peut durer de quelques semaines à un an pour garantir la qualité des blagues et la pertinence du propos. Après un tournage de quelques jours, le montage représente la plus grande part du travail, avec 80 à 100 heures nécessaires pour perfectionner chaque détail, du rythme aux ajouts visuels.
Quelles sont les valeurs importantes pour Henry Tran ?
Henry Tran est très attaché aux valeurs que lui a transmises la pratique du taekwondo. Il cite en particulier le respect, la persévérance et la combativité. Il explique que ces principes le guident au quotidien, que ce soit dans son travail, où il faut savoir encaisser les difficultés pour réussir, ou dans sa vie personnelle. C’est une philosophie qui l’aide à garder les pieds sur terre malgré son succès.
