D’une enfance tumultueuse à la soif d’entreprendre
Jacob Abbou partage le récit d’un parcours de vie qui a forgé l’entrepreneur qu’il est devenu. Son enfance, marquée par des déménagements successifs entre le Maroc, l’Algérie, Israël et la France, jusqu’à un passage par l’assistance publique, lui a très tôt appris l’importance de « se démerder ». C’est dans cette période, en entendant constamment autour de lui « si j’avais de l’argent, je ferais ci », qu’il comprend que l’argent est un levier essentiel. Cette prise de conscience précoce, couplée à une faim de réussir, le pousse à gagner sa vie très jeune, bien avant de bâtir son empire.
Pour lui, l’entrepreneuriat n’est pas un métier mais un état d’esprit, un « sacerdoce » qui s’applique à tous les domaines de la vie. Une vision qu’il partageait avec Robert Papin, figure de HEC, avec qui il convenait que le modèle salarial était en train de mourir au profit d’un mode entrepreneurial.
Réfléchir en stratège, agir en sauvage
La philosophie de Jacob Abbou se résume dans une formule choc : « L’entrepreneur réfléchit en stratège, mais agit en sauvage ». Il illustre cette approche par des anecdotes percutantes, comme la création de sa société d’affichage Billboard. Repérant une faille dans le code des débits de boisson, il a su l’interpréter à son avantage pour lancer un média publicitaire là où personne n’y avait pensé. Son audace se manifeste aussi dans sa manière de mener les affaires, comme lorsqu’il rachète une entreprise en une nuit à des Anglais pour évincer un dirigeant qui l’avait méprisé.
Cette mentalité de combattant, il l’a appliquée lors d’un conflit avec un groupe américain qui voulait l’expulser d’une tour à La Défense. Refusant une offre dérisoire, il a organisé la résistance, mobilisé ses employés et utilisé toutes les armes à sa disposition pour défendre ses intérêts. Pour lui, le monde des affaires est un western où il ne faut pas hésiter à se battre et à contourner les règles, qu’il considère comme des « repères » et non des « voies » à suivre aveuglément.
Bâtisseur d’empire
Avec plus de cinquante entreprises créées ou rachetées, Jacob Abbou est un véritable entrepreneur en série. Il explique cette frénésie par une forme de prudence : ne jamais se reposer sur une seule jambe et toujours diversifier les risques. Il raconte avoir géré jusqu’à vingt sociétés en même temps, en s’appuyant sur une règle simple : on ne peut travailler efficacement qu’avec une dizaine de personnes clés en direct. Le choix de ces collaborateurs est donc crucial.
Parmi ses plus grands succès, il revient sur la création du Journal de l’Auto, né d’une visite à Chicago où il découvre le magazine Automotive News, et surtout sur l’importation du contrôle technique en France. Il raconte comment il a bataillé pendant quatre ans, perdant de l’argent, pour faire passer le décret de loi nécessaire, allant jusqu’à dire à un haut fonctionnaire qu’il faisait cela « pour prendre du fric ». Une honnêteté brutale qui, selon lui, a été la clé de sa réussite.
Transmettre le virus de l’entrepreneuriat
Aujourd’hui, Jacob Abbou consacre une partie de son temps à coacher de jeunes entrepreneurs, notamment à HEC. Il observe chez eux des erreurs récurrentes, comme celle de limiter leurs ambitions à l’argent qu’ils pensent pouvoir lever, au lieu de se concentrer sur la meilleure idée possible. Il critique une forme d’autocensure et une tendance à rester « bon élève » là où il faudrait oser et challenger l’ordre établi.
Son conseil principal est simple : « Allez-y, surtout, n’hésitez pas. » Il insiste sur l’importance d’apprendre à se relever après un échec, une compétence bien plus utile, selon lui, que d’apprendre à gagner. Avec le recul, il confie aussi le coût personnel de cette vie menée à toute vitesse : l’éloignement inévitable avec les amis et la famille, un temps qu’on ne rattrape jamais vraiment.
Les références de l’épisode
- Robert Papin
- HEC
- Billboard
- Jean-Claude Decaux
- Pernod Ricard
- Journal de l’Auto
- Contrôle Technique
- Automotive News
- Ad Age
- Stratégies
- Bernard Gauvin
- VDM (société de post-production)
- Veritas
- Générale des Eaux
- GMF
- Deutsche Bank
- Nelson Mandela
Au fil de l’épisode
- La vision de l’entrepreneur comme un « pompier » qui éteint des feux en permanence.
- L’entrepreneuriat comme un sacerdoce et un état d’esprit au quotidien.
- Son parcours de jeunesse : Maroc, Algérie, Israël, puis la France et l’assistance publique.
- La prise de conscience de l’importance de l’argent pour réaliser des projets.
- Ses débuts très jeune dans les affaires, avec la nécessité de « se démerder ».
- L’anecdote de sa première grosse acquisition, la société Ofka, rachetée en une nuit après avoir été méprisé par son dirigeant.
- La création de sa société d’affichage Billboard en exploitant une faille dans le code des débits de boisson.
- Comment il a vendu, puis racheté, puis revendu Billboard.
- Le développement de son activité d’affichage dans les parcs d’exposition et sur les 8000 km de voies d’eau en France.
- Pourquoi il a toujours créé de nombreuses entreprises en parallèle : pour diversifier les risques et ne pas dépendre d’une seule activité.
- La naissance du Journal de l’Auto, inspirée par le magazine américain Automotive News.
- L’histoire de la création du contrôle technique en France, une idée venue d’une rencontre avec des Allemands.
- Les quatre années de pertes avant que le contrôle technique ne devienne une obligation légale et une affaire rentable.
- Comment il a obtenu le décret de loi en étant transparent sur ses motivations financières auprès du responsable de la sécurité routière, Bernard Gauvin.
- Le conflit avec un groupe américain pour la tour Colguet, et comment il a résisté pour défendre les intérêts de son entreprise.
- Sa devise : « un entrepreneur, c’est quelqu’un qui réfléchit en stratège et qui agit en sauvage ».
- Sa méthode pour gérer de multiples entreprises : se concentrer sur une dizaine de collaborateurs clés.
- Ses critères de recrutement : l’engagement, l’énergie et la prise de risque, bien plus que les diplômes.
- Son expérience de coach pour les étudiants de HEC Entrepreneur.
- Les erreurs fréquentes des jeunes qui se lancent, notamment l’autocensure financière.
- Son conseil fondamental : se lancer sans attendre et ne pas avoir peur de l’échec.
- Sa réflexion sur le coût personnel de l’entrepreneuriat et le temps perdu avec ses proches.
FAQ
Qui est Jacob Abbou ?
Jacob Abbou est un entrepreneur français connu pour avoir créé ou racheté plus de cinquante entreprises au cours de sa carrière. Figure majeure du monde de l’automobile, il est notamment le fondateur du Journal de l’Auto et l’homme qui a importé et développé le concept du contrôle technique en France. Son parcours, débuté dans des conditions modestes, est marqué par une approche audacieuse et pragmatique des affaires.
Quelle est la philosophie d’entrepreneur de Jacob Abbou ?
Sa philosophie se résume par sa propre formule : « réfléchir en stratège et agir en sauvage ». Pour lui, le monde des affaires est un véritable Far West où il faut être malin, audacieux et ne pas hésiter à se battre pour ses idées. Il prône l’action sur la réflexion excessive et encourage à voir les règles comme des repères à adapter plutôt que des contraintes rigides à suivre.
Comment Jacob Abbou a-t-il créé le Contrôle Technique en France ?
Partant d’une opportunité identifiée lors d’une rencontre avec des professionnels allemands, Jacob Abbou a porté le projet du contrôle technique pendant quatre ans avant qu’il ne devienne rentable. Il a dû batailler pour faire adopter le décret de loi le rendant obligatoire, n’hésitant pas à co-écrire les textes et à être très direct avec les autorités sur ses motivations financières, une franchise qui a finalement payé.
Pourquoi Jacob Abbou a-t-il créé autant d’entreprises ?
Jacob Abbou explique qu’il n’a jamais voulu dépendre d’une seule activité, préférant « marcher sur deux jambes » pour diversifier les risques. Cette stratégie lui a permis de gérer jusqu’à vingt sociétés simultanément. Au-delà de la prudence, cette frénésie est aussi nourrie par un besoin constant de nouveaux défis et une véritable passion pour le jeu du business, qu’il décrit comme une source d’adrénaline.
Quel conseil Jacob Abbou donne-t-il aux jeunes entrepreneurs ?
Il les encourage à cesser de se comporter en « bons élèves » et à oser se lancer sans attendre. Il les met en garde contre l’erreur de limiter leurs projets à l’argent qu’ils possèdent ou pensent pouvoir trouver. Pour lui, l’essentiel est d’agir, d’apprendre sur le terrain et de comprendre que la capacité à se relever après un échec est la compétence la plus importante pour un entrepreneur.
